‹ Œuvres de W. E. Channing Traités religieuxChapitre 4 sur 17 · L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

L’ÉGLISE

DISCOURS PRONONCÉ DANS LA PREMIÈRE ÉGLISE CONGRÉGATIONNELLE, A PHILADELPHIE,

Le Dimanche 30 mai 1841>

• Tous ceux qui me diront : Seigneur! Seigneur! n’entreront pas dans le royaume des cieux, mais celui-là qui fera la xolonté de mon père qui est au ciel. Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en ton nom, et en ton nom chassé les démons, et en ton nom fait des miracles? Et alors je leur dirai ouvertement ; Je ne vous ai jamais connus; éloignez-vous de moi, vous qui faites le métier d’iniquité.

< Quiconque entend donc mes paroles et les met en pratique, je le compare à l’homme sage qui a bâti sa maison sur le roc; et la pluie est tombée, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et ont battu cette maison , et elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur le roc.

I Mais quiconque entend mes paroles et ne les met pas en pratique sera comparé à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable; et la pluie est tombée, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et ont battu cette maison , et elle est tombée, et ta ruine a été grande. (Hàtthiku, Vil, 21-27,) •

Ces paroles , qui servent de conclusion au discours de Jésus sur la montagne, nous enseignent une grande vérité, c’est que, dans la religion, il n’y a qu’une chose essentielle , et cette chose c’est de faire la volonté de Dieu, c’est de pratiquer les préceptes qui constituent la substance de ce mémorable discours. Nous apprenons

qu’il ne nous servira de rien d’appeler Jésus- Christ : Seigneur! de nous intituler ses disciples, d’écouter ses paroles, d’enseigner en son nom, de prendre place dans son Église, ou môme de faire des miracles en témoignage de sa vérité, si nous négligeons d’entretenir en nous l’esprit et les vertus de sa religion. Dieu ne s’occupe pas de ce que nous disons, mais de ce que nous sommes et de ce que nous faisons, La soumisstoüq de notre volonté à la volonté divine, la mortificatioii des penchants sensuels et égoïstes , l’amour de Dieu par dessus toutes choses, la justice et la charité envers notre prochain, telle est la véritable essence de la religion ; cela seul nous place sur le roc; c’est la seule fln, c’est le bien suprême qu’on doit estimer et chercher avant tout .

C’est là une vérité aussi simple qu’elle est grande; l’enfant peut la comprendre, et cependant, dans tous les âges, les hommes l’ont dédaignée ; ils ont essayé de remplacer par autre chose la pureté du cœur et de la vie ; ils ont espéré se recommander à Dieu et entrer dans le royaume des deux par quelque autre moyen. Les cérémonies, les symboles, les églises, le sacerdoce, les sacrements , ces choses et d’autres encore ont été proclamées l’essentiel. Le seul titre pour gagner le ciel, celui qui en soi-môme est le ciel, je veux dire la vertu et l’esprit de Jésus-Christ, on l’a obscurci et déprécié, tandis qu’on a regardé la croyance à certains mystères ou l’union avec une certaine église comme le chemin étroit qui conduit à la vie. Dans un seul discours je n’ai pas le temps de faire connaître toutes les erreurs qu’on a répandues sur ce sujet; je n’en toucherai qu’une, qu’on ne trouve pas seulement dans le passé, mais qui n’est que trop générale au temps où nous vivons.

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Il a toujours existé et il existe encore un ijenchant à attacher une importance exagérée à « l’église » à laquelle on appartient. Être membre de la « véritable église » c’est, on l’affirme, chose essentielle au salut. Des millions d’hommes ont cherché leur consolation et souvent trouvé leur perte dans l’idée que la « véritable église » les enlaçait de ses bras maternels , car ils se sont contentés de celte idée. Des chrétiens ont combattu à propos de « l’église B comme si c'était uiio question de vie ou de mort. Le catholique romain vous ferme la porte du ciel parce que vous ne voulez pas entrer dans son église. Parmi les protestants, il en est q^ui vous disent que les promesses du christianisme n’ont pas été faites pour vous , quel que soit votre caractère, à moins que vous ne receviez les préceptes chrétiens des ministres de leur église. La source d’où découle le salut, c’est un certain sacerdoce, un ordre héréditaire, des rites particuliers accomplis par des fonctionnaires consacrés. Même chez des sectes qui n’élèvent pas ces prétentions exclusives, vous trouverez encore l’idée qu’un homme est plus en sûreté dans leur église qu’ailleurs; ainsi on fait un moyen de salut de quelque chose qui n’est pas la pureté chrétienne du cœur et de la vie.

C’est cette erreur que je veux combattre. Je veux prouver que l’esprit du Christ, que la vertu du Christ, ou la mise en pratique du sermon sur la montagne, est la grande fin de notre religion, la seule chose essentielle, et que toutes les autres n’ont d’importance qu’autant qu’elles servent à cela. Je sais bien qu’un très -grand nombre de personnes adoptent cette doctrine, mais trop souvent leur conviction n’est ni profonde ni vive, et elle est affaiblie par des idées superstitieuses sur la mystérieuse in-

fluence (|ue l’Église, ou quelque autre agence étrangère exerce sur notre salut. Pour combattre ces tendances erronées je n’eiilreprendrai pas de prouver d’une manière méthodique, par des procédés logiques, tout ce qu’il y a d’importance, de bonheur et de gloire, dans la justice, la sainteté, l’amour de Dieu et de l’homme; je ne démontrerai pas que cela seul est indispensable : cette vérité brille assez de son propre éclat. On la trouve partout dans le Nouveau Testament, et c’est un évangile ([u’une main divine a écrit dans nos âmes. Pour la déléndrc contre les .prétentions qu’on élève au nom de l’Église, il suflira de présenter quelques simples remarques dans l’ordre où elles s’ofîrent à mon esprit.

Je vois d’abord que, dans le sermon sur la montagne, Jésus n’a rien dit de l’Église, et on ne voit nulle part que ni lui ni ses disciples aient tracé un plan déterminé pour l’organisation de l’Église, ni qu’ils aient donné un rituel pour le culte. Ceci ne doit pad nous surprendre; car c’est ce qu’on devait attendrQ.^’uné Religion telle que le christianisme. Le judaïsme avait ét^destiné à l’éducation d’une nation particulière, à êi^gç^l^vilisée et entourée de l’idolâtrie la plus grossière; aussi l’eofermait-il dans un cercle de formes multipliées et rigides. Mais le christianisme, au contraire, se propose comme fln suprême de répandre le culte intérieur et spirituel de Dieu parmi toutes les nations , à tous les degrés de la civilisation , sous chaque climat , dans chaque gouvernement et chaque condition ; une pareille religion ne peut s’emprisonner dans une forme particulière. A considérer, surtout, qu’elle est faite pour durer pendant tous les siècles, pour agir sur tous les temps, pour s’allier à de nouvelles formes sociales et aux plus nobles progrès de l’humanité, on ne peut s’at-

tendre à ce qu’elle ordonne un mode d’administration immuable; il faut que chez elle les formes de culte et de communion s’adaptent par degrés et sans bruit aux besoins et à la marche de l’humanité. Les rites et les arrangements qui conviennent à une époque perdent leur raison d’être ou leur efficacité dans une autre . Les formes qui aujourd’hui sont un secours pour l’esprit pourront l’enchainer plus tard , et doivent céder devant son libre développement. Une religion qui n’a pas cette liberté et cette flexibilité porte en soi-même la preuve manifeste qu’elle n’a pas été destinée à régner partout et toujours. La preuve que le Christ est venu pour laisser son héritage à toutes les nations, c’est qu’il n’a pas institué pour toutes les nations et tous les temps un mécanisme précis de formes et de règles extérieures, c’est qu’il n’est pas entré dans le détail du culte et du gouvernement de son Église, mais qu’au contraire il a laissé l’esprit et le progrès des siècles décider de ces choses extérieures. Par conséquent, nulle forme d’église particulière ne peut être essentielle au salut. Nulle église ne peut prétendre que sa constitution soit déterminée et ordonnée dans les Écritures de façon si claire que, ne pas s’y soumettre, ce soit visiblement désobéir à Dieu. Dans toutes les églises on trouve le même respect chez les fidèles, et c’est une preuve que dans toutes nous pouvons obtenir également la faveur de Dieu.

C’est un point digne de remarque que, par la nécessité des choses, l’Église prit d’abord une forme qu’elle ne pouvait longtemps conserver. Elle fut gouvernée par les apôtres qui l’avaient fondée, c’est-à-dire par des hommes qui avaient connu le Christ en personne et reçu la vérité de sa bouche, qui avaient été témoins de sa ré-

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surrection, et avaient été enrichis entre tous par les lumières et les secours de son esprit. Les apôtres présidaient l’Église avec une autorité qui leur était propre, et à laquelle personne après eux ne pouvait prétendre. Ils comprenaient l’esprit du Christ comme personne ne pouvait le faire, excepté ceux qui avaient joui d’une intimité étroite avec Jésus; et ils n’étaient pas seulement envoyés avec le don des miracles, mais encore, par l’imposition des mains, ils conféraient aux autres ces dons de l’Esprit. Cette présence d’apôtres inspirés et cette puissance surnaturelle donnèrent à la primitive église un caractère qui la distingue profondément de la forme qu’elle devait prendre plus tard.

