DON JUAN, OU LE FESTIN DE PDZRRE
Comédie en prose et en ciuq actes, représentée sur le théâtre du Palais- Royal le i5 février i665.
L'original de la comédie bizarre du Festin de Pierre est de Triso deMolina, auteur espagnol. Il est intitulé, ElCombidculo de piedra {le Convié de pierre). 11 fut joué ensuite en Italie, sous le titre de Convitato di pietra. La troupe des comédiens italiens le joua à Paris, et on l'appela le Festin de pierre. Il eut un grand succès sur ce tbéâtre irrégulier : on ne se révolta point contre le monstrueux assemblage de bouffonnerie et de religion , de plaisanterie et d'horreur, ni contre les prodiges extravagants qui font le sujet de cette pièce. Une statue qui marche et qui parle, et les flammes de l'enfer qui engloutissent un débauché sur le théâtre d'Arlequin , ne soulevèrent point les esprits, soit qu'en effet il y ait dans cette pièce quelque intérêt, soit que le jeu des comédiens l'embellît, soit plutôt que le peuple, à qui le Festin de Pierre plaît beaucoup plus qu'aux honnêtes gens, aime cette espèce de merveilleux.
Villiers , comédien de l'hôtel de Bourgogne , mit le Festin de Pierre en vers , et il eut quelque succès à ce théâtre. Molière voulut aussi traiter ee bizarre sujet. L'empressement d'enlever des spectateurs à l'hôtel de Bourgogne fit qu'il se contenta de donner en prose
sa comédie : c'était une nouveauté inouïe alors, qu'une pièce de cinq actes en prose. On voit par là combien l'habitude a de puissance sur les hommes, et comme elle forme les différents goûts des nations. Il y a des pays où Ton n'a pas l'idée qu'une comédie puisse réussir en vers : les Français, au contraire, ne croyaient pas qu'on pût supporter une longue comédie qui ne fût pas rimée. Ce préjugé fit donner la préférence à la pièce de Villiers sur celle de Molière; et ce préjugé a duré si long-temps, que Thomas Corneille, en 1673, immédiatement après la mort de Molière, mit son Festin de Pierre en vers : il eut alors un grand succès sur le théâtre de la rue Guénégaud ; et c'est de cette seule manière qu'on le représente aujourd'hui.
A la première représentation du Festin de Pierre de Molière , il y avait une scène entre don Juan et un pauvre. Don Juan demandait à ce pauvre à quoi il passait sa vie dans la foret. « A prier Dieu, répondait « le pauvre, pour les honnêtes gens qui me donnent « l'aumône. Tu passes ta vie à prier Dieu? disait don «Juan; si cela est, tu dois donc être fort à ton aise, a Hélas ! monsieur, je n'ai pas souvent de quoi man- « ger. Cela ne se peut pas, répliquait don Juan : Dieu « ne saurait laisser mourir de faim ceux qui le prient «du soir au matin. Tiens, voilà un louis d'or; mais «je te le donne pour l'amour de l'humanité. »
Cette scène, convenable au caractère impie de don Juan, mais dont les esprits faibles pouvaient faire un mauvais usage, fut supprimée à la seconde représentation , et ce retranchement fut peut-être cause du peu «le succès de la pièce.
Mblarcbk. II. >7
Celui qui écrit ceci a vu la scène écrite de la main de Molière, entre les mains du fils de Pierre Marcassus, ami de Fauteur.
Cette scène a été imprimée depuis ».