‹ Œuvres de W. E. Channing Traités religieuxChapitre 6 sur 17 · UT · texte numérisé non relu

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découvrir le siècle de l’auteur, quelque soin qu’on prenne pour imiter le style et le Caractère d’un âge précédent. Or, les Évangiles ne gardent aucune trace des sentiments, des mœurs, des querelles, des événements d’un âge plus récent que celui des apôtres, et, si nous considérons qu’à l’exception de celui de saint Luc, ils ont tous l’apparence d’étre l’ouvrage d’hommes simples, qui n’étaient pas habitués à la composition, cet argument a une force toute particulière. Ici je pourrais vous démontrer l'authenticité des Évangiles par le langage, le dialecte, l’idiôme dans lesquels ils sont écrits. Vous comprenez facilement que, de cette manière, on peut remonter au pays et à l’àge d’un livre; mais c’est un genre de preuves qui appartient aux érudits. Néanmoins, il est satisfaisant d’apprendre que tes savants les plus profonds voient dans le dialecte et l’idiôme des Évangiles, un accord parfait avec ce qu’on peut attendre de Juifs écrivant au temps des apôtres.

On peut encore tirer du style et du caractère des récits évangéliques, une autre preuve intrinsèque, et cette preuve est à la portée de tout le monde. Ils sont écrits avec la simplicité, le détail et la facilité, qui sont le ton naturel de la vérité, et qui appartiennent aux auteurs familiers avec leur sujet et écrivant d'après nature. Vous n’y découvrez rien qui sente le travail , la précaution , l’incertitude, toutes choses qu’on n’évite guère quand on prend un caractère étranger, et qu’on cherche à en imposer. Il y a une différence que chacun sent sans pouvoir l’exprimer, entre un témoin honnête et simple, qui raconte ce qu’il a vu, ou ce qu’il connaît bien , et le ftiux témoin qui affecte la connaissance particulière d’événements et d’individus qu’il a plue ou moins imaginés. La

vérité a une franchise naturelle, une simplicité, un style et un air qui lui sont propres, et jamais récits n’ont eu ce caractère au même degré que les Évangiles. Il y a dans ces livres une chose frappante; tandis que la vie et la personne qu’ils représentent sont ce qu’il y a de plus extraordinaire dans l’histoire, le style est sans art. Nul eûbrt pour trouver des épithètes ou une élévation de langage qui réponde à la dignité du sujet. Vous entendez des hommes simples qui vous disent ce qu’ils savent d’une personne qu’ils respectaient trop pour songer à l’embellir ou à l’exalter.

Il est aussi bien remarquable, que le caractère de Jésus, le plus étrange et le plus élevé dont parle l’histoire, quoique le dernier qu’on pût imaginer et le plus diiTicile à soutenir, est cependant développé à travers une grande variété de détails et de situations avec une unité et une convenance parfaites. La force de cette preuve ne peut être comprise que par ceux qui connaissent assez l’histoire littéraire, pour apprécier la difficulté de soutenir une fi'aude perpétuelle. Ici cette unité est une preuve infaillible. Supposons que quatre écrivains, plus modernes que les apôtres , se soient ligués pour jouer leur rôle et fabriquer sous leur nom l’histoire de la vie du Maître. Éloignés de l’original, et n’ayant aucun modèle de son caractère dans leur propre esprit, ces faussaires auraient peint leur héros d’une main tremblante, les traits n’eussent pas été d’accord, leur personnage se serait plus d’une fois abaissé aux vues et aux sentiments ordinaires des hommes; ils auraient été surtout égarés dans le choix et la représentation des événements par la fin particulière qui les aurait engagés dans cette singulière collaboration. Que quatre écrivains, dans de semblables cir-

constances, soutinssent jusqu’au bout un caractère aussi extraordinaire, aussi élevé que l’est celui de Jésus, et qu’ils fussent d'accord dans la peinture qu’ils en feraient, c’est un prodige que nul génie ne saurait accomplir. Je dis donc que les Évangiles portent en eux-mêmes la marque qu’ils ont été faits d’après nature par ceux qui étaient le plus à même de connaître la personne et la vie de Jésus.

On voit combien de preuves diverses et sufiisantes nous attestent que les quatre Évangiles sont l’œuvre de ceux dont ils portent le nom. J’qjoute qu’fl est peu de livres anciens dont l’authenticité s’appuie sur des preuves aussi fortes. La plupart des ouvrages que l’antiquité nous a légués , et qu’on attribue avec une confiance inébranlable à ceux qui en sont réputés les auteurs, leur sont attribués sur des titres bien moindres. Sur ce point il ne doit donc rester aucun doute.

Je m’arrête ici. Les preuves du Christianisme qui résultent des faits qu’on vient d’établir, ou qui sont fondées sur ces mêmes faits, seront le sujet d’une nouvelle discussion.