Nous eu avons une preuve remarquable dans un passage où Paul place sous nos yeux les fonctions exercées dans la première église. « Dieu a établi dans l’Église des apôtres, des prophètes, des docteurs, les miracles, les dons de guérison, les secours, les gouvernements, les diversités de langage^. » Or, de tous ces dons ou offices il ne nous en reste qu’un seul aujpur^hui, celui de docteur. Les apôtres, les fondateurs et les héros de la primitive église ont disparu avec la puissance qui leur était propre, laissant pour les représenter leurs écrits que nous devons tous étudier. Les docteurs restent, non point parce qu’ils ont existé dans les premiers temps, mais parce que leur fonction est toujours nécessaire par sa nature môme et par la condition de l’humanité. Et, néanmoins, cette fonction a subi un changement considérable. A l’origine le docteur chrétien fut eu communication directe avec les apôtres, il en reçut des secoui’s miraculeux; il eut

* L Corinthiens , eb. su, SS.

ainsi des moyens de s’instruire qu’aucun de scs successeurs n’a possédé. Aujourd’hui le ministre chrétien ne peut approcher des apôtres que comme le font les autres hommes , c’est-à-dire en lisant les évangiles et les épîtres, et, pour interpréter les Écritures, il ne reçoit pas d’en haut plus d’aide que le simple fidèle. La promesse du Saint - Esprit , la plus grande de toutes , est faite sans distinction de fonction ou de rang à quiconque implore avec persévérance le secours divin; et ceci établit entre tous une égalité essentielle. Une prédiction frappante sur le temps du JÎlessie, nous permet de douter qu’il y ait encore des docteurs dans les siècles plus brillants qu’annoncent les prophéties. « En ces jours-Ià, dit l’Éternel, je mettrai ma loi dans leurs entrailles et je l’écrirai dans leur cœur; je serai leur Dieu, et ils seront mou peuple. Et chacun d’eux n’enseignera plus son prochain ni son frère en disant :jConnaissez le Seigneur; car ils me connaîtront depuis le plus petit d’entre eux jusqu'au plus grand ‘ .» Pqur qui sait ce qu’il y avait de particulier dans la primitive église, est-il possible de regarder cette première organisation comme immuable, de considérer la forme d’une église quelconque comme essentielle au salut, d’attribuer à des règlements extérieurs et uécossairerneut changeants une importance comparable à celle qui appartient aux caractères immuables et éternels de la sainteté et de la vertu ?

L’Église, dans sa première constitution, nous offre un intére‘:sant et noble spectacle. Ce n’était pas une union forcée et arbitraire, mais une association libre et spoii-

i JérémiÉ, ch. xxii , Z3, 9k. • •

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tanée. Elle sortait des principes et du fonds même de la nature humaine. Notre nature est faite pour la société. Nous ne pouvons vivre seuls; nous ne pouvons renfermer un grand sentiment dans nos cœurs ; nous cherchons les autres pour le leur faire partager. Une âme pleine trouve tout à la fois du soulagement et de la force dans la sympathie. Cela est surtout vrai de la religion, le plus social de toustios sentiments, le seul lien universel qui existe sur la terre. C’est dans cette loi de notre nature que l’église chrétienne a pris son origine : le Christ ne l’établit pas d’une manière positive. Consultez le Nouveau Testament, et vous n’y trouverez pas que Jésus ni ses apôtres se soient occupés de donner une organisation artificielle aux premiers disciples. Lisez dans le livre des Actes le récit simple et touchant de l’union des premiers prosélytes. Us n’avaient (ju’un cœur et qu’une âme. Rien ne pouvait les diviser. La vérité nouvelle les fondait en une seule masse, en faisait un seul corps. Dans leur amour mutuel, ils ne pouvaient séparer leurs biens ; ils posséflaient tout en commun. Sainte union I type de cette unité et de cette harmonie qu’un christianisme plus pur répandra chez toutes les nations I Parmi ces premiers prosélytes on choisissait les plus capables et lés plus éclairés pour enseigner dans les assemblées publiques. Les frères venaient avec empressement pour entendre l’exposition de la foi nouvelle, pour se fortifier mutuellement dans leur fidélité envers le Christ, pour lui rendre témoignage à la face du monde. Dans leurs réunions on les laissait suivre les usages de la synagogue où ils avaient été élevés, tant le christianisme s’inquiétait peu des formes. Comme cette association était simple et naturelle I Ce n’est pas un mystère; elle

sortit des premiers besoins du cœur humain. Le sentiment religieux, l’amour de Dieu et de l’homme, réveillés par le Christ , demandaient une nouvelle union pour se produire et se retremper. Et cette union de l’Église , fruit de l’esprit chrétien, et qui ne peut venir qu’ après lui , en usurperait la place , ou lui enlèverait quelque chose de sa toute puissance, de sa gloire suprême et sans égale?

L’Église, considérée dans sa véritable idée et dans son but, est une association des vrais disciples du Christ; et, à l’origine, cette idée fut en grande partie réalisée. Les premiers fidèles furent attirés vers le Christ par la conviction. Ils se réunirent et le confessèrent non par habitude, mode ou éducation, mais en opposition à toutes ces choses. Alors, la profession de foi et la pratique, la forme et l’esprit, la réalité et les signes extérieurs de la religion marchaient de front. Mais, en grandissant, l’Église perdit de sa vie ; son principe s’obscurcit; le nom resta, mais quelquefois il ne resta guère que le nom. C’est un fait remarquable que l’esprit même auquel le christianisme est le plus contraire, l’amour du pouvoir, de la domination, de la pompe, déjà prééminence, ait jeté dans l’Église ses racines les plus profondes. L’Église est devenue le siège des passions et des vices que le christianisme a le plus en horreur; aussi son histoire est -elle un des monuments les plus tristes du passé. Il n’est déjà que trop pénible de lire les annales sanglantes des empires de la terre ; mais quand on voit le royaume spirituel du Christ devenu, pendant des siècles, la proie de papes usurpateurs, de prélats ou de sectaires qu’enflamment le fanatisme, la haine théologique et la convoitise du pou-

voir; quand on voit comment ces feux de l’enfer les poussent à se saisir du glaive temporel pour persécuter, torturer, emprisonner, massacrer leurs frères, les font se mêler aux guerres nationales qu’ils rendent plus cruelles, et bouleverser le monde chrétien tout entier, on éprouve une tristesse profonde, et on est tenté de désespérer de l'humanité. L’histoire n’a pas de page plus somhre que celle qui raconte les persécutions des Albigeois ou les horreurs de l’Inquisition. Et quand on arrive à des temps plus rapprochés, l’Église porte au front toute autre marque que la sainteté. Qu’elle est triste pour un chrétien l’histoire que Ranke nous a donnée de la réaction du catholicisme contre le protestantisme 1 Partout nous voyons la puissance ecclésiastique recourir à la force comme au grand instrument de conversion ; prouvant ainsi qu’elle a fait alliance, non pas avec le ciel, mais avec la terre et l’enfer.

Si, d’un point de vue élevé, nous considérons l’Église dans un temps ou un pays donné, qu’il est rare d’y voir régner la véritable sainteté! Combien de ministres qui prêchent par intérêt ou par vanité, qui prêchent ce qu’ils ne croient pas, ou contredisent leur doctrine par leur vie 1 Combien de communions composées de mondains , qui ■- vont à la maison de Dieu par usage, par convenance, ou par une idée vague d’être sauvés, et non point par soif de l’esprit divin, non point par cette plénitude d’un cœur qui a besoin de s’exhaler en prières et en louanges I Telle est l’Église cependant. Nous sommes portés, il est vrai, à en faire une abstraction, ou à la séparer dans notre pensée des individus qui la composent; et c’est ainsi qu’elle devient pour nous une chose sainte, et que nous lui attribuons des vertus étranges. Les théologiens en

parlent comme d’une unité, comme d'un tout immense, • toiyours un et toujours le même dans tous les siècles;’ et, de cette façon, l’imagination se laisse prendre à l’idée d’une sainteté et d’une grandeur merveilleuses. Mais il faut distinguer entre la théorie ou le but de l’Église et son état réel. Quand nous en venons au fait, nous voyons que l’Église n’est pas une unité mystérieuse, immuable, mais bien une réunion d’individus changeants, divisés, en guerre les uns avec les autres, et dont trop souvent les cœurs et les mains ne sont rien moins que purs. Si tristes que soient les choses, U faut les voir telles qu’elles sont , et alors on est frappé de l’absurdité infinie qu’il y aurait à attribuer à une pareille église des vertus mystérieuses, à supposer qu’elle pût conférer la sainteté à scs membres, ou que la circonstance d’en faire partie ait la moindre valeur auprès de la pureté du cœur et de la vie.

La pureté du cœur et de la vie, l’esprit du Christ, esprit d’amour pour Dieu et pour l’humanité, tout est là; voilà la seule chose essentielle. L’Église n’a d’importance qu’autant qu’elle y sert; et toute église qui y sert est bonne, n’importe le lieu, le temps, la manière dont elle est née. Qu’on prie à genoux ou debout, que les ministres aient été ordonnés par un pape, un évêque, un ancien ou le peuple; ce sont là des choses secondaires. L’église qui ouvre la porte du ciel est celle-là seule où réside l’esprit du ciel. L’église dont les prières montent à l’oreille de Dieu est celle-là seule où l’àme s’élève. Qu’importe qu’elle soit réunie dans une cathédrale ou dans une grange ; qu’elle reste assise en silence ou qu’elle chante une hymne; que le ministre parle d’après des notes soigneusement préparées ou s’abandonne à une inspiration iounédiate, ardente, irrésistible ? Si Dieu est

' aimé, si Jésus-Christ est le bienvenu de notre âme, si ses leçons sont écoutées avec humilité et sagesse, et si l’on prend la ferme résolution de remplir tous ses devoirs, au travers de toutes les luttes, de tous les sacrifices, de toutes les tentations, alors le véritable but de l’Église est atteint. « Ce n’est pas autre chose que la maison de Dieu, la porte du ciel. »

