‹ Œuvres de VoltaireChapitre 145 sur 182 · EXPOS. DU LIVRE DES IHSTIT. PHYSIQUES · texte numérisé non relu

EXPOS. DU LIVRE DES IHSTIT. PHYSIQUES

c ultes qu'on lui fait. Je croirais lui faire tort en répondant pour lui ; il est se'il digne d'une telle adversaire. La vérité gagnera sans doute à ces contradictions, qui ne doivent servir qu'à l'éclaircir ; et ce sera un modèle de la dispute littéraire la plus profonde et la plus polie.

pm de l'exposition du litre DES INSTITUTIONS PHYSIQUES.

PRÉFACE

DE LWNTI - M A C H I AVEL' .

Je crois rendre service aux hommes en publiant X Essai de critique sur Machiavel. L'illustre auteur de cette réfutation est une de ces grandes ames que le ciel forme rarement, pour amener le genre humain à la vertu par leurs exemples. Il mit par écrit ses pensées, il y a quelques années, dans le seul dessein d écrire des vérités que son cœur lui dictait. 11 était encore très jeune ; il voulait seulement se former à la sagesse, à la vertu. Il comptait ne donner des leçons qu'à soi-même; mais ces leçons qu'il s'est données

1 Frédéric II, n'étant encore que prince royal , composa un Anti-Macfuavel (voyez la lettre de Voltaire du ter septembre 1738), dont il cuvoya les douze premiers chapitres retouchés le 4 décembre 1739. Voltaire, chargé de l'impression, fit passer uue première copie à Vanduren , qui l'imprima. Mais, mécontent de cette édition , Voltaire la désavoua , et en fit faire une autre; c'est celle en petits caractères, qui porte au bas du titre ces mots: - A La Haye, aux dépends de téditeur, MDCCXL. » L'édition désavouée et l'édition avouée contiennent toutes les deux la Préface composée par Voltaire, qui avait fait des suppressions au chapitre xxi, et qui «avait jeté ■ quelques poignées de mortier dans un ou deux endroits. » Voltaire (dans «ou Examen du testament du cardinal Alberoni , vovez, ci-après, année i;53), dit avoir déposé à l'hôtel-de ville de La Haye l'original de Y Anti- Machiavel, sur lequel il y aurait beaucoup de choses à dire ; mais, pour ne pas faire sur la Préface Av Voltaire uue note plus longue que cette Préface elle-même . je me contente de renvoyer aux années 1 73q et 1 740 de la Corrtsftondance Voltaire. B.

PRÉFACE

méritent d'être celles de tous les rois, et peuvent être la source du bonheur des hommes. Il me fit l'honneur de m'envoyer son manuscrit ; je crus qu'il était de mon devoir de lui demander la permission de le publier. Le poison de Machiavel est trop public , il fallait que l'antidote le fût aussi. On s'arrachait à l'envi les copies manuscrites ; il eu courait déjà de très fautives , et l'ouvrage allait paraître défiguré , si je n'avais eu le soin de fournir cette copie exacte , à laquelle j'espère que les libraires à qui j'en ai fait présent se conformeront. On sera sans doute étonné quand j'apprendrai aux lecteurs que celui qui écrit en français d'un style si noble, si énergique, et souvent si pur, est un jeune étranger qui n'était jamais venu en France. On trouvera même qu'il s'exprime mieux qu'Àmelot de La ïloussaie, que je fais imprimer à côté de la réfutation. C'est une chose inouïe , je l'avoue; mais c'est ainsi que celui dont je publie l'ouvrage a réussi dans toutes les choses auxquelles il s'est appliqué. Qu'il soit Anglais, Espagnol, ou Italien , il n'importe ; ce n'est pas de sa patrie, mais de son livre qu'il s'agit ici. Je le crois mieux fait et mieux écrit que celui de Machiavel ; et c'est un bonheur pour le genre humain , qu'enfin la vertu ait été mieux ornée que le vice. Maître de ce précieux dépôt, j'ai laissé exprès quelques expressions qui ne sont pas françaises, mais qui méritent de l'être; et j'ose dire que ce livre peut à-la-fois perfectionner notre langue et nos mœurs. Au reste, j'avertis que tous les chapitres ne sont pas autant de réfutations de Machiavel, parccque cet Italien ne prêche pas le crime dans tout