DEIJXIÈIIIS PAmTIE.

J’ai exposé quelques-uns des grands faits qui touchent à l’origine du Christianisme, faits dont nous avons la preuve claire et complète. Nous savons quand et où cette religion prit naissance. Nous en connaissons l’auteur, et les premiers apôtres. Nous connaissons les grands traits de la religion telle qu’elle fut d’abord enseignée ; et bien plus, nous avons les écrits de ces premiers disci-

pies, qui placent hors de doute le caractère précis de la religion. Je vais maintenant exposer quelques-unes des preuves du Christianisme qui sont comprises dans ces faits, ou qui s’en appuient. Je me Lornerai à un petit nombre, et je choisirai celles qu’on peut traiter convenablement dans les limites d’un discours.

I. Je crois que le Christianisme est vrai, ou qu’il vient de Dieu, parce qu’il me semble impossible de lui donner une autre origine. Il a eu une cause, et l’on ne peut lui en assigner une autre qui soit à sa hauteur. Le contraste de cette religion avec le milieu où elle grandit est si remarquable, que nous sommes forcés d’en chercher l’explication au-delà et au-desssus de ce monde. Quand je remonte à l’origine du Christianisme, etque je me place à l’époque et au pays de sa naissance, je ne trouve ni dans les idées ni dans l’état de la société rien qui m’en explique la venue ou la propagation. Il n’y avait pas de puissance sur la terre qui pût créer ou maintenir un pareil système. Il n’y avait rien qui y ressemblât, ni dans le judaïsme, ni dans le paganisme, ni dans l état des peuples les plus civilisés. Si vous étudiez les religions, les gouvernements et les philosophies de cette époque, vous n’y découvrirez pas même un penchant vers le Christianisme. Il parut tout d'un coup, en opposition avec tout cela, sans transiger avec les passions et les préjugés humains; et, dès sa naissance, il fut non seulement supérieur à tout ce qui existait, mais il posséda, dès lors, une perfection qui a fait l’admiration des siècles et qui, au lieu de s’effacer avec le temps, a brillé davantage, à mesure que l’esprit humain s’est développé.

Je sais qu’à l’origine de notre religion, le vieux culto païen était tombé eu discrédit chez les classes éclairées

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dans lo monde romain, et qu’il perdait son empire sur la foule. Aussi a-t-on prétendu que le Christianisme était sorti des ruines de l’ancienne croyance. Mais cela n’est pas , car le déclin du paganisme fut amené par des causes contraires à l’établissement d’une religion comme lo Christianisme. Une de ces causes, ce fut la dépravation monstrueuse qui conduisait des milliers d’hommes à un profond mépris de la religion sous toutes ses formes et dans toutes ses lois, et qui préparait le peuple à échanger sou vieux culte contre des superstitions encore plus grossières et plus licencieuses, surtout contre les arts magiques de l’Égypte. Sans doute, cette corruption, cette peste morale qui ravageait le monde, ne sera condérée par personne comme le germe de la religion chré^ tienne-.

Un autre agent qui mina les fondements du paganisme, ce fut la philosophie; noble effort, il est vrai, de l’intelligence humaine, mais qui ne lit rien pour préparer les voies du Christianisme. Les philosophies les plus populaires à la naissance du Christ, c’étaient le scepticisme et l’épicuréisme; le premier tournait la religion en raillerie, niait la possibilité de parvenir à la vérité, et jetait l’esprit dans un océan de doute; le second mettait le bonheur dans le plaisir, enseignait l'indifférence pour tout ce qui touche ce monde ou l’autre, et aurait regardé, comme une folie la doctrine chétienne de l’abnégation et les souffrances endurées pour la vérité et le devoir. Maintenant, je le demande, quel rapport y a-t-il entre le Christianisme et ces systèmes, et conameot auraient-ils pu contribuer à son invention? Il y avait, il est vrai, une autre secte d’un caractère plus noble; celle des stoïciens. Elle soutenait que la vertu était te souve-

rain bien, et, malgré le despotisme qui écrasait tout dans la poussière, elle nourrissait dans son sein quelques esprits fermes et élevés. Mais, la conflance en soiroéme, la dureté, l’insensibilité et l’orgueil du stoïque, sa déûance et son mépris du genre humain , son défaut de sympathie pour la souffrance humaine, et les exagérations extravagantes de sa propre vertu, mettaient cette secte en opposition avec le Christianisme; de sorte que notre religion eût pu tout aussi bien sortir du scepticisme ou de la doctrine d’Épicure, que du stoïcisme.