En disant ceci, je ne prétends pas que toutes les églises soient de même valeur. 11 y en a sans doute qui répondent mieux que d’autres â l’esprit du christianisme, aux usages simples des premiers disciples, et aux principes de la nature humaine. Toutes ont leurs superstitions et leurs corruptions, mais quelques-unes sont plus pures que les autres; et nous sommes tenus de chercher la plus pure, celle qui répond le mieux à la volonté divine. Autant que nous pouvons choisir, il nous faut préférer l’église qui nous servira le mieux à devenir pieux, dé.sintéressés et forts. Cependant notre salut n’est pas attaché à la découverte de la meilleure église du monde, car cette église peut être éloignée ou nous rester inconnue. Sous la diversité des cultes il y a un môme esprit. Dans toutes les sociétés religieuses qui reconnaissent le Christ comme leur Seigneur, on enseigne les vérités les plus grandes et les plus simples de la religion, et on y peut trouver des âmes touchées et éclairées d’en haut. C’est là un fait évident et incontestable. Dans toutes les communions, si diverses qu’elles soient, on trouvera des hommes saints et vertueux ; et nous ne pouvons dire quelle est colle qui a produit les plus saints. L’Église répond donc partout à sa fin ; car, sa seule fin c’est d’aider à la vertu. On est heureux de lire dans l’histoire de toutes les communions les vies des chrétiens éminents qui ont tout sacrifié pour leur

religion, qui ont été üdèles jusqu’à lu mort, qui ont répandu autour d’eux la douce lumière et le parfum de l’espérance et de la charité chrétienne. Nous ne pouvons donc nous égarer en choisissant l’église qui nous représente le mieux les grandes idées du Christ , et qui parle avec le plus de force à notre conscience et à notre cœur. Mais cette église nous ne devons pas la choisir pour notre frère; car il est probable qu’il diffère de nous par le tempérament, par l’intelligence, par les impressions que l’éducation et l’habitude lui ont données. Le culte qui nous anime le plus, vous et moi, laisse peut être notre voisin endormi. C’est par le cœur et l’imagination qu’il faut le prendre, tandis qu’on arrive à nous par la raison. Ce qui pour lui est de la ferveur ne nous semble que du bruit ; ce qui lui semble une forme imposante n’est pour nous qu’une vaine parade. Ne le condamnez pas. Si dans une atmosphère plus chaude sa foi en Dieu devient plus forte, s’il est plus constant que nous dans le bien , son église vaut mieux pour lui que la nôtre pour nous.

Une grande erreur en ce qui touche les églises nous fait exagérer leur importance dans la grande affaire du salut. Nous imaginons que l’église, le ministre, le culte peuvent nous servir matériellement ; qu’il y a dans ce que nous appelons un lieu saint , des influences mystérieuses qui agissent sur nous sans notre participation. Il n’en est pas ainsi. L’église et le ministre ne peuvent rien pour nous en comparaison de ce que nous devons faire pour nous -mêmes; sans nous ils ne peuvent rien pour nous. C’est quand nous agissons qu’ils nous servent. Il faut que chacun soit à lui-même son prêtre. C’est sa propre action et non celle du ministre ; c’est la prière de son cœur, et non la prière des lèvres d’autrui

qui l’aide dans l’église. L'église ne lui fait de bien qu’autant que les rites, les prières, les hymnes, les sermons excitent son esprit à penser, à sentir, à prier, à louer et à SC résoudre. L’église est un secours et non une force; elle agit sur nous par des moyens rationnels et moraux et non par une opération mystique ; son influence, est de même nature que celle qui s’exerce au dehors ; son efficacité dépend surtout de la clarté, de la simplicité, de la sincérité, de l’amour et du zèle avec lesquels le ministre parle à notre esprit, à notre conscience et à notre cœur ; comme dans la vie ordinaire nous faisons notre profit de la clarté et de la force avec lesquelles nos amis nous font voir ce qui est bon et pur. L’église convient à notre nature morale et libre; elle agit sur nous comme sur des êtres raisonnables et res- * pensables, et ne nous sert que par notre action propre. Ceci nous apprend que la gloire de l’église ne réside pas dans une forme ou un gouvernement particulier, mais dans la sagesse avec laquelle elle combine les influences qui éveillent et purifient l’àme.

Me demande-t-on d’exposer quelles sont ces influences; je réponds qu’elles sont de celtes qu’on trouve dans toutes les églises et toutes les communions. La première, c’est le caractère du ministre. Ce caractère a une action manifeste, immédiate et puissante sur la grande fin spi- * rituelle que se propose l’église. Je dis le caractère et non l’ordination. L’ordination n’a d’autre but que d’introduire dans les fonctions sacrées des hommes qualifiés pour ce devoir, et de donner une idée de leur importance. C’est par ses qualités personnelles, par sa valeur intellectuelle, morale et religieuse, par sa fidélité et son zèle, et non par l’effet d’une cérémonie ou d’un pouvoir mys-

térieux que le ministre éclaire et édifle l’église. Qu’importe comment on l’a ordonné ou choisi , s’il accomplit sa tâche avec la crainte de Dieu? Qu’importe la personne qui lui a imposé les mains? Qu’importe qu’il soit revêtu d’un surpüs ou d’un habit de gros drap? Je ne vais pas à l’église pour tirer profit des mâius ou des habits, mais bien pour qu’un prédicateur saint et éclairé agisse sur mon esprit et sur mon cœur; et non par un entraînement irrésistible, mais par l’efiet môme de ma pensée et de ma volonté. J’y vais pour être pon vaincu de la vérité, pour être animé de l’amour du bien; et celui qui m’aide en cela est un vrai ministre. Quels que soient l’école, le consistoire, le corps ecclésiastique auxquels il appartient : il porte son brevet dans son âme. Ne dites pas que son ministère n’a pas de validité parce que Rome, ou Genève, Lambeth, Andover, ou Princeton ne lui a pas imposé les mains. Quoi I n’a-t-il pas ouvert mes yeux à la lumière, n’at-il pas décidé ma conscience à condamner ? En l’entendant, mon cœur ne s’est-il pas enflammé, et ne me suis-je pas donné en silence à Dieu avec une nouvelle humilité et un nouvel amour ? N’ai-Je pas été frappé de ses avertissements et touché par ses regards et son langage plein d’amour . Ne m’a-t-il pas apprise! aidé à m’humilier, à vaincre le monde, à faire du bien à mon ennemi? Quoi ! il a fait liela et son ministère n’a point de validité ? Quelle autre validité peut-il y avoir que celle-là? Si un ami généreux me donne de l’eau quand la soif me dévore et que je boive et que je sois rafraîchi, me dira-t-on iiue parce qu’il n’a pas acheté le vase à une boutique autorisée, ou pris de l’eau dans une vieille citerne, cet acte de bonté est sans effet et que je suis aussi altéré et aussi faible qu’auparavant? Qu’est-ce qu’un ministre, en mitre ou en

tiare, peut faire de plus que de m’aider à devenir meil leur et plus saint, en me faisant mieux connaître la vérité divine. Si mon âme est vivifiée, qu’importe qui la viviûe ; si elle ne l’est pas, les règlements de l’église, qu’elle soit haute ou basse, orthodoxe ou hérétique ne signifient rien pour moi. Le malade qui est rendu à la santé s’inquiète peu si son médecin porte une perruque ou un capuchon , s’il a obtenu son diplôme à Paris ou à Londres ; il en est de même de l’homme régénéré. Peu importe où et par quel moyen il est devenu un temple du Saint-Esprit.

Comprenez maintenant qu’un ministre qui tire son autorité de sa valeur morale, intellectuelle et religieuse, est un des principaux éléments d’une église véritable et vivifiante. Un pareil homme rassemblera autour de lui une véritable église ; et ceci nous apprend qu’une société chrétienne est obligée de faire tout ce qui peut augmenter la vertu, la noblesse, l’énergie spirituelle de son ministre, et qu’elle doit s’abstenir de tout ce qui peut les affaiblir. On doit surtout le laisser libre, et ne lui imposer d’autre loi que le devoir. Sa fonction est d’exposer la vérité divine suivant l’idée qu’il s’en fait, et on doit l’encourager à l’exposer avec franchise et simplicité.

Il doit obéir à sa conscience et non à celle d’autrui. Comment attaquera -t- il l’erreur générale si son esprit* n’est pas sans crainte ? Mieux v audrait qu’il se tùt que de ne pas parler suivant sa pensée : mieux vaudrait que la chaire fût renversée plutôt que d’être sans liberté . La doctrine des mandats en politique offre des avantages très-incertains; mais qu’une église donne un mandat*au ministre, nous n’avons tous qu’une voix pour déclarer que c’est un mal. Le maître religieux qu’on force à étouf-

fer ses convictions devient inutile à son peuple; il est dépouillé de sa force, il perd le respect de lui -même, il tremble devant sa propre conscience ; en pareil cas, il se doit à lui-même de s’abstenir de l’enseignement. S’il est honnête, juste et pur, digne de confiance, digne d’être ministre, il a droit à la liberté ; et quand il en fait un usage consciencieux, il a droit au respect, alors môme qu’il se tromperait et qu’il affligerait ses auditeurs. Peu de sociétés religieuses, il est vrai, feraient sciemment de leur ministre un esclave. Il en est beaucoup qui errent par trop de soumission, et qui acceptent la doctrine avec une foi aveugle et qui ne raisonne pas. Mais, cependant, les fidèles qui tiennent entre leurs mains les moyens d’existence de leur ministre, sont portés à en attendre le ménagement de leurs préjugés ou de leurs opinions, et ces égards, bien qu’ils ne passent pas pour de la servilité, sont très-contraires au langage ferme et hardi de la vérité, et c’est de là surtout que dépend le succès du ministère.

J’ai dit quelle était la première condition de l’église la plus utile : c’est le caractère élevé du ministre. La seconde condition se trouve dans le caractère spirituel de ses membres. D’après les principes mêmes de la nature humaine, c’est là ce qui purifie et ce qui sauve. Le Christ ti voulu qu’une action vivifiante fût exercée dans l’Église, non seulement par le ministre, mais aussi par chacun des membres qui la composent. Aussi nous lisons que « chaque partie, chaque membre agit » dans le corps spirituel. Si nous nous réunissons dans un temple, c’est afin que le cœur agisse sur le cœur; afin qu’au milieu d’hommes pieux, la flamme d’une piété plus ardente s’allume dans nos âmes; afin d’écouter avec plus de ferveur la parole

de Dieu, en sentant tout autour de nous que des esprits altérés s’en abreuvent ; afin que notre obéissance soit confirmée par la sainte énergie de volonté que nous voyons se développer chez nos voisins. C’est à éveiller cette sympathie que l’Église est destinée, et* c’est là quelquefois qu’elle trouve sa plus grande influence.

