‹ Œuvres de VoltaireChapitre 122 sur 182 · ENCHANTÉE · texte numérisé non relu

ENCHANTÉE

Représentée le 7 mai 1664, à Versailles, à la grande féte que le roi donna

aux reines.

Les fêtes que Louis XIV donna dans sa jeunesse méritent d'entrer dans l'histoire de ce monarque, non seulement par les magnificences singulières, mais encore par le bonheur qu'il eut d'avoir des hommes célèbres en tous genres, qui contribuaient en même temps à ses plaisirs, à la politesse et à la gloire de la

• La phrase qn'on vient de lire fut ajoutée en 1764. B.

DE MOURRF. 4 1 5

nation. Ce fut à cette fête, connue sous le nom de Vile enchantée, que Molière fit jouer la Princesse dÉlide, comédie-ballet en cinq actes. Il n'y a que le premier acte et la première scène du second qui soient en vers : Molière, pressé par le temps, écrivit le reste en prose. Cette pièce réussit beaucoup dans une cour qui ne respirait que la joie, et qui, au milieu de tant de plaisirs, ne pouvait critiquer avec sévérité un ouvrage fait à la hâte pour embellir la fête.

n a depuis représenté la Princesse (TÊlide à Paris; mais elle ne put avoir le même succès, dépouillée de tous ses ornements et des circonstances heureuses qui lavaieut soutenue. On joua la même année la comédie de la Mère coquette, du célèbre Quinault : c'était presque la seule bonne comédie qu'on eût vue en France, hors les pièces de Molière, et elle dut lui donner de l'émulation. Rarement les ouvrages faits pour des fêtes réussissent-ils au théâtre de Paris. Ceux à qui la fête est donnée sont toujours indulgents ; mais le public libre est toujours sévère. Jje genre sérieux et galant n'était pas le génie de Molière; et cette espèce de poème, n'ayant ni le plaisant de la comédie ni les grandes passions de la tragédie, tombe presque toujours dans l'insipidité.

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