Il y avait encore un système, s’il mérite ce nom, qui dominait en Asie, et qui n’était pas inconnu des Juifs, c’est ce qu’on a nommé la philosophie de l’Orient. Mais ce système, quoique en progrès sur le paganisme ordinaire, était visionnaire et mystique, et plaçait le bonheur dans une intuition ou une perception immédiate de Dieu, à laquelle on devait parvenir par la contemplation et l’extase, par la torture du corps et l’abandon du monde. Je n’ai pas besoin de vous dire combien l’esprit pratique et bienveillant du Christianisme était loin de cette fausse sainteté et de ce fanatisme inutile. Je répète donc que les différentes causes qui minaient secrètement le paganisme au temps du Christ, ne tendaient nullement à inspirer et à répandre une religion comme la religion chrétienne, elles lui étaient aussi véritablement contraires que les pires formes de l’idolâtrie.

Nous ne trouvons pas l’origine du Christianisme dans le monde païen. La chercherons -nous chez les juifs? Ce point est trop connu pour avoir besoin d’une longue explication. Vous savez quels étaient le caractère, les sentiments , les espérances des descendants d’Abrabam à l’apparition de Jésus ; on ne peut imaginer une

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religion plus opposée à l’esprit juif que celle du Christ. Il n’y avait rien qui lui fût favorable ni sur le sol, ni sous le climat de la Judée. Il serait tout aussi facile aux arbres touffus de nos forêts de pousser dans les sables d’Arabie. Jamais il n’y eut, peut-être, de caractère national plus fortement trempé que celui des Juifs. Des siècles de souffrances sans pareilles n’en ont pas effacé les traits indélébiles. Du temps de Jésus, toute l’influence de l’éducation et de la religion était employée à donner ce caractère à chaque individu. Ce fut au sein de cette société, parmi les classes les plus humbles , que naquit le Christianisme, religion aussi dégagée des préjugés juifs, aussi pure des vues terrestres et étroites de l’époque, que si elle fut venue d’un autre monde. Le judaïsme l’entourmt partout, mais il ne la souilla pas d’une seule de ses taches, ni n’en ternit l’éclat d’un seul de ses souffles. Comment donc trouver la cause du Christianisme dans le monde juif à défaut du monde païen?

Le Christianisme, je le soutiens, ne fut pas le développement des circonstances, des principes, ou des sentiments du siècle ou il apparut. De fait, un des grands caractères de l’Évangile, c’est que ce ne fut pas un développement. L’idée qui remplit l’âme de Jésus, l’idée d’une religion plus spirituelle, plus généreuse, plus compréhensive et moins terrestre que le judaïsme, cette idée ne fut pas de formation graduelle. On n’en découvre aucun signe, on ne voit aucun effort pour la réaliser avant le moment où elle éclôt, et il n’y a même pas d’apparence qu’elle ait été mûrie peu à peu par Jésus luimême. Le Christianisme est d’un seul jet, et se montre tout entier dès le premier jour avec une liberté et une hardie.sse. singulière. Cette soudaineté avec laquelle la reli-

gion éclate, cette maturité du système au moment mémo de sa naissance, cette absence de développement graduel, me semblent de fortes marques d'une origine divine. Si le Christianisme est une invention humaine , on doit me montrer dans le siècle où il vint le motif qui poussa son auteur à le produire ; j'en trouverais quelque germe, queh que ébauche dans le milieu où il parut. Comment s'est-il fait que du fonds d’épaisses ténèbres soit sorti tout à coup la lumière du midi? Si l’on me disait que les sciences du monde civilisé ont paru soudain et avec toute leur perfection au milieu d’une horde barbare, je déclarerais la chose incroyable. Je ne puis croire davantage que le Christianisme, la religion de l’amour inûni, la religion qui a renversé la barrière entre les juifs et les gentils, et les barrières entre les nations, qui a proclamé un Père universel , qui a aboli les cérémonies pour y substituer le culte spirituel, qui a condamné également la fausse grandeur du Romain et le fausse sainteté du Juif, et qui a enseigné une vertu si haute que le prc^rès des siècles n’a fait que rendre cette grandeur plus admirable; je dis que je ne puis croire qu’une telle religion ait été soudainement, iiiimédiatement produite par une invention humaine, au milieu d’un peuple remarquable par son bigotisme et son esprit étroit, par sa conûanec superstitieuse dans un cuite extérieur, par sa haine et son mépris des autres nations, et par l’espoir arrogant de plier bientôt tout les peuples à son joug.

