‹ Œuvres de VoltaireChapitre 78 sur 182 · THEORIE DU MONDE. 'X<X · texte numérisé non relu

THEORIE DU MONDE. 'X<X

million de fois que B, à se jeter vers lui un million de fois plus vite que le globe A n'ira vers B.

Mais qu'ils aient l'un et l'autre un mouvement de projectile eo raison de leurs masses , la planète eu B C, le soleil en A D : alors la planète obéit à deux mouvements : elle suit la ligne B C, et gravite en même temps vers le soleil suivant la ligne B A ; elle parcourra donc la ligne courbe B F ; le soleil même suivra la ligne A E; et, gravitant l'un vers l'autre, ils tourneront autour d'un centre commun. Mais le solei] surpassant un million de fois la terre en grosseur, et la courbe A £, qu'il décrit, étant un million de fois plus petite que celle que décrit la terre, ce centre commun est nécessairement presque au milieu du soleil.

Il est démontré encore par là que la terre et les planètes tournent autour de cet astre ; et cette démonstration est d'autant plus belle et plus puissante, qu'elle est indépendante de toute observation , et fondée sur la mécauique primordiale du monde.

Si l'on fait le diamètre du soleil égal à cent diamètres de la terre, et si par conséquent il surpasse un million de fois la terre en grosseur, il est /|64 fois plus gros que toutes les planètes ensemble, en ne comptant ni les satellites de Jupiter ni l'anneau de Saturne. Il gravite vers les planètes, et les fait graviter toutes vers lui; c'est cette gravitation qui les fait circuler en les retirant de la tangente, et l'attraction que le soleil exerce sur elles surpasse celle qu'elles exercent sur lui , autant qu'il les surpasse en quantité de matière. Ne perdez jamais de vue que

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cette attraction réciproque n'est autre chose que la loi des mobiles gravitant tous, et tournant tous vers un centre commun.

Le soleil tourne donc sur ce centre commun , c'està-dire sur lui-même, en aô jours et demi ; son point de milieu est toujours un peu éloigné de ce centre commun de gravité, et le corps du soleil s'en éloigne à proportion que plusieurs planètes en conjonction l'attirent vers elles; mais, quand toutes les planètes se trouveraient d'un côté et le soleil d'un autre, le centre commun de gravité du monde planétaire sortirait à peine du soleil, et leurs forces réunies pourraient à peine déranger et remuer le soleil d'un diamètre entier.

Il change donc réellement de place à tout moment, à mesure qu'il est plus ou moins attire par les planètes ; et ce petit approchement du soleil rétablit le dérangement que les planètes opèrent les unes sur les autres; ainsi le dérangement continuel de cet astre entretient l'ordre de la nature.

Quoiqu'il surpasse un million de fois la terre en grosseur, il n'a pas un million plus de matière , comme on l'a déjà dit.

S'il était en effet un million de fois plus solide, plus plein que la terre, l'ordre du monde ne serait pas tel qu'il est : car les révolutions des planètes et leurs distances à leur centre dépendent de leur gravitation, et leur gravitation dépend en raison directe de la quantité de la matière du globe où est leur centre; donc, si le soleil surpassait à un tel excès notre terre et notre lune en matière solide, ces planètes

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seraient beaucoup plus attirées, et leurs ellipses très dérangées.

En second lieu , la matière du soleil ne peut être comme sa grosseur; car ce globe étant tout en feu, la raréfaction est nécessairement fort grande, et la matière est d autant moindre que la raréfaction est plus forte.

Par les lois de la gravitation, il paraît que le soleil n'a que q5o,ooo fois plus de matière que la terre; or, le soleil, un million plus gros, n'étant que le quart d'un million plus matériel, la terre, un million de fois plus petite, aura donc à proportion quatre fois plus de matière que le soleil , et sera quatre fois plus dense.

Le même corps , en ce cas, qui pèse sur la surface de la terre comme une livre, pèserait sur la surface du soleil comme 35 livres ; mais cette proportion est de 24 à l'unité, pareeque la terre n'est pas en effet quatre fois plus dense, et que le diamètre du soleil est ici supposé être cent fois celui de la terre.

Le même corps qui tombe ici de i5 pieds dans la première seconde, tombera d'environ 4*5 pieds sur la surface du soleil, toutes choses d'ailleurs égales1.

Le soleil perd toujours, selon Newton, un peu de sa substance, et serait dans la suite des siècles réduit à rien, si les comètes qui tombent de temps en temps

1 Ces déterminai ions sont celles que Ton trouve dans les Principes mathématiques. Des observations plus exactes ont appris depuis qu'il (allait foire quelques changements dans les élémeuts adoptés p«r Newton , et par conséquent dans ces différent* résultats. K.

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dans sa sphère ne servaient à réparer ses pertes : car tout s'altère et tout se répare dans l'univers.

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