‹ Œuvres de W. E. Channing De l'esclavageChapitre 24 sur 27 · TE POUR LA QUATRIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

TE POUR LA QUATRIÈME ÉDITION

En commençant le chapitre de l’abolitionisme , j’ai exprimé mon respect pour les quelques abolitiohistes que j’ai connus. Je suis obligé de dire qu’ayant eu occasion d’en voir et d’en entendre davantage , je suis plus que jamais convaincu de leur honnêteté et de la pureté de leurs vues. J'ai parlé franchement de leurs erreurs; mais elles ne doivent pas nous aveugler sur tant de vertus et de sacrifices , et surtout elles ne doivent pas nous prévenir contre les vérités ainsi défendues. Il ne faut pas renoncer à de grands principes parce qu’on les a établis avec peu de sagesse. Il ne faut pas nous refroidir pour une bonne cause , parce que ses défenseurs ont plus de zèle que de jugement. Les dangers qu’elle court doivent nous y attacher plus étroitement , et nous devons tout faire pour que ses soutiens usent de moyens convenables et effectifs.

En cherchant les moyens de faire disparaître l’esclavage , j’ai exprimé mes craintes quant au résultat de l’expérience qui se fait maintenant dans les Antilles. Je suis heureux de dire que toutes les nouvelles diminuent notre inquiétude. Il est prouvé que dans quelques-unes de ces îles , la propriété foncière a augmenté de valeur depuis l’émancipation, et que les importations se sont considérablement accrues. J’ai entendu dire qu’un colon qui habite ici et qui était opposé à l’émancipation parle maintenant de sa propriété comme étant d’un meilleur revenu qu’auparavant. On sait que ce grand changement s’est fait sans trouble, et c’est là le point essentiel. Sans doute, l’expérience n’est pas complète,

et tout ce qu’on dit ne doit pas être cru à la légère, mais le succès a jusqu’ici surpassé l’attente de tout le monde, hormis les abolitionistes. Jusqu’ici ils ont été les prophètes les plus vrais. Puissent les événements imprimer le sceau de la vérité à toutes leurs prédictions 1 Ce pays n’a pas de plus grand intérêt que le succès de Témancipation dans les Antilles. Avec cet exemple devant nous, la destruction de l’esclavage serait aussi rapide qu’elle est sure.

Nulle partie de mon livre n’a plus blessé que celle où j’ai prétendu que l’esclavage accroît l’infidélité conjugale chez les maîtres. Je ne parle pas des injures qui m’ont été prodiguées; si je n’avais reçu que des injures . je ne présenterais pas au public les remarques suivan- ^ tes. Mais un homme d’un noble caractère, M. Leigh, de la Virginie, a solennellement protesté dans Je sénat des États-Unis contre ce que j’ai a\ancé, et ce serait lui faire tort que de le confondre avec les politiques vulgaires, trop communs dans le congrès aussi bien qu’ailleurs , qui sont toujours prêts à dire la première chose venue ou toute espèce de chose qui peut servir leur intérêt.

M. Leigh exprime sa mûre conviction que la 'fidélité conjugale n’est nulle part plus respectée que dans le Sud. On remarquera que , dans mon livre , je n’ai pas parlé en particulier des États américains qui possèdent des esclaves , mais des pays d’esclaves en général , et que je n’ai pas raisonné d’après des rapports et des documents , mais d’après les principes de la nature humaine et l’essence même delà servitude. Je sens qu’un tel raisonnement ne peut me tromper; mais j'ajoute ce .que j’ai évité de dire en commençant,, c’est que je

n’aurais pas porté cette accusation contre l’esclavage, si ce grand argument tiré de la nature humaine n’avait été corroboré par toutes les preuves que le cas peut admettre. Ce n’est pas ma seule opinion que j’exprime, c’est l’opinion commune, je peux même dire l’opinion universelle du Nord ; bien plus , c’est l’opinion publique du monde civilisé.

Dans toute ma vie , je n’ai pas rencontré une seule personne qui doutât de l’influence désastreuse que l’esclavage exerce sur les relations domestiques. Jejie crois pas que dans le Nord, parmi les gens bien informés, il y ait un seul individu qui suppose que les obligations du mariage soient aussi respectées dans les États qui possèdent des esclaves, que dans les États libres. En lisant le discours de M. Leigh, j’ai résolu de faire des recherches avec l’intention de rétracter mon erreur à la face du monde si je trouvais des raisons pour m’accuser de précipitation. J’ai demandé l’opinion des personnes dont l’autorité me semble la plus digne de confiance . et on m’a assuré que je n’avais dit que la vérité. Je ne puis dire le nombre de gens qui m’ont parlé sur ce point de la façon la plus expresse ! Dans mon livre je n’ai exprimé que l’opinion générale du Nord et je m’attendais aussi peu à voir contester l’exactitude de ce que j’avançais qu’à entendre nier l’esclavage. Je n’accuse point M. Leigh qui est connu parmi nous comme un homme vertueux et qui fait honneur à son pays; mais je présume qu’en comparant le Sud au Nord, il a parlé sans une connaissance suffisante de ce dernier pays. Aussi je n’ai pu ni n’ai dû effacer de mon livre le passage qui l’a offensé, quoique j’en aie un peu adouci la forme. Si je connais bien mon cœur, ce serait

pour moi une grande joie de pouvoir l'effacer entière, ment. •

Il est un passage que j’avais préparé pour cet ou* vrage , et que je regrette de n’y avoir pas inséré. Au chapitre des Explications , après avoir cité des exemples qui attestent l’excellence morale et religieuse qu’on trouve dans les Étatsà esclaves, j’exprimais en peu de mots mon admiration pour les vertus et les perfections des femmes du Sud. J’avais écrit ces lignes avec chaleur; car elles m’étaient dictées par la reconnaissance des bontés inépuisables que j’avais reçues d'une femme , pendant le séjour que je fis dans le Sud au temps de ma jeunesse. Ce serait pour moi un grand plaisir de publier maintenant ces réflexions , si elles n’avaient été détruites avec le manuscrit dont elles faisaient partie; car elles exprimaient des sentiments que le temps n’a pu que fortifier. A près un long examen , j’omis ce passage dans la première édition pour des raisons que je n'approuve plus aujourd’hui. Je craignis que les étrangers ne le regardassent comme un lieu commun de flatterie. Je craignis qu’on n’imaginât que je voulais racheter par cet éloge les censures contenues dans d’autres parties du livre , désireux de me faire un bouclier contre les critiques auxquelles je m’exposais en publiant une vérité qui n’était pas populaire. J’ai fait en celte occasion ce que j’ai fait trop souvent. En voulant éviter l’apparence de vices que j’abhorre, j’ai trahi mes convictions et mes affections. Le lecteur me pardonnera de parler de moi, quand il saura que j’ai été indignement accusé d’attaquer l’honneur des femmes du Sud.

J’aurais cependant négligé cette calomnie si cette note ne m’avait pour ainsi dire forcé d’en parler. Je suis trop

occupé du grand sujet que je traite pour m’inquiéter de ce qu’on dit de moi. Je sens que je ne suis rien , que ma réputation n’est rien , en comparaison du mal et de l’injustice que je me suis efforcé d’exposer, et je me regarderais comme indigne [de porter le nom d’homme et de chrétien si les calomnies des méchants, ou même la désapprobation des bons, pouvaient attacher mes pensées sur moi-même , et m’éloigner d’une cause que , je le crois , la vérité , l’humanité et Dieu m’appellent à défendre.

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