Le Christianisme, je le répète, n’est pas le produit du siècle où il parut. Il n’y avait pas sympathie entre lui et cette époque. Il ne fut l’écho d'aucune secte, d’aucun peuple. Il était isolé au moment de sa naissance. II ne se servit pas d’une parole de conciliation. 11 ne s’a-

baissa pas devant l’erreur ou la passion. 11 avait un ton ([ui lui était propre, un ton d’autorité, de supériorité sur le monde. Il frappait à la racine ce que partout on nommait gloire, il cassait les jugements de tous les siècles passés, il condamnait les idoles que ce monde admire, et présentait, comme la perfection de ia nature humaine, un esprit d’amour si pur et si divin , si libre et si riche, si doux et si miséricordieux, si iiivincibie dans sa force, et cependant si tendre dans ses sympathies, que peu de personnes, môme aujourd’hui, en comprennent l’étendue et l’élévation. Une pareille religion n’a pas eu son origine dans ce monde.

Je viens d’exposer une des preuves du Christianisme. Son contraste avec l’époque de sa naissance , sa pureté de tout mélange terrestre , sa grandeur originaire, propre, unique, et la soudaineté avec laquelle il parut au milieu des ténèbres générales, ce sont là pour moi de fortes marques de sa divine origine. Je ne puis les concilier avec une invention humaine.

II. Après cet argument tiré de l’impossibilité oi'i l’on est d’expliquer le Christianisme par l’état du monde au moment de sa naissance, je remarque qu’on ne peut l’expliquer davantage par aucun des motift qui poussent les hommes à fabriquer des religions. Son but et son objet ne peuvent se concilier avec l’imposture. Ils sont purs, élevés, et dignes du plus noble envoyé du ciel. Cet argument demande quelque détail.

Les hommes agissent suivant des motifs. Les Inventeurs de religions ont un but. Quelques systèmes ont été établis par le législateur pour faire respecter ses lois , pour plier l’esprit du peuple à une fin politique; d’autres

ont été inventés par des prêtres, pour établir leur empire sur la foule, pour former une caste dominante, et arracher aux travailleurs leurs richesses. Or, j’affirme qu’on ne peut attribuer au Christianisme aucun motif égoïste, ambitieux, terrestre. Il ne sert à aucune fin particulière. La fin qu’il se propose est noble et élevée, et rend ainsi témoignage à son origine céleste.

Le grand objet qui a engagé certains hommes à se prétendre inspirés et à propager de fausses religions, a été le pouvoir, sous une forme ou une autre, quelquefois le pouvoir politique, quelquefois le pouvoir spirituel, quelquefois tous les deux. Le Christianisme peut-il s’expliquer par ce désir égoïste? Je dis que non. J’affirme que l’amour du pouvoir est le dernier motif dont on puisse accuser Je fondateur de notre religion. Rien ne distingue mieux le Christianisme que l’ardeur avec laquelle il recommande la douceur et l’humilité de l’esprit, que la réprobation absolue dont il frappe cette passion de dominer, qui , dans tous les temps , avait fait de la foule, la proie de quelques hommes, et qu’on honorait comme l’attribut et le mobile des plus grands esprits. Le ton que, dès l’origine, il prit à ce scget n’appartient qu’à lui. Jésus sentait, comme personne ne l’avait senti auparavant, et comme peu d’individus le sentent aujourd’hui, quelle est la bassesse d’une ambition égoïste, et quelle est la grandeur de la bonté qui écarle toutes les marques de supériorité pour mieux servir les hommes. Non - seulement il enseignait cette leçon dans le langage le plus hardi, mais, empruntant à l’Orient son mode d'enseignement religieux par des emblèmes, il plaçait devant ses disciples un petit enfant comme leur modèle, et leur lavait lui-même les pieds. Toute sa vie fut

un commentaire de son enseignement. Dans le récit sans art de ses historiens , on ne découvre rien qui trahisse l’amour de la distinction et du pouvoir. Jésus ne portait aucun insigne de supériorité, n’exigeait aucun hommage, ne recherchait pas les attentions, et ne se plaignait point d’être négligé. 11 repoussait l’homme puissant qui se prosternait devant lui pour le flatter, mais il recevait avec affection, la pécheresse qui lui baignait les pieds de ses larmes. Il vivait comme un ami avec ses obscurs disciples, et se mêlait à tous les^ rangs de la société. Il bravait le mépris , et allait au devant d’une mort faite plus que tout le reste pour attacher l’infamie à son nom. On ne peut concevoir de signes plus grands d’une supériorité infinie sur ce que le monde appelle gloire, que ceux que nous trouvons dans l’histoire de Jésus.