Pour moi , l’église la meilleure est celle où je vois les marques de la charité dans ceux qui m’entourent, où battent des cœurs fervents, où un profond silence annonce que l’âme est absorbée, où je reconnais ceux de mes frères dont la piété m’a frappé dans le monde, ün seul regard d’un visage rayonnant, qui révèle une âme profondément émue, m’est plus utile peut-être que le sermon. Au milieu même du silence, je sens qu’il est bon pour moi d’être parmi des cœurs pieux; et je ne m’étonne pas que les quakers, prétendent qne c’est dans leurs assemblées muettes, qu’ils sont le plus intimement unis , non-seulement avec Dieu, mais les uns avec les autres. Ce n’est pas par la voix seule que l’homme communique avec l’homme : il n’y a rien de plus éloquent que le profond silence d’une foule. Un soupir épanche dans notre âme celle de notre prochain mieux que ne le ferait un volume de mots. Entre ceux qui sentent de même, il y a une communication plus subtile que celle de la francmaçonnerie. Le sentiment religieux est si contagieux ! D’un autre côté, qu’elle est glaciale et morte la foule qui ne sent rien, qui vient à la maison de Dieu sans respect et sans amour, pù l’on se regarde les uns les autres comme si on était à un spectacle ; où l’agitation continuelle produit le bruit et le trouble; où l’attitude ne révèle ni recueillement, ni ferveur, mais, au contraire, indique un esprit frivole ou absentl La sainteté dulieu ne fait que ren.

dre cette indifférence plus glaciale. L’endroit le plus froid de la terre, c’est une église sans dévotion. Que m’importe qu’un temple magnifique soit consacré au service de Dieu avec tous les rites du monde, que des prêtres, qui font remonter leur origine jusqu’aux apôtres l’aient béni, si Je le trouve rempli d’hommes mondains et sans foi. Pour moi ce n’est pas là une église. Ce que je cherche, ce ne sont pas des corps, mais des âmes ; et si je les trouve dans une chambre au dernier étage, comme celle où se réunissaient les premiers disciples, ou dans un hangar, ou dans la rue, c’est là que je trouve une église. C’est là qu’est le véritable autel, le doux encens, le prêtre élu. Toutes ces choses , je les trouve dans les âmes sanctifiées.

De vrais chrétiens voilà ee qui fait la sainteté et la splendeur du temple. En eux le Christ est présent et se manifeste dans un sens bien plus élevé que s’il se révélait aux yeux. Kous sommes portés, il est vrai, à penser autrement. S’il y avait un édifice où brillât une lumière semblable à celle qui revêtit Jésus- Christ sur la montagne de la Transfiguration, on y courrait en foule comme à un lieu choisi sur la terre ! on le vénérerait comme étant par excellence l’église du Christ ! Mais il y a une présence du Christ plus éclatante que celle-là. C’est le Christ présent dans l’âme de ses disciples. La présence corporelle du Christ ne fait pas une église. Le Christ était au milieu de la foule qui remplissait les rues de Jérusalem, il était présent dans les synagogues et les temples; cependant ces lieux n’étaient pas des églises. C’est la présence de son esprit, de sa vérité, de son amour divin dans l’âme des hommes, qui les rapproche et les unit en un corps vivant. Réunissons-nous

dans un endroit consacré, et supposez que l’esprit du Christ n’habite point en nous. Malgré toutes les cérémonies, ce ne sera qu’une synagogue de Satan, ce ne sera pas l’Église de Jésus. Le Christ dans le cœur des hommes, je le répète, est le seul lien qui forme une église. Les catholiques, pour se donner le sentiment de la présence du Sauveur, ornent leurs temples de peintures qui représentent les scènes les plus touchantes de sa vie et de sa mort; et si, de ces images, on n’eût jamais fait l’objet d’un culte, je ne blâmerais pas cette coutume. Mais il y a une image du Christ bien plus parfaite que celle qu’ait jamais obtenue le pinceau ou le ciseau de l’artiste ; bile existe dans le cœur du vrai disciple : le vrai disciple surpasse Raphaël et Michel-Ange. Ces derniers nous ont fait un Christ à leur idée, et le portrait qu’ils nous en donnent, après tout, ressemble peu à la douce beauté, à la figure m^estueuse que vit la Judée. Mais le disciple qui imite le désintéressement, la pureté, le culte filial, l’amour et les sacrifices du Christ, celui-là ne nous donne pas un portrait de fantaisie, mais les véritables traits , les traits divins de cette âme, le véritable esprit qui rayonnait sur sa figure, qui parlait par sa voix, qui attestait sa gloire comme Fils de Dieu. L’église la plus vraie est celle qui jouit au plus haut degré de cette présence spirituelle de Notre -Seigneur, de cette révélation de Jésus dans ses disciples. Voilà l’église où nous trouverons pour notre vertu le plus grand secours que puisse offrir une institution extérieure.

J’ai parlé des deux éléments principaux d’une église vivante et efficace : un ministre à l’âme noble et pure et (de tWèlcs disciples du Christ. Dans les remarques eu surtout en vue les églises particu-

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lières, organisées d’après certaines formes particulières; et j’ai soutenu qu’elles n’avaient d’importance qu’autant qu’elles servaient à la sainteté ou à la vertu chrétienne. Il y a cependant une église plus grande, sur laquelle J’appelle maintenant votre attention; et les considérations dont elle sera l’objet confirmeront la vérité sur laquelle j’insiste, savoir qu’il n’y a qu’une chose essentielle, la véritable sainteté, ou l’amour désintéressé de Dieu et des hommes.

Il y a une église plus grande que toutes les églises particulières, quelque grandes qu’elles soient : c’est l’Église universelle qui s’étend sur toute la terre et ne fait qu’un avec l’Église qui est dans le ciel, 'l'ous ceux qui suivent le Christ ne forment qu’un seul corps, un seul troupeau, c’est ce que nous enseignent différents passages du Nouveau Testament. Vous vous rappelez la ferveur de sa dernière prière : « Que tous ne fassent qu’Un, comme Lui et son Père ne font qu’Un. » Dans cette Église sont admis tous ceux qui participent à l’esprit du . . Christ. Elle ne demande pas qui nous a baptisés; de qui nous tenons notre passeport; quel signe nous portons.

Si nous avons été baptisés par le Saint - Esprit ses larges portes nous sont ouvertes. Là sont réunis ceux que des noms différents ont séparés ou séparent encore. Là , il n’est pas question d’églises grecque, romaine ou anglicane, mais seulement de l’Église du Christ. Mes amis, ce n’est pas là une union imaginaire. Quand l’Écriture parle ainsi, ce n’est pas une vaine rhétorique, c’est la vérité pure. Tous ceux qui participent sincèrement à la vertu chrétienne sont essentiellement unis. Dans l’esprit qui les anime, il y a une force d’union qu’on ne trouvera dans aucun autre lien. Séparés par les mers, il y a

entre eux des sympathies fortes et indissolubles. La voix nette et puissante d’un chrétien inspiré, vole par toute la terre, et dans un autre hémisphère touche des cordes qui lui répondent. La parole d’un Fénelon, par exemple, arrive à des millions d’âmes dispersées dans le monde. Ne sont-elles pas toutes de la même église? Je tressaille de joie au nom des saints qui ont vécu il y a des siècles : le temps ne nous sépare pas; leur ancienneté ne me les rend que plus vénérables. Ne sommes -nous pas du même corps ? Est-ce que cette union n’est pas quelque chose de réel? Se réunir dans un même édifice n’est pas ce qui fait une église. Me voici dans un temple; je suis assez près d’un de mes semblables pour le toucher, mais entre nous il n’y a pas un sentiment commun ; la vérité qui me remue intérieurement, cet homme s’en rit comme - d’un rêve et d’une chimère ; le désintéressement que j’honore, il l’appelle faiblesse ou folie ; que nous sommes loin l’un de l’autre, quoique en apparence si voisins ! Nous appartenons chacun à des mondes différents. Que je suis plus près de quelque âme pure, généreuse qui vit dans un autre continent, mais dont la parole a pénétré mon cœur, dont les vertus m’ont enflammé d’émulation, dont les pieuses pensées s’offrent à mon esprit lorsque je suis dans la maison de prière l Lequel de ces deux hommes est de mon église?

Ne me dites pas que je m’abandonne à un rêve de l’imagination quand je dis que des chrétiens éloignés , que tous les chrétiens et moi-même nous ne formons qu’un corps et qu’une église, aussi longtemps qu’une même piété et qu’un même amour nous possèdent. Rien de plus réel que cette union spirituelle. Il y a une grande église qui embrasse tout; chrétien, j'en fais

partie, et personne ne peut m’en faire sortir. Vous pouvez bien m’exclure de votre église romaine, de votre église épiscopale, de votre église calviniste pour quelques défauts supposés dans mon symbole ou ma secte, et je suis content d’en être exclu; mais je ne veux pas qu'on me détache du grand corps du Christ. Qui me séparera d’hommes tels que Fénelon , Pascal et Boromée, de l’archevêque Leighton, de Jérémie Taylor et de John Howard ? Qui rompra le lien spirituel qui m’unit à ces hommes? Ne me sont-ils pas chers? L’esprit qui déborde dans leurs écrits et leurs vies ne pénètre- 1 -il pas mon âme? Ne sont-ils pas une partie de mon être ? Ne suis-je pas un autre homme que ce que j’aurais été si ces grands esprits n’avaient agi sur moi? Et est- il au pouvoir d’un synode, d’un conclave ou de toutes les assemblées ecclésiastiques du monde de m’en séparer ? Je tiens à ces grands esprits par la pensée et l’affection : est- ce qu’on supprime la pensée et l’affection par la bulle d’un pape ou l’excommunication d’un concile? L’âme brise dédaigneusement ces barrières, déchire ces toiles d’araignée pour s’unir aux grands et aux bons, et si elle possède leur esprit, est-ce que, vivants ou morts , les grands et les bons la repousseront, parce qu’elle ne-s’est pas enrôlée dans telle secte ou dans telle autre? Une âme pure a droit de cité dans l’univers entier. Elle appartient à l’église, à la famille de ceux qui sont purs dans tous les mondes. La vertu n’est pas chose locale; elle n’est pas respectable parce qu’elle a pris naissance dans telle ou telle société, mais à cause de sa beauté indépendante et éternelle. Voilà le lien de l’Église universelle ; nul homme n’en peut être excommunié que par lui -même, en tuant la vertu dans son âme. Toutes sentences d’exclusion sont

vaines, si nous ne brisons le lien de vertu qui nous unit à toutes les âmes saintes.

