‹ Œuvres de W. E. Channing De l'esclavageChapitre 20 sur 27 · DES MOYENS DE SUPPRIMER L’ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE SUPPRIMER L’ESCLAVAGE

Comment l’esclavage disparaîtra-t-il? C’est une question qu’il faut adresser au maître ; seul il peut y répondre complètement. Lui seul a une connaissance intime du caractère et des mœurs de l’esclave, et c’est à cela qu’il faut adapter avec prudence les mesures d’émancipation. De loin on peut et on doit suggérer des idées et des principes généraux ; mais le mode d'application ne peut être bien connu que de ceux qui habitent là où le mal existe. C’est au maître et non point à d’autres qu’il appartient de choisir et d’employer le meilleur système d’affranchissement. Nous n’avons point le droit d’intervenir et nous ne le désirons pas. Nous tenons que les dangers de l’émancipation , s’il y en a, seraient infiniment accrus si l’esclave recevait le bienfait d’une main étrangère, s’il voyait son maître contraint d’agir par un pouvoir étranger. Il est de la plus haute importance que l’esclavage soit remplacé par des rapports pleins d’amitié entre l’esclaveet le maître; mais pour cela , il faut que le premier voie dans le second son bienfaiteur et son libérateur. Il faut que dans son affranchissement il voie tout à la fois et

une marque de bonté et la reconnaissance de ses droits. Il faut qu’il ait confiance en ses supérieurs et qu’il leur demande avec plaisir et reconnaissance des conseils et un appui. Qu’il sache que sa liberté a été arrachée à un maître qui le remettrait volontiers dans les fers , et aussitôt la jalousie , la vengeance et la haine flétriront l’innocence et le bonheur de sa nouvelle in- • dépendance et en feront un danger pour Jui-même et pour tous ceux qui l’entourent. Je crois bien que, même en ce cas , l’émancipation vaudrait mieux qu’un esclavage éternel , mais personne de nous n’est désireux d’as- ' sumer une telle responsabilité.

Nous avons des craintes sérieuses, pour l’expérience qui se fait maintenant dans les Iles , parce qu’elle est l’œuvre d’une main étrangère. Les planteurs, surtout à la Jamaïque , ont résisté à la mère-patrie avec une obstination qui tenait de la folie; ils ont tout fait pour exaspérer les esclaves dont ils ne pouvaient empêcher l’affranchissement ; ils n’ont rien fait pour les [préparer à la liberté. Il les ont abordés d’un air sombre et avec

des paroles de mauvais augure; ils leur ont appris à at-

tendre leur soulagement du dehors et à ne voir dans leurs maîtres qu’un obstacle à l’amélioration de leur sort. Il est possible que malgré toutes ces difficultés l’émancipation réussisse. Que Dieu en assure le succès I Si elle échoue , le planteur aura été la cause de sa propre ruine. La politique aussi bien que le devoir lui conseillaient tellement de se charger de l’œuvre qu’un pouvoir supérieur avait commencée, de n’épargner nul effort , nulle dépense pour s’attacher par de nouveaux liens ceux qui allaient secouer leurs chaînes, qu’on ne peut expliquer la conduite du maître qu’en supposant que sa

malheureuse position le prive de sa raison comme elle lui émousse le sens moral (1 ) .

< Ici, nul autre pouvoir que celui des États à esclaves ne peut écarter le mal , et personne de nous n’est désireux de leur prendre des mains cette opération. Eux seuls peuvent l’accomplir sans danger. Eux seuls peuvent déterminer et appliquer les véritables et sûrs moyens d’émancipation. Que de pareils moyens existent , je n’en doute pas, car l’émancipation a été déjà accomplie avec succès en d’autres pays; et quand bien même il n’y aurait pas de précédent, je n’en serais pas moins certain que sous le gouvernement d’un Dieu plein de bonté et de justice, il ne peut y avoir nécessité de tenir des créatures humaines dans une servitude perpétuelle. Cette foi, néanmoins, n’est pas universelle. Il est beaucoup de gens qui , lorsqu’on parle des maux de l’esclavage, disent : « C’est un mal , mais il est sans remède. Il n'y a pas moyen d’en sortir. » Us ajoutent d’un ton désespéré : « Donnez-nous votre plan; » et ils justifient leur indifférence parce qu'ils appellent l’impossibilité de l’émancipation. Cet état des esprits m’engage à présenter quelques considérations sur les moyens de faire disparaître l’esclavage , non pas que je pense à tracer un plan, cela serait au-dessus de mes forces. A la distance où je suis, personne ne peut accomplir une oeuvre qui demande toute l'intelligence et toute la charité des habitants du Sud. Je veux seulement indi-

(1) On sait que l'émancipation a réussi dans les colonies anglaises, qu'il n’y a point eu de révolte, et que la production, un moment affaiblie, a repris son niveau. Il en a été de même dans nos colonies après 1848 ( Edit .).

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