J’ai nommé deux espèces de pouvoir, le pouvoir politique et le pouvoir spirituel, comme étant les objets ordinaires des fausses religions. Je voudrais vous montrer combien le Christianisme est au-dessus de cela. Que l’Évangile n’ait pas été donné dans une intention politique c'est chose trop évidente ; mais on n’a pas assez considéré ce qui lui est particulier en ce point. Dans l’antiquité, la religion était partout un intérêt national. En Judée, l’union delà religion et du gouvernement était des plus étroites; et la souveraineté politique était une des splendeurs dont l’imagination juive entourait le Messie attendu. Qu’à une pareille époque et dans un semblable pays , il se produisit une religion qui semble ignorer s’il y a des gouvernements ; qui n’y fait aucune allusion, si ce n’est dans quelques préceptes d’obéissance aux pouvoirs politiques; qui ne dit pas un mot, qui ne fait pas naître la moindre idée d’une alliance poæible ^

avec l’État; qui ne s’attribue aucun contrôle sur les affairés politiques, et no se mêle d’aucun intérêt public; qui n’a aucun penchant, même indirect, à concentrer le pouvoir dans des mains particulières; qui n’établit aucune forme de culte national pour remplacer celles qu’il vient détruire; et qui traite les distinctions de rang et d’emplois comme choses sans valeur auprès de l’ao tion morale et d’une humble charité; qu’une pareille religion paraisse dans un semblable état du monde, c’est un fait inouï. Nous voyons là une ligne tranchée qui sépare le christianisme des autres religions et une preuve frappante de son originalité et de son élévation. Les autres religions ont été inventées pour des sociétés, le Christianisme s’adresse à l’individu. Il ne se propose pas la gloire de l’État, mais la perfection de l’àme. Loin de servira édifier le pouvoir politique, le Christianisme tend à le réduire et à le supplanter par degrés, en enseignant aux hommes à substituer l’empire de la vérité et de l’amour à la menace et à la force, en répandant dans tous les rangs un sentiment de fraternité tout à fait opposé à l’esprit de domination , en établissant des principes qui entretiennent le respect de soi-même en chaque cœur et qui apprennent à l’individu le plus obscur à regarder les plus puissants sans en être ébloui.

Le Christianisme ne porte aucune marque d’une main politique. Une de ses fins principales, c’est d’éteindre l’esprit même que les politiques ambitieux favorisent, et sur lequel ils fondent leur succès. 11 proscrit un patriotisme étroit , il traite sans pitié l'amour des conquêtes, il exige de scs disciples qu’ils aiment les autres pays autant que le leur, et il recommande l’esprit de paix et de douceur dans un langage si clair et si pressant, que plus d’un

chrétien considère comme un crime la guerre sous toutes ses formes et dans toutes les occasions. Aujourd’hui il est difficile de comprendre quelle opposition il y avait entre le Christianisme naissant et toutes les maximes po* litiques du temps. Nulle doctrine n’était plus enracinée que celle qui de la conquête faisait le principal intérêt d’une nation, et qui regardait un patriotisme exclusif comme la première et la plus noble des vertus sociales. Le Christianisme, en relâchant le lien qui attachait l'homme à l’État, afin de l’attacher à ses frères, renversait ce qui était considéré comme le principe de la sûreté et de la grandeur nationales; il commençait une révolu-lion politique aussi extraordinaire et aussi radicale que la réforme religieuse et morale qu’il se proposait.

Le Christianisme n’a donc pas été établi dans une intention politique. Mais est-il également à l’abri d’une autre accusation qu’on a portée contre lui ? a-t-il été destiné à obtenir le pouvoir spirituel? Son fondateur n’était-il pas poussé par l’ambition religieuse? N’avait-il pas pour but (le subjuguer les ûmes, do dicter la fol du monde, de se faire le chef d’une secte immense, d’inscrire son nom dans l’histoire comme prophète, et de s’assurer ainsi la soumission de la foule, soumission plus abjecte et plus entière que celle que les rois et les conquérants peuvent imposer ?

Je pourrais répondre par ce que j’ai déjà dit du caractère de Jésus et de l’esprit de sa religion. Il est évident que le fondateur du Christianisme avait une idée toute particulière de la beauté et de la grandeur morales qui distinguent l’esprit de désintéressement , de douceur et de sacrifice, et il est peu probable qu’une telle personne méditât de soumettre le monde à sa dwnination. Mais.

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laissant ceci de côté, je ferai r eraarquer que, dans le Christianisme on ne voit aucun des traits d’une religion faite pour la domination spirituelle. Un des signes infaillibles de ces religions c’est qu’elles font des concessions aux passions et aux préjugés. Elles ne provoquent pas et ne peuvent provoquer et liguer contre elles toutes les puissances du monde, politiques ou religieuses. Au contraire, le Christianisme ne faisait aucun compromis, bravait tout et se jetait au devant de la haine et du mépris. Ce n’est pas là un plan pour conquérir l’empire spirituel du monde.