de l'anti-machiavki.. i 7^0. /177

son livre. 1) y a quelques endroits de l'ouvrage que je présente qui sont plutôt des réflexions sur Machiavel que contre Machiavel; voilà pourquoi j'ai donné au livre le titre <X Essai critique sur Machiavel,

L'illustre auteur ayant pleinement répondu à Machiavel, mon partage sera ici de répondre en peu de mots à la préface d'Amelot de La Houssaie. Ce traducteur a voulu se donner pour un politique; niais je puis assurer que celui qui combat ici Machiavel est véritablement ce qu'Amelot veut paraître. Ce qu'on peut dire peut-être de plus favorable pour Amelot , c'est qu'il traduisit le Prince de Machiavel , et en soutint les maximes, plutôt dans l'intention de débiter son livre, que dans celle de persuader. 11 parle beaucoup de raison d'état dans son èpître dédicatoire; mais un homme qui, ayant été secrétaire d'ambassade, n'a pas eu le secret de se tirer de la misère, entend mal , à mon gré, la raison d'état. Il veut justifier son auteur par le témoignage de Juste-Lipse, qui avait, dit-il, autant de piété et de religion que de savoir et de politique. Sur quoi je remarquerai, i° que Juste-Lipse et tous les savants déposeraient en vain en faveur d'une doctrine funeste au genre humain; a° que la piété et la religion, dont on se pare ici très mal à propos, enseignent tout le contraire; 3° que Juste-Lipse, né catholique, devenu luthérien, puis calviniste, et enfin redevenu catholfque, ne passa jamais pour un homme religieux, malgré ses très mauvais vers pour la sainte Vierge; 4° ^ue son gros livre de politique est le plus méprisé de ses ouvrages, tout dédié qu'il est aux empereurs , rois, et princes; 5° qu'il dit précisément le

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contraire de ce qu'Amelot lui fait dire. Plût à Dieu , dit Juste-Lipso , page 6 de l'édition de Plantin, ohm Machiavel eût conduit son prince au temple de la vertu et de l'honneur! mais en ne suivant que l'utile, il s'est trop écarté du chemin royal de l'honnête : Utinam pvitivipem suum recta duxisset ad templum virlutis et honoris! etc. Amelot a supprimé exprès ces paroles. La mode de son temps était encore de citer mal à propos; mais altérer un passage aussi essentiel, ce n'est pas être pédant , ce n'est pas se tromper, c'est calomnier. Le grand homme dont je suis l'éditeur ne cite point ; mais je me trompe fort , ou il sera citr à jamais par tous ceux qui aimeront la raison et la justice. Amelot s'efforce de prouver que Machiavel n'est point impie : il s'agit bien ici de piété ! Un homme donne au monde des leçons d'assassinat et d'empoisonnement, et son traducteur ose nous parler de sa dévotion ! I^es lecteurs ne prennent point ainsi le change. Amelot a heau dire que son auteur a beaucoup loué les cordeliers et les jacobins; il n'est point ici question de moines, mais de souverains à qui l'auteur veut enseigner l'art d'être méchants, qu'on ne savait que trop sans lui. D'ailleurs, croirait-on bien justifier Myri-Veis Cartouche, Jacques Clément, ou Ravaillae, en disant qu'ils avaient de très bons srntiments sur la religion ? et se servira-t-on toujours do ce voile sacré pour couvrir ce que le crime a de plus monstrueux? César Borgia, dit encore le traducteur, est un bon modèle pour les princes nouveaux, c'est-àdire pour les usurpateurs. Mais, premièrement , tout

■ Vimv tome XVIII, pagi> 44a. R.