J’honore en un point l’église catholique : c’est qu’elle s’attache à l’idée d’une église universelle, quoiqu’elle l’ait mutilée et affaiblie : le mot catholique signifie universel. Plût à Dieu que l’église qui a pris le nom eût compris la chose I Cependant la religion romaine a fait quelque chose pour donner à ses membres l’idée de leur union avec cette grande société spirituelle qui a existé dans tous les temps et s’est répandue sur toute la terre. Elle garde la mémoire des hommes grands et saints qui, dans tous les siècles, ont travaillé et souffert pour la religion, elle glorifie les héros de la foi, leur donne une place au ciel comme à des saints canonisés, transforme leurs légendes en littérature populaire, fixe des jours pour célébrer leurs vertus, et les fait revivre aux yeux par des tableaux où le génie a immortalisé leurs actions. En agissant ainsi Rome, il est vrai, est tombée dans l’erreur. Elle a fabriqué des exploits pour ces personnages spirituels et en a fait les objets d’un culte. Mais elle a fait aussi du bien. Elle a donné à ses membres le sentiment d’un rapport intime avec les hommes les plus nobles et les plus saints de tous les âges. Un lien touchant, et qui, souvent, sanctifie, unit le catholique d’aujourd’hui aux martyrs, aux confesseurs, à tous ceux qui par la piété , le génie et le savoir, ont acquis une gloire immortelle. Ce n’est pas un faible service que d’élargir ainsi les idées et les affections des hommes, d’exciter leur vénération par une grandeur qui n’est plus, de leur montrer les liens qui les unissent aux grandes âmes de tous les temps.

C’est là le trait du catholicisme qui m’intéressa le plus

lorsque je visitai les pays catholiques. Le service à l’autel ne me toucha pas, il m’affligea plutôt. Mais, en jetant les yeux sur les tableaux qui plaçaient devant moi les saints des âges passés, et me les montraient tantôt absorbés dans la dévotion et perdus dans l’extase, tantôt supportant avec un doux courage et un espoir céleste l’agonie d’une mort pénible, d’une mort endurée pour la défense de la vérité, je fus touché et, j’espère, rendu meilleur. La voix du prêtre officiant, je ne l’entendais pas; mais ces saints morts parlaient à mon cœur, et par fois j’étais tçnté de croire qu’une heure passée dans cette communion le dimanche, me serait aussi utile que si je l’avais passée dans une église protestante. Ces saints ne se présentaient point à ma pensée comme catholiques romains; je ne les rattachais pas à une église particulière. Ils étaient pour moi les vénérables et vivants témoins du Christ, de la puissance de la religion, de la grandeur de l’âme humaine. Je voyais ce qu’on peut souffrir pour la vérité, comment l’homme peut s’élever au-dessus de lui-même, combien les idées de Dieu et d’une vie plus noble peuvent devenir des réalités. Ce respect pour les saints d’un autre âge me faisait mieux sentir que j’étais membre de l’église universelle. Je n’avais besoin ni de pape ni de prêtre pour m’unir à ces vertueux personnages ; mon cœur me disait assez que je faisais partie de leur société spirituelle.

Ne serait-il pas à désirer que toutes nos églises eussent des offices pour nous apprendre notre union avec le corps entier du Christ? Cela ne briserait-il pas nos chaînes de sectes , et n’exciterait-il pas notre respect pour l’esprit du Christ, pour la vraie vertu, quel qu’en soit le nom et la forme ? Ce n’est pas assez de nous sentir membres de

it.

quelque étroite communion. Le christianisme, c’est la sympathie et l’amour universels. Je ne recommande pas de décorer nos églises de portraits de saints. Cet usage, s’il s’introduit jamais, ne se fera que par le changement insensible de nos goûts et de nos idées. Mais pourquoi la chaire ne nous ferait -elle pas connaître la vie et les vertus de quelques chrétiens illustres des siècles écoulés? C’est l’habitude de prendre pour sujet de sermon l’histoire de Pierre, de Jean, de Paul, ou celle d’Abraham, d’Élisée, et d’autres personnages de l’Ancien Testament; et cela parce que ces noms sont écrits dans la Bible. Mais la vertu ne doit pas sou prix au livre sacré qui l’exposé, comme elle ne perd pas son droit à notre respect parce (iu’clle n’y a pas été célébrée. La grandeur morale n’est pas morte avec les apôtres. Le récit de leurs vies a eu pour objet de propager leurs vertus dans l’avenir, et de former des hommes dignes aussi d’étre canonisés. Ce que je voudrais, c’est qu’au lieu de se murer dan s une église particulière, chacun apprit à se considérer comme membre d’une grande société spirituelle, comme le cohéritier, comme le frère de tous ces héros chrétiens qui nous ont précédés. Notre àme se plaît à ce sentiment d’une immense union. On voit ce penchant dans le pali iotisme, et dans la passion avec laquelle les hommes s’attachent à une grande communion. La vraie et plus noble satisfaction de ce penchant, c’est de se sentir uni d'une union vitale, éternelle, avec l’Église universelle, avec l’innombrable foule des saints sur la terre et dans le ciel. Mais jamais, pour nous, cette église ne remplacera la vertu.

J’ai parlé de l’Église romaine. Ma grande objection contre elle, c’est qu’elle est surtout tombée dans Ter-

DiyliUüd Uy Guogïe

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reur que je combats; elle attache une valeur idolâtre à l’institution de l’Église, elle ,1’exalte ^virtuellement audessus de l’esprit du Christ, au-dessus de la sainteté intérieure. Ses autres erreurs ont moins d’importance. Je ne suis point blessé quand un catholique soutient qu’un morceau de pain sur lequel un prêtre a prononcé quelques paroles magiques, est la chair et le sang de Jésus- Christ, Je vois, il est vrai, dans cette erreur un exemple de la crédulité humaine et de la faiblesse de la raison qui m’apprennent à m’humilier; mais je n’y vois rien qui attaque les principes essentiels de la religion. Mais , quand le catholique me dit que Dieu a horreur de tous ceux qui ne voient pas la chair et le sang du Christ dans l’hostie consacrée; quand il n’ouvre le bercail du Christ qu’à celui qui reçoit l’hostie de la main d’un prêtre, alors je suis choqué de ce déshonneur fait à Dieu et à la vertu, je repousse ces basses idées de notre nature morale et de la nature divine, cette cruauté avec laquelle on brise les liens de la fraternité humaine et chrétienne. Chose triste et étrange qu’un homme, élevé dans le christianisme, place la religion dans une église et dans un rite, qu’il exile de la famille de Dieu les plus sages et les plus vertueux d’entre les hommes, parce que leur conscience les force à s’abstenir de certaines règles extérieures. Est-ce que la sainteté du coeur et de la vie n’est pas chère à Dieu par elle-naême, sans les manipulations d’un prêtre, sans l’action d’un pain consacré? La grande erreur du catholicisme c’est cet esprit étroit, cet aveuglement sectaire, cette exclusion qui refuse la faveur divine à des hommes pieux et vertueux, parce qu’ils ne peuvent pas manger, boire ou prier suivant certains rites. Il faut apprendre que la seule chose qui soit

belle et grande aux yeux de Celui qui sait tout, c’est la vie intérieure, et que tous ceux qui vivent de cette vie sont membres du corps du Christ. Le romanisme n’est rien moins que ce qu’il se glorifie d’être, l’Église universelle. Je suis trop catholique pour m’enrôler sous sa bannière.

J’appartiens à l’Église universelle; rien ne m’en séparera. En disant cela, cependant, je ne suis pas l’ennemi des églises particulières. Aujourd’hui, ce qu’il y a de mieux peut-être, c’est que ceux qui ont les mômes opinions théologiques prient ensemble, et je ne blâme point l’union de pareilles églises sous une seule dénomination, pourvu qu’on résiste avec conscience et scrupule à tout esprit sectaire, à tout sentiment étroit. Je n’éprouve pour les difiërentes églises de la chrétienté aucun sentiment hostile. J’ai exprimé toute la répugnance que m’inspirait l’esprit sectaire de Rome ; mais, dans cette église comme dans toutes les autres, les individus valent mieux que leur symbole, et, au milieu d’erreurs grossières et d’un enseignement étroit, on y voit naître de nobles vertus et se former d’illustres chrétiens. Un des signes qui prouvent que la nature humaine incline vers le bien, c’est qu’elle devient bonne au travers de mille influences mauvaises. De grands noms ont illustré l’église romaine. Dans ses sombres couvents a souvent brillé un ardent amour de Dieu et de l’humanité. Sou saint Louis, son Fénelon, son Massillon et son Cheverus ; ses missionnaires qui ont prêché le christianisme aux bouts du monde, ses sœurs de charité qui portent le soulagement et la consolation à des misères et à des souffrances sans espoir, tout cela ne nous enseigne-t-il pas que l’esprit de Dieu a trouvé une demeure dans l’église romaine?

Mais quels mérites aussi les autres églises ne peuvent-elles pas alléguer? Dans l’église anglicane, nous trouvons les noms de Latimer, d’Hooker, de Barrow, de Leighton, de Berkeley et de Heber; chez les dissidents calvinistes, Baxter, Howe, Watts, Doddridge et Robert Hall; parmi les quakers. George Fox, William Penn, Robert Barclay, et notre Antoine Benezet, et notre John Woolman; dans l’église anti-trinitaire. John Milton, John Locke, Samuel Clarke, Price et Priestley. Répéter ces noms fait du bien au cœur. Ils parfument l’air épais que nous respirons. Ils élèvent le genre humain tout entier. J’aime les églises dont ils furent les colonnes et la gloire ; et je ne blâme pas qu’on s’unisse avec elles quand on en approuve les doctrines , pourvu que cette union ne nous sépare pas de l’Église universelle. On ne peut trop insister sur ce point. 11 faut fuir l’esprit de secte, comme venant de l’enfer. Il faut frémir à la pensée d’emprisonner Dieu dans une église particulière. Kous ne devons pas croire qu’on soit meilleur parce qu’on appartient à notre communion, qu’on soit pire parce qu’on appartient à une autre. 11 faut que la joie qu’excite en nous la vertu soit toujours la même, quand bien même cette vertu brillerait dans la secte qui nous est le plus opposée. L’esprit du Christ doit être également cher et honoré quelque part qu’il se manifeste. Renfermer l’amour ou la bonté de Dieu dan un parti, dans une secte, dans un nom, c’est pécher contre la loi fondamentale du royaume de Dieu; c’est hrisercelien vivant qui nous unit à l’Église universelle du Christ, et qui est l’un de nos grands moyens de perfection .

