‹ Œuvres de VoltaireChapitre 43 sur 182 · DES DISTANCES ET GRANDEURS · texte numérisé non relu

DES DISTANCES ET GRANDEURS

rayons visuels, vous seriez morts avant que de savoir si les choses dont vous avez besoin sont à dix pas de vous, ou à cent millions de lieues, et si elles sont de la grosseur d'un ciron ou d'une montagne. H vaudrait beaucoup mieux pour vous être nés aveugles.

Nous avons donc très grand tort quand nous disons que nos sens nous trompent. Chacun de nos sens fait la fonction à laquelle la nature Ta destiné. Ils s'aident mutuellement pour envoyer à notre ame, par les mains de l'expérience, la mesure des connaissances que notre être comporte. Nous demandons à nos sens ce qu'ils ne sont point faits pour nous donner. Nous voudrions que nos yeux nous hssent connaître la solidité, ia grandeur, la distance, etc. ; mais il faut que le toucher s'accorde en cela avec la vue, et que l'expérience les seconde. Si le P. Malebranche avait envisagé la nature par ce côté, il eût attribué peut-être moins d'erreurs à nos sens qui sont les seules sources de toutes nos idées.

11 ne faut pas sans' doute étendre à tous les cas cette espèce de métaphysique que nous venons de voir : îious ne devons l'appeler au secours que quand les mathématiques nous sont insuffisantes; et c'est encore une erreur qu'il faut reconnaître dans le P. Malebranche. Il attribue, par exemple, à la seule imagination des hommes, des effets dont les seules règles (f optique rendent raison. Il croit que si les astres nous paraissent plus grands à l'horizon qu'au méridien, c'est à l'imagination seule qu'il faut s'en prendre. Nous allons, dans le chapitre suivant, expliquer

1*4 PARTIE II , CliAP. VII.

ce phénomène, qui depuis cent ans a exercé tant de philosophes.

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