Diqitized GoogI

df l'anti-macimavfi,. ijl\o. 479

prince nouveau n'est point usurpateur. Les Médicis étaient nouvellement princes, et on ne pouvait leur reprocher d'usurpation. Secondement, l'exemple de ce bâtard d'Alexandre VI , toujours détesté, et souvent malheureux, est un très méchant modèle pour tout prince. Enfin La Houssaie prétend que Machiavel haïssait la tyrannie : sans doute tout homme la déteste; mais il est bien lâche et bien affreux de la détester et de l'enseigner. Je n'en dirai pas davantage; il faut écouter le vertueux auteur dont je ne ferais qu'affaiblir les sentiments et les expressions 1 .

P. S. Dans le temps qu'on finissait cette édition, il en parut deux autres : Tune est intitulée de Londres, chez Jean Meyer; l'autre, à La Haye, chez Vanduren. Elles sont très différentes du manuscrit original; ce qu'il est aisé de connaître aux indications suivantes : [° Dans ces éditions le titre est, Anti-Machiavel, ou Examen du Prince, etc.; et celui-ci est intitulé, Anti- Machiavel, ou Essai critique sur le Prince de Machiavel. i° Le premier chapitre, dans ces éditions, a pour titre, Combien il y a de sortes de principautés, etc.; et ici le titre est, Des différents gouvernements. Le

' Celte Préface est sans date dans l'édition avouée par Voltaire Dans l'édition de Vanduren , elle est datée de: A la Haye, ce *4 juin i74<>. - L'édition donnée par Voltaire contient de plus: « N. R. Je soussigné ai

- déposé le manuscrit original entre les mains de M. Cyrille Le Petit , desscr- •< vani de l'église française à La Haye , lequel manuscrit original est ron- « forme en tout au livre intitulé: E&sai de critique sur Machiavel ; toute au- » tre édition étant défectueuse, et les li braises devant suivre en tout la

- présente copie. A ta Haye , ce ti ortohre 1740, F. ni? Voltaire... C'était à la fin du volume, et sous le titre de : Avis de Miteur, que se trouvait

! l'alinéa oui suit, et qui a été

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second chapitre de ces éditions est : Des principautés héréditaires ; et ici, Des états héréditaires. Il y a d'ailleurs des omissions considérables , des interpolations, des fautes en très grand nombre dans ces éditious que j'indique. Ainsi lorsque les libraires qui les ont faites voudront réimprimer ce livre, je les prie de suivre en tout la présente copie.

' C'est une belle réfutation de Machiavel que le livre du roi de Prusse; mais on en pourra voir quelque jour une réfutation encore plus belle, ce sera Phistoire de la vie de ce prince. Être son historiographe sera un emploi aussi agréable que glorieux.

J aime un livre dont la lecture me laisse une idée grande et aimable du caractère, des sentiments, des mœurs de celui qui l'a composé. J'aime un ouvrage sérieux qui ne soit point écrit trop sérieusement. Le sérieux de celui-ci n'a rien de triste, rien d'austère, rien de guindé. C'est le sérieux d'un philosophe qui a la maturité d'un homme de cinquante ans avec la fleur de la jeunesse, et qui joint à un esprit orné, à un jugement solide, à un discernement peu commun, une imagination féconde et agréable, une sérénité

1 Je ne connais pas , des quatre alinéa qui suivent , d'impression auté rieure à celle qui (ait partie des éditions de Kebl. Ce morceau doit cependant être de la même date à peu près que tout ce qui précède, et vers le temps où Voltaire écrivait à M. de Camas (le 18 octobre 174»): » J'ai tout lieu d'espérer que la conduite du roi justifiera en tout V Anti-Machiavel du " prince ; » et à Helvétius (le 3 1 octobre) : « S'il arrive jamais que et* roi tra- • bisse de si grands engagements — , je pleurerai, et je 11e l'aimerai plos.» Quelques semaines plus tard , Voltaire ne pouvait plus écrire de si bellt-s phrases. On sait que, le 1 5 décembre de la même année, le monarque prussien alla s'emparer de la Silésie. C'est aussi avant le i5 décembre 1 :4o qw doivent avoir été écrits ces quatre alinéa. B.