J’ai indiqué les vues qui me semblent les plus importantes pour ce qui touche l’Église, et, en le faisant, j’ai

peu cité l’Écriture, parce que les limites d’un discours no permettent point de faire des citations complètes sur un point de controverse. Je me suis appuyé sur ce qui a une importance bien plus grande, je veux dire sur l’ensemble et le ton général de l’Écriture, sur l’esprit de la religion chrétienne, sur la substance des enseignements du Christ, qui disent clairement que la chose essentielle c’est la sainteté intérieure, c’est la vertu, c’est l’amour pur. Je n’ai pas non plus le temps d’examiner en détail les arguments qu’emploie chaque église pour démontrer qu’elle seule est vraie, et qu’il faut entrer dans son sein ; je ferai cependant quelques remarques sur ce point.

Les principaux arguments sur lesquelles les églises exclusives fondent leurs prétentions, sont tirés de l’histoire et de la littérature du christianisme, des premières annales de notre foi, et des écrits des anciens pères. Une seule réflexion , je crois , fera justice de ces arguments , c’est qu’ils ne peuvent être compris ni pesés par la majorité des chrétiens. Qu’il y a peu de gens en état de se livrer à l’étude critique de l’histoire ecclésiastique, et de remuer les in-folios des pères grecs et latins ! Or, s’il était nécessaire de s’attacher à une église particulière pour recevoir les bienfaits du christianisme, est-il croyable que la découverte de cette église exigeât un savoir refusé à la masse des hommes? Cette église ne serait-elle pas visible et hrillante comme le soleil? Serait-elle cachée dans les annales imparfaites des temps lomtains, ou dans les écrits volumineux d’anciens autenrs, plus remarquables par leur rliétorique que par leuf Jugement. Les savants ne peuvent s’accorder sur ces autorités; comment la foule des fidèles pourrait-elle les interpréter! Les Écritures ne nous guideraient-elles pas vers la seule véri-

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table Église par des règles simples et sûres, si ne pas la trouver était la mort? Pour moi cet argument a la force d’un axiôme.

Passons à une autre méthode qu’emploient les églises pour soutenir chacune leur prétention d’être seule agréable à Dieu. C’est une interprétation forcée du langage figuré de l’Écriture. Parce qu’on y parle de l’église comme d’un corps, d’une vigne ou d’un temple, les théologiens en ont conclu que c’est une organisation extérieure qui doit réunir tous les hommes. Mais une doctrine qui est fondée sur une métaphore a peu de prix. Il n’est point d’absurdité qui ne trouve une sanction dans des figures" de langage interprétées par des commentateurs timides, froids et prosaïques. Ces belles formes de langage expriment l’union étroite et tendre qui subsiste nécessairement entre les disciples éclairés et sincères d’une religion comme celle du Christ, religion dont l’âme, l’essence, la vie est l’amour; religion qui nous montre en Jésus la perfection de la charité, et qui nous appelle à boire spirituellement le sang du sacrifice, le sang répandu pour tout le genre humain. Combien l’union des cœurs et des âmes que forme une telle religion n’est-elle pas au-dessus de tous les liens extérieurs qu’établissent des rites et des cérémonies! Et, cependant, ce sont ces choses que des esprits grossiers ont pris pour la fin de l’Écriture, et c’est à elles qu’ils ont attribué une importance suprême. Paul ne nous a-t-il pas enseigné qu’il n’y a qu’un lien par. fait, l’amour (I). Le Christ ne nous a-t-il pas dit que la marque à laquelle chacun doit reconnaître ses disciples, c'était l’amour? N’est-ce pas le sceau distinctif de la

(1) Aux Colossiens 111, 4* '

véritable Église, la vie du véritable corps du Christ ? Et tout disciple, quel que soit son nom, quelle que soit la règle qu’il suive, n’est-il pas compris dans l’union chrétienne s’il est inspiré de cet amour.

Ceux qui maintiennent la nécessité de l’union avec ce qu’ils appellent la véritable église, prétendent quelquefois que Dieu a droit de dispenser ses bénédictions de la manière et aux conditions qui lui plaisent; que s’il juge à propos de communiquer son saint esprit par l’intermédiaire d’un certain sacerdoce ou de certaines cérémonies, nous sommes tenus de chercher ce bienfait d’après les «règles que Dieu a établies; et qu’ayant en effet choisi cette manière de le communiquer, il peut avec justice le refuser à ceux qui ne se soumettent pas à ses lois. Je réponds que, quant au droit qu’a le Père infini d’accorder ses bienfaits de la manière qui paraît le plus convenable à sa sagesse et à son amour infinis, personne ne sau- *■ rait avoir assez peu de respect pour le contester. Mais n’est -il pas raisonnable de croire que Dieu adopte des moyens ou des condiüons qui paraissent d’accord avec sa perfection? Et ne faut -il pas nous méfier de ce qui parait contraire à sa gloire? Supposez, par exemple, qu’on me dise que le Père infini a décidé de donner son saint esprit à ceux qui se baigneront dans la mer. Avant d’obéir ne devrais-je pas exiger les preuves les plus claires et les plus incontestables d’une décision en apparence si indigne de la majesté et de la bonté suprêmes? N’y a-t-il pas une présomption des plus fortes qui s’élève contre ce qu’on me dit. Que le Père infini, qui est toujours présent dans l’âme humaine, qui l’aime d’un amour indicible, qui l’a créée pour être en communion avec lui, qui se plaît à lui communiquer sa grâce, fasse d’un bain la condition, le

moyen de communication spirituelle, c’est chose si improbable, que j’ai droit d’exiger les preuves les plus fortes, Or, je trouve autant de difficulté dans la doctrine qui affirme que Dieu accorde son saint Esprit à ceux qui reçoivent des mains ou des lèvres d’un prêtre privilégié le pain et le vin, ou la chair et le sang, ou une forme de bénédiction, ou le baptême, ou toute autre assistance extérieure. L’acte le plus glorieux, la plus éclatante manifestation du pouvoir et de l’amour de Dieu, c’est d’éclairer, de viviOer et de purifier l’âme immortelle. S’imaginer que cette action tienne à des paroles, à des signes, à des rites extérieurs , administrés par un de nos semblables , fragile comme nous, supposer qu'elle soit empêchée ou affaiblie par l’absence de ces rites, c’est, ce me semble, une insulte à la sagesse et à la bonté divine ; c’est abaisser le trône pur et infini; c’est poser des limites à l’influence de Dieu; c’est assimiler le culte suprême à celui des idoles.

Les Écritures nous enseignent « que Dieu accorde sa grâce aux humbles; qu’il donne son saint Esprit à ceux qui le demandent. » Voici la grande loi des communications divines; et nous en sentons la sagesse; l’âme qui a soif du secours divin est la mieux préparée à en faire un bon usage. Et pouvons-nous croire que les prières et les aspirations d’une âme repentante et altérée, aient besoin d’être aidées par le service extérieur d’un ministre ou d’un prêtre? ou que faute do cela elles parviennent moins facilement aux oreilles du Père qui est présent partout et qui aime tous' les hommes? Mon cœur repousse cette doctrine comme étant contraire à la gloire de Dieu, et je ne l’admettrai jamais sans preuves évidentes. Il me faut autre chose que des

métaphores, des analogies et des syllogismes. 11 me faut un témoignage divin et exprès. Où est- il? Ne savonsnous pas que des milliers et des millions de chrétiens qui ont témoigné de leur foi par leur vie et leur mort , n’ont pu trouver ce témoignage ni dans les Écritures, ni ailleurs? Et croirons-nous que la communion de ces saints avec Dieu a été affaiblie ou rompue parce qu’ils se sont abstenus de cérémonies , où leur conscience ne pouvait reconnaître un établissement divin. Qu’une doctrine si déraisonnable et si extravagante entre dans l’esprit d’un homme qui peut lire le Nouveau -Testament, c’est ce qui paraîtrait impossible, si l’histoire ne nous montrait pas que non -seulement on l’a crue, mais qu’on en a fait le fondement de l’intolérance la plus cruelle et des persécutions les plus sanglantes.

