CHAPITRE IV
De la liberté dans l'homme. — Excellent ouvrage contre la liberté; si bon, que le docteur Clarke y répondit par des injures. Liberté d'indifférence. Liberté de spontanéité. Privation de liberté, chose très commune. Objection» puissantes contre la liberté.
Selon Newton et Clarke, l'Etre infiniment libre a communiqué à l'homme sa créature une portion limitée de cette liberté : et on n'entend pas ici par liberté la simple puissance d'appliquer sa pensée à tel ou tel objet, et de commencer le mouvement; on n'entend pas seulement la faculté de vouloir, mais celle de vouloir très librement avec une volonté pleine et efficace, et de vouloir même quelquefois sans autre raison que sa volonté. Il n'y a aucun homme sur la
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terre qui ne sente quelquefois qu'il possède cette liberté. Plusieurs philosophes pensent d'une manière opposée; ils croient que toutes nos actions sont nécessitées , et que nous n'avons d'autre liberté que celle de porter quelquefois de bon gré les fers auxquels la fatalité nous attache.
De tous les philosophes qui ont écrit hardiment contre la liberté, celui qui sans contredit l'a fait avec plus de méthode, de force et de clarté, c'est Collins, magistrat de Londres, auteur du livre De la liberté de penser, et de plusieurs autres ouvrages aussi hardis que philosophiques.
Clarke, qui était entièrement dans le sentiment de Newton sur la liberté , et qui d'ailleurs en soutenait les droits autant en théologien d'une secte singulière qu'en philosophe, répondit vivement à Collins, et mêla tant d'aigreur à ses raisons, qu'il fit croire qu'au moins il sentait toute la force de son ennemi. Il lui reproche de confondre toutes les idées, pareeque Collins appelle l'homme un agent nécessaire. Il dit qu'en ce cas l'homme n'est point agent ; mais qui ne voit que c'est là une vraie chicane ? Collins appelle agent nécessaire tout ce qui produit des effets nécessaires. Qu'on l'appelle agent ou patient, qu'importe? le point est de savoir s'il est déterminé nécessairement.
Il semble que si l'on peut trouver un seul cas où l'homme soit véritablement libre d'une liberté d'indifférence, cela seul suffit pour décider la question. Or, quel cas prendrons-nous, sinon celui où l'on voudra éprouver notre liberté? Par exemple, on me pro-