DE l'aNTI-MACHIAVEL. I ^4°- 4$ 1

riante , sî j'ose ainsi dire , et quelquefois même enjouée, qui est peut-être un des caractères essentiels d'une belle ame, surtout dans un âge comme celui de vingt à trente ans, et dans un de ces hommes nés pour le trône, que la séduction du trône ne porte souvent que trop à étouffer un enjouement qui, au gré de l'orgueil, marque trop d'humanité.

On pourrait appliquer à ce livre ce qu'a dit La Bruyère dans le chapitre, Des ouvrages de V esprit. Voici ses paroles : « Quand une lecture vous élève «l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments no- « bles et courageux, ne cherchez pas une autre règle «pour juger de l'ouvrage; il est bon, et fait de main «d'ouvrier.» La critique, après cela, peut s'exercer sur les petites choses, relever quelques expressions , corriger des phrases, parler de syntaxe, épi loguer sur certaines pensées incidentes, et décider tjue l'auteur pouvait dire encore telle ou telle chose, et que telle ou telle autre pouvait être dite en d'autres termes.

Il y a. tel prince qui a écrit , mais moins en prince qu'en pédant ; de façon qu'on y reconnaît moins un auteur qui est prince, qu'un prince qui est auteur. Celui qui a fait l' A 'm Machiavel écrit véritablement en homme de qualité, et cela sans qu'on puisse lui reprocher de se donner certains petits airs de qualité, qui ne sont au fond qu'une nouvelle espèce de pédanterie plus choquanlc peut-être ou plus visible que celle de l'école ou du cloître. Je me souviens d'un endroit où il insinue quelque chose touchant son illustre naissance; mais il le fait d'une manière qui n'a rien que de très aimable. Lisez ce qu'il dit aux pages 128 et

MÊLA KG KS. II. 3l

/|8st PRÉFACE DE L* ANTI-MACHIAVEL.

1 9.9 : « Un homme élevé à l'empire par son eourage ■ n'a plus de parents ; on songe à son pouvoir, et non « à son extraction. Aurélien était fils d'un maréchal u de village '; Prohus, d'un jardinier; Dioclétien, d'un «esclave; Valentinien , d'un confier: ils fureut tous « respectés. Le Sforce qui conquit Milan était un « paysan ; Cromwell , qui assujettit l'Angleterre et fit « trembler l'Europe, était un simple citoyen; le grand «Mahomet, fondateur de l'empire le plus florissant « de l'univers, avait été un garçon marchand; Samon, « premier roi d'Esclavonie, était un marchand fran- « çais ; le fameux Piast , dont le nom est si révéré en « Pologne, fut élu roi ayant encore aux pieds ses «sahots, et il a vécu respecté jusqu'à cent ans. Que « de généraux d'armée , que de ministres et de chance ecliers roturiers! l'Europe en est pleine, et n'en est « que plus heureuse, car ces places sont données au « mérite. Je ne dis pas cela pour mépriser le sang des « Witikind , des Charlemagne , des Ottoman; je dois a au contraire, par plus d'une raison, aimer le sang « des héros; mais j'aime encore plus le mérite. » Il n'y a guère qu'un des premiers gentilshommes du monde qui puisse parler sur ce ton-là.

1 Aurélien était (ils d'un paysan. C'est Pupien qui était fils d'un forgeron OU d'un rharrou, à ee que dit Jules Capitolin. B.

m DE LA PRÉFACE DE L'ANTI- MACHIAVEL.

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