‹ Œuvres de W. E. Channing De l'esclavageChapitre 2 sur 27 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

qui ait porte plus de clarté dans un pareil examen, ni qui se soit élevé à des considérations plus hautes. Mais ce sont là, il est aisé de le voir, des questions qui intéressent les sociétés libres aussi bien que les sociétés à esclaves, et l’Europe autant que l’Amé-* rique.

Ainsi donc rien ne nous est moins étranger que la discussion de l’esclavage; c’est sous un autre nom le sujet même de la politique. Il n’est pas d’argument en faveur du maître et de son intérêt qu’on ne fasse valoir pour défendre cette souveraineté absolue de l’État, qui est la grande hérésie de nos jours, et qui va droit au communisme; et au contraire tous les raisonnements, toutes les preuves qu’on invoque en faveur de l’esclave, protègent également les droits de l’individu. Si chacun de nous a des droits essentiels qu’il apporte avec lui en naissant, si la liberté, si la famille, si la propriété ne sont pas des créations de la loi, si la société peut seulement régulariser l’exercice de ces droits sans jamais les anéantir, l’esclavage est un crime ; et du même coup, la suprématie de l’État, au delà de certaines limites, est une tyrannie. En ne perdant pas de vue l’identité des deux problèmes, on comprendra pourquoi nous avons traduit

de préférence ces écrits sur l’esclavage. Il n’y en a pas qui prêtent à de plus utiles réflexions en un temps, où par toute l’Europe le courant des idées emporte les esprits vers une centralisation exagérée.

La traduction de ce volume a été préparée comme celle du volume précédent, par M. Frank Bertin, professeur au collège Sainte-Barbe. Nous l’avons revue avec un soin extrême, et à trois reprises différentes, non pas que l’exactitude du sens laissât rien à désirer, mais parce que nous aurions voulu que rien ne sentît la traduction, afin de donner à Channing plein droit de cité parmi nous. Ce n’est pas chose facileavec un auteur dont la prose est un peu traînante, aussi on ne se flatte pas d’avoir toujours réussi.

Le prochain volume, qui est sous presse et qui paraîtra au commencement de 1856, contiendra une partie des traités religieux, notamment les discours Sur la liberté religieuse , et Sur t Église ; ce sera une nouvelle occasion de juger ce noble esprit. Le symbole de Channing est celui d’une communion peu nombreuse, mais, par la façon dont il comprend et pratique la parole divine, par son respect de l’âme immortelle, par son amour de Dieu et des hommes, Channing est certainement un des

noms qui font le plus d’honneur au christianisme, et qui montrent le mieux comment l’Évangile, loin d’être épuisé, a des réponses toujours prêtes pour ces grandes questions qui troublent toutes les sociétés, et qui portent dans leur sein l’avenir du inonde et de la civilisation.

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