CHAPITRE VI
Nouvelles preuves de l'attraction. Que les inégalités du mouvement et de l'orbite de la lune sont nécessairement les effets de l'attraction.— Exemple en preuve. Inégalités du cours de la lune, toutes causées par l'attraction. Déduction de ces vérités. La gravitation n'est point l'effet du cours des astres, mais leur cours est l'effet de la gravitation. Cette gravitation , cette attraction peut être un premier principe établi dans la nature.
La lune n'a qu'un seul mouvement égal, c'est sa rotation autour d elle-même sur son axe, et c'est le seul dont nous ne nous apercevons pas : c'est ce mouvement qui nous présente toujours à peu près le même disque de la lune; de sorte qu'en tournant réellement sur elle-même, elle paraît ne point tourner du tout, et avoir seulement un petit mouvement de balancement, de libration, qu'elle n'a point, et que toute l'autiquité lui attribuait '.
Tous ses autres mouvements autour de la terre sont inégaux, et doivent l'être si la règle de la gravitation est vraie. La lune, dans son cours d'un mois, est nécessairement plus près du soleil dans un certain point et dans un certain temps de son cours : or, dans ce point et dans ce temps, sa masse demeure la même:
« Voyez (page *57) le chapitre x sur la cause de la libration de la lune. K.
EFFETS DE LA GRAVITATION DANS LA LUNE. ai 5
sa distance étaut seulement changée , l'attraction du soleil doit changer en raison renversée du carré de cette distance : le cours de la lune doit donc changer, elle doit donc aller plus vite en certain temps que l'attraction seule de la terre ne la ferait aller; or, par l'attraction de la terre, elle doit parcourir des aires égales en temps égaux, comme vous l'avez déjà observé au chapitre rv.
Ou ne peut s'empêcher d'admirer avec quelle sagacité Newton a démêlé toutes ces inégalités, réglé la marche de cette planète , qui s'était dérobée à toutes les recherches des astronomes; c'est là surtout qu'on peut dire :
«Nec propius tas est morlali attingere divos1.»
Entre les exemples qu'on peut choisir, prenons celui-ci : Soit A , la lune 56) : A B N Q, l'orbite de la lune ; S, le soleil; B, l'endroit où la lune se trouve dans son dernier quartier. Elle est alors manifestement à la même distance du soleil qu'est la terre. La différence de l'obliquité de la ligne de direction de la lune au soleil étant comptée pour rien , la gravitation de la terre et de la lune vers le soleil est donc la même. Cependant la terre avance dans sa route annuelle de T en Y, et la lune, dans son cours d'un mois, avance en Z : or, en Z, it est manifeste qu'elle est plus attirée par le soleil S , dont elle se trouve plus proche que la terre ; son mouvement sera donc accéléré de Z vers N ; l'orbite qu'elle décrit sera donc changée; mais comment sera-t-elle changée? en
• Halky. B.
s'aplatissant un peu, en devenant plus approchante d'une droite depuis Z vers N ; ainsi donc de moment en moment la gravitation change le cours et la forme de l'ellipse dans laquelle se meut cette planète.
Par la même raison la lune doit retarder son cours, et changer encore la figure de l'orbite qu'elle décrit, lorsqu'elle repasse de la conjonction N à son premier quartier Q;car, puisque dans son dernier quartier elle accélérait son cours en aplatissant sa courbe vers sa conjonction N , elle doit retarder ce même cours en remontant de la conjonction vers son premier quartier.
Mais lorsque la lune remonte de ce premier quartier vers son plein A, elle est alors plus loin du soleil qui l'attire d'autant moins, elle gravite plus vers la terre. Alors la lune accélérant son mouvement, la courbe qu'elle décrit s'aplatit encore un peu comme dans la conjonction; et c'est là l'unique raison pour laquelle la lune est plus loin de nous dans ses quartiers que dans sa conjonction et dans son opposition. La courbe qu'elle décrit est une espèce d'ovale approchant du cercle.
Ainsi donc le soleil, dont elle s'approche, ou s'éloigne à chaque instant, doit à chaque instant varier le cours de cette planète.
Elle a son apogée et son périgée, sa plus grande et sa plus petite distance de la terre; mais les points, les places de cet apogée et de ce périgée doivent changer.
Elle a ses nœuds, c'est-à-dire les points où l'orbite qu'elle parcourt rencontre précisément l'orbite de la