• Il y a un autre caractère qui indique une religion ambitieuse. Cette religion inspire un esprit servile. Son auteur, désireux d’imprimer son nom et son image sur ses sectateurs, a intérêt à courber leur âme; il leur impose des doctrines arbitraires, leur attache des marques qui les séparent d’autrui, et les entoure de règles, de formes et d’observances qui leur rappelent constamment leur dépendance d’un chef. Or, je ne vois rien dans le Christianisme qui ressemble à cet asservissement. Le (Christianisme n’a qu’un but, ce n’est pas d’élever le maître, c’est d’améliorer le disciple; ce n’est pas d’imprimer le nom du Christ sur le genre humain, c’est d’inspirer aux hommes son esprit d’amour universel. Le Christianisme n’est pas une religion de formes. Il n’a que deux cérémonies aussi simples qu’elles sont expressives; et elles tiennent si peu de place dans le Nouveau Testament que quelques-uns des meilleurs chrétiens révoquent en doute ou nient qu’elles soient d’obligation. Ce n’est pas non plus un symbole étroit, un amas de doctrines sans appui dans notre raison. On peut le résumer dans im petit nombre de principes immuables et universels, que la raison et la conscience

adoptent avec joie, comme leur loi étemelle, et qui ouvrent à l’esprit des perspectives immenses et toujours nouvelles.

Comme chrétien, je suis libre. Ma religion ne m’impose pas de chaîne. Elle ne prescrit pas un certain parcours à mon esprit, en dehors duquel il ne peut rien apprendre. Elle parle de Dieu comme du Père universel, et me renvoie à toutes ses œuvres pour m’instruire. Elle ne m’emprisonne pas dans un rituel mécanique, ne m’enjoint pas des formes, des attitudes et des heures de prière, ne descend pas à des détails de vêtement et de nourriture, ne me marque pas d’un signe extérieur. Elle enseigne l’amour de Dieu, mais elle'ne prescrit aucune expression précise de ce sentiment. Elle commande la prière; mais elle donne le prix à la prière du cabinet, et n’estime que le culte qui vient de l’esprit et du cœur. Elle nous enseigne à faire le bien , mais nous laisse chercher nousmêmes les moyens de servir l’humanité. En un mot, toute la religion du Christ se résume dans l’amour de Dieu • et des hommes, et elle laisse à chaque individu la liberté d’entretenir et d’exprimer cet esprit par les moyens les plus en harmonie avec sa condition et son intelligence.

Le Christianisme est par excellence la religion de la liberté. Les vues qu’il nous donne de la bonté de Dieu , bonté paternelle, impartiale, universelle, le droit égal qu’il accorde à chacun de rechercher la volonté divine ; ses préceptes de franchise, de patience et de respect réciproque, contribuent également à affranchir la pensée, et à agrandir le cœur. Je le répète, le Christianisme ne m’impose point de chaîne. Ce n’est rien moins qu’un instrument de domination.

On dira que si l’on juge le Christianisme par sonhis-

loire, ü n’a aucun droit à ce titre de religion de la liberté, On dira que jamais le paganisme ne pesa de façon plus oppressive sur l’àme de l’iiomme; que le ministère chrétien a dressé des tyrans qui ont torturé le corps par le feu matériel, et l’àme par la crainte de flammes plus terribles, qui ont proscrit et puni la liberté de la pensée et de la parole comme le plus grand de tous les crimes. Je ne nie pas l’oppression des prêtres; mais je dis que le Christianisme n’en est pas responsable. Le Christianisme ne donne pas un pareil pouvoir à ses ministres. Ils l’ont usurj)é malgré les défenses les plus sévères, et en opposition à l’esprit de leur maître. Le Christianisme n’institue pas de prêtrise dans le sens propre et primitif du mot. Il n’a pas le nom de prêtre parmi ceux de scs ministres, et il ne confère pas l’ombre d’un pouvoir sacerdotal. Il n’investit aucune classe d’homme d’une sainteté particulière en attribuant à leur intercession une influence spéciale, en attachant le salut du fidèle à des cérémonies que les prêtres seuls peuvent accomplir. Jésus, il est vrai, choisit doute de ses disciples pour être les principaux instruments de la propagation de sa religion, mais rien de plus simple que leurs fonctions. Ils partirent pour annoncer à toutes les nations, la vie, la mort, la résurrection et les enseignements de Jésus-Christ; cette vérité ils la répandirent et sans réserve. Ils ne la conûèrent pas comme un mystère, à quelques privilégiés qui devaient leur succéder, et instruire les autres comme ils le jugeraient convenable. Ils la communiquèrent au corps entier des convertis comme une propriété égale et cornmune, assurant ainsi à chacun les droits inappréciables de l’esprit. 11 est vrai qu’ils nommèrent des ministres ou des maîtres dans les congrégations qu’ils formèrent ; et, à