Croire que, par un décret de sa volonté souveraine, Dieu communique sa grftce ou son esprit au moyen de certains rites à ceux qui sont unis à une certaine église, et que ce bienfait n’est promis qu’à ces privilégiés, c’est une idée qui n’est fondée ni sur l’Écriture ni sur la raison. L’Église n’est pas un établissement arbitraire; elle ne repose pas sur le caprice ; elle a été ordonnée pour accomplir le progrès spirituel qui est la fin du Christianisme. Ehe répond à notre natiire. C’est une union de moyens , d’actions et de services nécessaire à des créatures morales et raisonnables. Elle n’a rien de commun avec les opérations magiques si communes dans les fau.sses* religions. Son action est simple et à la portée d’un esprit ordinaire. Ses deux grands rites, le baptême et la communion, ne sont pas faits pour agir comme des charmes. Débarrassés des erreurs et des superstitions ([ui .s’y sont attachés pendant des siècles, et administrés

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comme ils doivent l’être, avec amour et solennité, ce sont de puissants moyens pour rappeler à l’esprit de grandes vérités, et pour toucher le cœur; c’est pour cela (pi’ils sont établis. L’excellence de l’église, c’est qu'elle seconde la sainteté; là où elle atteint ce but, sa tâche est remplie, et l’on ne peut en concevoir de plus grande ni sur la terre ni au ciel. Mais, aussitôt (jue nous fermons les yeux à cette vérité, et que nous imaginons que l’église nous sert par des cérémonies <iui n'ont d’elïicacité que dans la main des prêtres, nous nous plongeons dans la religion des ombres et des superstitions. Nous n’avons plus de terrain où marcher, plus de lumière qui nous guide. Cette force mystérieuse, placée dans la main de nos semblables, tend à donner un esprit servile à la masse des chrétiens, tend à diminuer l’énergie et le respect personnels , et à abais.ser l’intelligence jusqu’à lui faire recevoir les dogmes les plus absurdes. La religion perd sa simplicité et sa grandeur, elle dégénère en un mécanisme. La conscience e.st apaisée par quelque chose qui n’est plus le vrai repentir; il est un autre moyen de gagner le ciel que la pureté du cœur et de la vie. Le plus sûr moyen de rendre ràme làche et serxile, c’est une église qui s’étend au loin et qui se tient étroitement unie, dont tes pouvoirs sont concentrés dans les mains d’un ordre sacré, et qui s’arroge par ses rites ou par ses ministres, une action sur le monde à venir, sur te bonheur ou le malheur éternel. L’influence inévitable et dégradante d’une pareille église, est un argument évident contre la di\inité de son origine.

On a écrit volumes sur volumes pour défendre chacune des églises, qui se déclare la seule vraie, et prétend que seule elle est agréable à Dieu. Mais le chrétien illettré a

une réponse toute prête. II n’a pas besoin dé la chercher dans les bibliothèques. Il la trouve, presque sans la chercher, dans des passages évidents du Nouveau- Testament et dans son propre cœur. Il lit et il sent que la religion est une vie intérieure. Cela, ce n’est pas par ouï-dire qu’il le sait; ce qui l’instruit, c’est .«a conscience, c’est l’abattement de son ûme dans le repentir, c’e.st l’abandon de sa volonté à la volonté divine, c’est sa reconnaissance qni déborde, c’est sa foi, c’est un nouvel amour de ses semblables. Dites à cet homme que les promesses du christianisme n’ont pas été faites pour lui , qu’il ne peut approcher de Dieu parce qu’il n’est pas membre de telle église? Est-ce que cet accès auprès de Dieu ne lui a pas déjà été accordé ? N’a-t-il pas prié dans ses douleurs, et n’a-t-il pas été consolé? N’a-t-il pas prié dans ses tentations, et n’a-t-il pas été fortifié? N’a-t-il pas trouvé Dieu près de lui dans la solitude comme au milieu de Ui foule? A-t-il soif d’autre chose que de se rapprocher de la divine pureté ? Et peut-il douter que Dieu veuille le secourir, parce qu’il ne trouve pas dans l’Écriture un commandement qui l’oblige de s’attacher à telle ou telle ' église? Avec quelle facilité l’expérience du vrai chrétien fait disparaître ces toiles d’araignées de la théologie! Il aime et il respecte Dieu, et trouve dans cet amour un avant goût du ciel; est-ce que le ciel peut lui être fermé par des censures ecclésiastiques? Il a senti le pouvoir de la croix, de la résurrection et des prome.sses de Jésus- Christ; l’exclusion et le bigotisme des hommes, est-ce là « une montagne ou un abîme » qui puisse le .séparer de son Seigneur? Cet homme peut mourir pour la vérité et l’humanité, qui donc est assez orgueilleux de son union avec la véritable église pour se lover et lui dire :

M Je suis plus saint que toi? » Lorsque, par la lecture ou la conversation, vous pénétrez dans les cœurs des chrétiens de toute secte, et que vous y découvrez le travail profond, les luttes et les aspirations de la piété, n’y voyez-vous pas les nianpies de la présence et de l’action divine, mar(|ues plus vraies et plus frappantes que toutes les harmonies et tous les bienfaits du monde matériel? Qui donc emprisonnera l’esprit de Dieu dans une secte ou un lieu quelconque? Qui ne le reconnaîtra dans ses fruits de bonté, de justice, de pureté et de piété, partoutoù il les trouvera ? Qui ne le saluera comme le signe infaillible du fidèle accepté de Dieu?

Ln mot encore sur les arguments qu’on fait valoir en faveur du droit exclusif de telle ou telle église, lis perdent chaque jour et nécessairement de leur force. L’ell'et des arguments dépend surtout de l’intelligence de ceux auxquels ils s'adressent. Ce qui est une preuve pour moi ne l’est pas pour un autre. Une preuve sans réplique autrefois peut être aujourd’hui sans valeur. Tsos raisonnements sur les choses de la vie ne se font pas d’après les procédés d’une froide logique, ils n’ont pas une place à part dans l’esprit; ils tiennent à nos sentiments dominants, à notre manière de penser. En général, il n’y a de vérité pour nous que celle qui s’accorde avec le ton ordinaire de notre âme, avec l’ensemble de nos impressions , avec les résultats de notre expérience, avec le degré de notre développement intellectuel, et surtout avec ces convictions profondes et ces penchants qui constituent ce que nous appelons le caractère. Or, le progrès de la civilisation ainsi que l’expansion de l’esprit , donnent à la pensée et au sentiment un ton qui ne répond plus à l’esprit d’église, à la confiance dans des

cérémonie» qu’on prétend essentielles au salut. A mesure que le monde avance, il laisse derrière lui les formalités. Plus on va au cœur des choses, moins on s’occupe de l’extérieur. A mesure que la religion devient une vérité, les apparences nous fatiguent. Avec la marche des siècles on voit paraître en plus grand nombre des hommes dont la pensée est mûre et l’esprit indépendant, qui savent se respecter eux -mêmes en respectant Dieu, et qui ne peuvent, sans un sentiment voisin de la honte, sans se sentir ilégradés, se soumettre à une église qui entasse des observances extérieures, rigides et matérielles dans le culte dû au Père infini. Une voix intérieure proteste contre la répétition perpétuelle des mêmes signes, des mêmes gestes, des mômes paroles, comme choses indignes de notre intelligence, indignes de Celui qui a droit à l’hommage le plus élevé de la raison et du coeur. L’esprit filial jiroteste contre cet abus. Dans la vie ordinaire une ûme noble et cultivée s’exprime de façon naturelle, simple et libre, il en est de môme pour la religion. Le progrès du christianisme, progrès qui continuera, n’est sous un autre nom que la progrès do la connaissance et de la pratique de ce culte sj)irituel du Père, que le Christ a proclamé comme étant le but de sa mission; devant cette adoration , l’idolâtrie des fbrmes et des organisations ecclésiastiques ne pourra pas tenir. Les églises exclusives ont donc à lutter contre un courant qui grossit sans cesse, et qui, tôt ou tard, emportera leurs prétentions orgueilleuses. Qu’importe que telle ou telle église appelle à son aide les pères, la tradition , des usages vénérés? Le génie du christianisme est plus fort que tout cela. Lés grandes idées de la religion triompheront d’interprétations étroites et fausses. Aussi, je ne m’alarme

— To-

pas au récit des victoires de l’église catholique. L’esprit du christianisme est plus fort que les papes et les conciles. Su vénéraWe et divine beauté fait honte aux dignités et aux pomprs de la hiérarchie; et on reconnaîtra de plus en plus que cet esprit seul est essentiel au salut.

De toute cette discussion, il vous est aisé de conclure comment je comprends l’Église, et quelle est l’importajice que j’y attache. Envisagée dans sa véritable idée ou regardée comme l’union de ceux qui ont part à l’esprit (le Jésus-Christ, je la révère comme la plus noble de toutes les unions. ÏVos associations ordinaires ne sont rien en comparaison. Dans le monde nous formons de.‘< liens d’intérét, de plaisir, d’ambition. Créatures du temps et des sens , nous nous réunissons pour un amusement passager ou par ostentation; mais, à l'église nous nous réunissons comme enfants de Dieu ; nous reconnaissons en nous quelque chose do plus noble que cette vie mondaine. Nous allons au temple pour que la piété gagne d’un cœur à l’autre. L’Église, c’est un refuge contre le monde. On y entre, afin de s’unir avec les saints , et de gagner la force nécessaire pour résister à la société des impies. On y entre pour adorer Dieu , pour ouvrir son âme à l’esprit divin, pour reconnaître un Père commun, pour oublier toutes les distinctions, pour embrasser tous les hommes comme des frères. Cette union spirituelle avec les saints qui ne sont plus et avec ceux qui vivent encore, c’est le commencement de cette fraternité parfaite qui constitue le ciel. Elle survivra à tous les liens. Les liens de mari et d’épouse, de père et d’enfant sont brisés par la mort; l’union des vertueux amis de Dieu et de l’humanité est éternelle comme la vertu , et cette union est l’essence de la véritable église.

Entendue de cette façon large et spirituelle l’église est un lieu d’une dignité et d’une importance suprêmes. Mais quant à l’union avec une secte particulière pour avoir une instruction commune et un culte public, quelque importante qu’elle soit , je ne la regarde pas comme le principal moyen d’obtenir la grâce. Pour chercher du secours pour nous -mêmes, et pour aider les autres, il nous faut sans doute maintenir des institutions religieuses, « en nous rassemblant au nom du Christ. » L’influence du christianisme se perpétue et s’étend par les devoirs de piété remplis en public, par la « communion visible des saints. » Mais il n’en est pas moins vrai que ces secours publics ne viennent qu’au second rang. La piété particulière est quelque chose de plus efficace. Le grand œuvre de la religion doit s’accomplir, non pas en société mais en secret, dans l’âme solitaire, dans le silence du cabinet. La communion avec Dieu est le moyen par excellence, c’est la nourriture et la vie de l’âme, et nous communiquons avec Dieu dans la solitude mieux que partout ailleurs. C’est là que la présence divine se fait le mieux sentir. C’est par le soupir d’une âme que rien ne gêne, c’est par l’ouverture du cœur tout entier à « Celui qui voit ce qui est caché; » c’est en passant en revue l’histoire de notre âme, c’est en rentrant en nous -même, c’est par la réflexion, œ’est en nous consacrant à une nouvelle vertu, de nous-même et par le propre effort de notre esprit, c’est par là que nous avançons dans la vie religieuse bien plus qu’avec des réunions publiques.

C’est chose ordinaire que de parler du temple comme d’un lieu saint; mais il n’y a pas là une sainteté exclusive. L’endroit le plus saint sur la terre est celui où l’âme

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exhale ses vœux les plus purs et conçoit ou exécute ses plus nobles résolutions; ainsi donc, s’il me fallait chercher l’endroit le plus saint de votre ville, je n’irais pas à vos splendides sanctuaires, mais à quelque réduit où l’on l>rie en secret. Peut-être que le « Saint des saints » au milieu de vous est quelque chambre étroite et .sombre, que la plupart d’entre nous auraient horreur d’habiter ; mais Dieu séjourne là. Il entend là une harmonie qui lui est plus agréable que celle de vos orgues, il voit là une beauté telle que la nature n’en déploie jamais dans ses robes de printemps, car là il trouve, il voit, il entend le plus humble, le plus reconuajssant, le plus fidèle de ses adorateurs: il voit les plus dures épreuves soutenues avec calme, les injures les plus cruelles pa^onnées ; il voit des fatigues et (les sacrifices supportés avec joie, et la mort abordée avec une foi triomphante au 4‘a\ers de la pau- M'eté, de la maladie et de l’abandon. Là consécration que de pareilles vertus donnent à l’endroit le plus obscur, n’est pas et ne peut pas être communiquée jiar ces rites extérieurs qui consacrent à Dieu nos splendides t’(lificcs.

Vous voyez le rang qui appartient à l’Lglise, qu’elle soit réunie eu un .seul endroit ou riîpandiic sur toute la terre. C’est une union sainte et bénie; mais il ne faut pas la placer au-dessus des autres secours religieux. Les grands secours de la piété sont secrets et non publics. Le chrétien ne peut pas vi\re sans prier; il peut vivre et avancer sans une église particulière. La Providence peut nous placer loin de nos frères dans la foi, là où l’on n’entend pas le son de la cloche du Dimanche, loin de tout office; et nous pouvons trouver des Dimanches et des offices dans notre cœur. La maladie peut nous séparer de l’église extérieure aussi bien que du monde des vivants, et

cepemlanl l’âme peut être saine et prospérer. Il y a eu des hommes d’une piété éminente qui, par conscience, se sont tenus à l’écart de toute communion et de tout culte extérieur. Dans les dernières années de sa vie, IVlilton, cette grande âme. avait renoncé à tons les temples élevés pur la main des hommes , et n’adorait plus que dans le .sanctuaire intérieur. Ainsi fit William Law, l’auteur d’un livre remarquable : V Appel sérieux à une sainte vie. Son excès de dévotion (car chez lui la dévotion fut excessive) lui faisait déitaigner tous les actes de piété à heure fixe, il vécut dans la solitude afin de faire de sa vie une prière perpétuelle. Je ne cite pas ces hommes comme des modèles en ce point. Ils se sont mépris sur les besoins de l’âme, ils ont mal compris les Écritures. Malgré toute leur spiritualité, ils eussent trouvé de la force morale et de saintes impulsions dans l’association religieuse. Mais ces exemples nous u])prennent à n’exclure personne de la grâce de Dieu, parce qu’on s’est séparé de l’Église extérieure.

La morale de ce discours est claire. La sainteté intérieure, l’amour pur, un attachement désintéressé à Dieu et à l’homme, la simplicité du cœur et de la vie. la vraie grandeur du caractère, voici la seule chose nécessaire, voici resscntiel en religion ; tout le reste : ministres, églises, oflices, lieux consacrés au culte, ne .sont que des moyens, des secours, des influences secondaires sans aucune valeur quand ils sont séparés de cet essentiel. S’imaginer que Dieu regarde autre chose que cela, qu’il considère autre chose que le cœur, c’est lui faire injure, c’est montrer une triste ignorance du caractère divin. La bonté, la pureté, la vertu, voilà quelle est la seule distinction devant Dieu. Voilà ce qui, en soi, par es-

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sence, est et sera éternellement aimable, beau, glorieux, divin. Voilà qui ne doit rien au temps, aux événements, aux choses extérieures. Voilà qui brille de son propre éclat. C'est le soleil de l’univers spirituel. C’est Dieu luimême habitant l’àme humaine. Peut-on en parler légèment, parce que tout cela n’a pas grandi dans une certaine église? Peut-on exalter une église au-tlessus de cela? Mes amis, l’une des plus grandes vérités de la rcli gion, c’est l’importance suprême du caractère, do la vertu, de l’esprit divin qui a brillé dans le Christ. La grande hérésie c’est d’y rien substituer: symbole, forme, église, peu importe. Un des plus grands outrages qu’on puisse faire au Christ, c’est de mépriser son caractère et sa vertu dans un disciple qui, par hasard, porte un nom différend du nôtre.

Quand je me représente la véritable vertu ou la véritable bonté, non pas celle qui se compose de qualités extérieures et de calculs prudents, mais celle qui choisit le devoir pour lui -même, et comme le premier iutérêl ; qui respecte les droits de tout être humain, qui travaille et souffre avec courage et patience pour la vérité et pour le bien-être d’autrui; qui joint l’énergie à la douceur, et une humilité profonde au re.spect de soi-même ; qui met toute sa foi en Dieu, qui communie intimement avec lui, (jui s’efforce de soumettre à la sainte volonté toutes scs pensées, ses rêves, ses désirs; qui s’attache à la promc.«se lie la vie éternelle, et, forte de cet espoir, endure avec calme et fermeté les maux les plus cruels de la vie; alors, devant un tel spectacle disparaissent pour moi toutes les distinctions dont les hommes s’enorgueillissent. La richesse est misérable, l’honneur du monde est mesquin, sa pompe e.«t d’un mendiant. Condition, pays, église, tout

perd son importance. Devant cette grandeur simple, je m’incline etj’adraire. Le prêtre sous ses ornements, l’autel étincelant , la foule, l’orgue retentissant, tout l’extérieur de la religion s’efface à mes yeux quand je vois l’homme grand et vertueux, l’âme sainte et désintéressée. Moimême, avec une vue si faible, un cœur si froid, je vois, je sens la divinité, la grandeur de la véritable vertu. Comment Dieu doit-il donc la regarder! Qu’elle doit être belle à ses yeux si purs! Est-il possible que personne s’en détourne parce que de l’eau n’a pas été versée sur le front de l’homme vertueux, ou du pain mis entre ses lèvres par un ministre, ou parce qu’on ne lui a pas appris à répéter quelque symbole mystérieux ordonné par une église ou un concile.

Mes amis, révérez la vertu, la sainteté, la volonté droite qui sans jamais fléchir s’attache au devoir et à la pure loi de Dieu. ÎSe révérez rien en comparaison de cette vertu. Ilegardcz-Ia comme la fin, et toutes les céré- . montes comme des moyens. Par elle jugez les hommes. Que l’église à laipielle appartient un individu ne vous donne de lui ni une meilleure, ni une plus mauvaise oi)inion. Jugez-lc d’après .ses fruits, Chas.sez de vos cœurs le démon de secte, d’étroitesse, de bigotisme, d’intolérance, Ce n’est pas un péché léger, comme nous sommes portés à le croire. C’est la négation de la souveraineté de la vertu. C’est mettre quelque chose : une forme, un dogme, au-dessus de la pureté du cœur et de la vie. Le sectaire se mure dans son église comme daiks un donjon, et là il perd l’air pur, la lumière brillante, la vue fortifiante, la céleste beauté de l’église universelle.

Mes amis, je sais que je parle à des gens qui différant d’opinion sur plus d’un point de théologie et de con-

troverse. Nous avons grandi sous des influences diverses. Nous portons des noms difiërents. Mais, si nous nous proposons solennellement de faire la volonté de Dieu, et si nous suivons les préceptes et l’exemple du Christ, nous sommes une même église ; que rien donc ne nous sépare. Des diversités d’opinion, de goût ou d’habitude, peuvent nous empêcher d’adorer Dieu sous le même toit, avec les mêmes formes; mais ces variétés ne sont pas des schismes; elles ne brisent pas l’unité de l’église du Christ. Nous pouvons toujours nous respecter, nous aimer tes uns les autres, nous réjouir de notre vie et de notre progrès spirituels, tout aus.si bien que si nous avions été jetés dans un seul et même moule. Dieu aime la variété dans la nature et dans l’àme humaine, et il ne la rejette pas dans le culte chrétien. Nous sommes, je l’espère, tous d’accord sur beaucoup de grandes vérités, sur celles qui vivifient, qui puriOent et consolent le mieux. 11 y a aussi un terrain commun, la pratique, un terrain placé en dehors de toute controverse, sur lequel nous pouvons tous nous rencontrer. Nous pouvons tous unir nos cœurs et nos mains afin de faire le bien, afin de répondre à l'amour que Dieu a pour les hommes. Travailler et souffrir pour la cause de l’humanité, propager l’intelligence, la liberté et la vertu, faire connaître Dieu, le faire respecter, aimer, imiter par ses créatures, résister aux abus et à la corruption des siècles passés, rechercher et tarir les sources de la misère, sauver de l’intempérance ceux qui sont tombés, secourir la veuve et l’orphelin, éclairer et élever les malheureux, briser le joug des opprimés et des esclaves, combattre l’esprit et les horreurs de la guerre, envoyer la parole de Dieu aux bouts de la terre, racheter le monde du péché

et de la souffrance; voici notre œuvre commune. Les anges et les purs esprits qui visitent la terre n’y viennent pas pour se joindre à une secte, mais pour faire du bien à tous. Puisse cette charité universelle descendre sur nous et posséder nos cœurs, puisse notre étroitesse, notre esprit d’exclusion et de bigotisme fondre sous la douceur de ce feu céleste ! f/est ainsi que nous nous unirons nonseulement à l’égUse universelle du Christ sur la terre, mais encore à l’Église invisible, à l’innombrable compagnie des justes devenus parfaits, dans les demeures de la pureté et de la [)aix éternelles.

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