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cette époque où la religion était nouvelle et inconnue, où reoaeignemcnt oral était la seule manière de la commu* niquer, il semble qu’il n’y avait pas d’autre moyen de la propager qu’en désignant ainsi les plus éclairés d’entre les disciples pour l’œuvre de l’enseignement. Mais nulle part le Nouveau Testament ne leur donne le monopole de l’étude, ni de l’enseignement de lu religion. Personne, dans le Christianisme, ne peut prétendre au droit d’interpréter exclusivement l’Évangile, ou d’imposer son interprétation à ses frères. Le ministre chrétien ne jouit pas d’un accès plus grand auprès de Dieu , et n’a pas reçu de promesse d’une lumière plus immédiate. L’histoire chrétienne ne lui a pas été confiée de préférence aux autres, et, d’après cette histoire, c’est le droit et le devoir de tous que d‘examiner son enseignement. Je viens d’indiquer une des nobles distinctions du Christianisme. C'est la religion de la liberté. Elle n’est point souillée par l’ambition spirituelle, o N’appelez aucun homme maître, car vous ôtes tous frères, » tel est son noble et généreux précepte; elle est l’amie et la protectrice de la liberW sous toutes ses formes.

Nous avoM vu qu'on ne peut attribuer la prédication du Christianisme à l’amour du pouvoir, cette maîtresse jiassion des fondateurs de fausses religions. J’ajoute que nui autre motif égoïste ne pouvait l’inventer. L’Évangile n’est pas de ce monde. Au temps de son origine, rien n’eût pu le mêler à un intérêt privé ou terrestre. Son esprit, c’est l’abnégation. Fortune, jouissances, honneurs, il range tout cela parmi les dangers de la vie, et il n’insiste sur aucun devoir avec plus de force que sur celui de mettre ces biens au hasard et de les jeter loiu de nous, si la cause de la vérité ^ de l’humanité l’exige. Et ces

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maximes n’étaient pas àe simples théories ou des lieux communs de rhétorique au temps du Christ et des apôtres. Les premiers propagateurs du Christianisnie étaient appelés à pratiquer ce qu’ils enseignaient, à sacrifier tout intérêt à leur foi. Gomment n’ auraient-ils pas prévu qu’une religion si pure, qui faisait si peu de concessions, soulèverait contre eux le monde? Ils ne couraient pas seulement la chance de souffrir, ils étaient sûrs que tout le poids du mépris, des douleurs et des persécutions du monde tomberait sur leur tête. Comment donc expliquer le Christianisme par un objet égoïste ou un but mé> prisable?

L’Évangile n’a qu’un objet, et il est trop visible pour qu’on s’y trompe. En lisant le Nouveau Testament nous voyons la plus grande simplicité de but. Il n’y a point d’intention cachée, point d’intérêt particulier qui se trahisse par les efforts mêmes qu’il fait pour se déguiser. Une unité de dessein parfaite se fait remarquer d’un bout à l’autre des Évangiles, et ce n’est pas une faible preuve de leur vérité. Ce but du Christianisme, c’est la perfection morale de l’&me humaine. Dans toutes ses doctrines, dans tous ses préceptes et dans toutes ses promesses, il cherche à délivrer les hommes du mal moral, à les unir à Dieu par l’amour filial, les uns aux autres par les liens de la fi-atemité; à leur inspirer une charité aussi douce et aussi inébranlable que celle du Christ; à exciter en eux Tardent désir, l’espérance et la poursuite de la vertu céle.ste et immortelle.

Et maintenant, je le demande, quelle est la conséquence de tout ceci? Si le Christianisme ne peut être attribué à des motifs égoïstes ou terrestres, s’il n’a pas été fait pour la domination , pour atteindre à un but particulier,

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mais pour élever les hommes au-desstis d’eux-mémes. el les rendre conformes à Dieu, pouvons-nous ne pas déclarer qu’il est digne de Dieu? Et à qui, si ce n’est à Dieu, pouvons -nous en rapporter l’origine? !Ve faut-il pas reconnaitre dans les premiers apôtres d’une pareille foi les plus saints des hommes, les amis de l’humanité, et les messagers du ciel? Le Christianisme, par sa nature même, repousse l’accusation d’imposture. Il porte en soi la preuve d’une intention pure. Des méchants n’auraient pu le concevoir, encore moins l’adopter comme l’objet de leur vie. Supposer que des égoïstes renoncent à tout intérêt privé pour répandre )in système qui les condamne, et qui ne va qu’à purifier le genre humain, c’est une absurdité qu’on ne trouverait pas dans la religion la moins raisonnable. Le Christianisme donc, quand on l’examine dans ses motifs, montre qu’il vient de Dieu.

III. Je passe à une autre raison très-importante de la foi que j’ai dans l’origine divine du Christianisme. Des miracles en ont attesté la vérité. Les premiers apôtres ont prouvé par des œuvres surnaturelles qu’ils étaient les ministres de Dieu. Ils ont fait ce que les hommes ne peuvent faire, ce qui portait l’empreinte d’une puissance divine, ce qui scellait la divinité de leur mission. Une religion qui a de pareils témoignages doit être vraie. C’est là un sujet qui réclame toute votre attention.

Je sais que dans quelques esprits il y a un grand préjugé contre ce genre de preuve. Un miracle leur parait porter sa réfutation avec lui. La présomption contraire semble absolue. En ce point nous différons de nos ancêtres. Il fut un temps où l’on croyait tout; et plus une histoire était extraordinaire, jilus la crédulité l’acceptait

avec empressement. Avec les progrès de la science on a vu que la plupart des prodiges auxquels croyaient nos aïeux n’éf aient que les fictions de l’imagination, de la crainte ou de l’imposture. Les lumières de la science ont mis en fuite les revenants et les sorciers, qui furent autrefois des objets de terreur. Nous savons maintenant qu’un grand nombre de signes célestes, qui effrayment les nations , et qu’on regardait comme des précurseurs de la vengeance divine, n’étaient que des phénomènes naturels. Nous avons appris aussi qu’une imagination fortement excitée peut opérer des cures autrefois attribuées à la magie, et la leçon que nous donnent ces miracles apparents, c’est qu’on doit examiner les événements surnaturels avec une précaution particulière.

IVIais cette nouvelle lumière répandue sur la nature et sur l’histoire amène quelques personnes à repousser tous les miracles indistinctement. Il s’est trouvé tant de prodiges qui n’avaient pas de fondement, qu’on les condamne tous. Par une réaction naturelle, l’esprit humain a passé d’une crédulité extrême à l’excès de l’incrédulité. Il est même des gens assez hardis pour tourner en ridicule l’idée même d’un miracle. On déclare que l’ordre de la nature est quelque chose de fixe et d’immuable, et que toute suspension de cet ordre est incroyable. Ce préjugé, car c’en est un, mérite notre attention; tant qu’il ne sera pas détruit, les preuves des miracles chrétiens auront peu de poids. Examinons-le avec soin et impartialité.

' Le sceptique me dit que l’ordre de la nature est fixe. Je lui demande par qui ou par quoi il a été fixé? Par un destin de fer? Par une inflexible nécessité? Est-ce que la nature ne porte pas le cachet d’une cause intelligente?

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Est-ce que son ordre même n’implique pas un esprit qni Ta réglé et disposé? L’univers, plus on l’examine, ne rend-il pas témoignage à un Être qui lui est supérieur? L’ordre de la nature a donc été fixé par une volonté qui peut le changer. Il y a donc un pouvoir qui peut opérer des miracles. Les miracles ne sont donc pas incroyables?

On répondra que certainement Dieu peut faire des miracles, mais qu’il ne le veut pas. Il ne le veut pas? Et comment le sceptique le sait -il ? Dieu le lui a-t-il dit? Ce langage ne convient pas à un être de facultés aussi bornées que les nôtres ; et la présomption qui fait ainsi des lois pour le Créateur, et restreint son action à des modes particuliers, est aussi peu dans l’esprit de la vraie philosophie que dans celui de la religion.

Dans les miracles, le sceptique ne voit rien qui ne le choque. Pour moi, les miracles contiennent une vérité si grande, si vitale, que non-seulement je les accepte, mais que je reçois avec plaisir les preuves qui les attestent. Pour le sceptique, il n’y a pas de principe plus important que l’uniformité de la nature, la constance de ses lois. Pour moi , il y a une vérité bien plus haute à laquelle les miracles rendent témoignage, et c’est pourquoi j’aacepte avec bonheur leur secours. Ce que je désire surtout savoir, c’est que l’Esprit est la puissance suprême de l’univers; que la matière n’en est que l’instrument et l’esclave; qu’il y a une volonté à laquelle la nature ne peut opposer d’obstacle ; que Dieu n’est pas enchaîné par les lois de l’univers, et qu’il les règle comme il veut.

Cette souveraineté de l’Esprit divin est le seul fondement sur quoi repose notre espoir dans le triomphe de l’âme sur la matière, sur les influences physiques , sur l’imperfection et la mort. Or, il est clair que les

\ivos impressions que nous donnent les sens, en ce qui touche la matière, jointes ù notre expérience de la régularité (le la nature et à notre confiance instinctive dans sa constance, obscurcissent cette souveraineté de Dieu; elles nous poussent à attribuer une espèce d’omnipotence aux lois de la nature, et à borner nos espérances aux biens que ces lois nous promettent. Il y a dans le cœur humain un penchant à attacher l’idée de m'îcessité à la régularité d’une action qui ne change pas, et à imaginer des bornes à un être qui suit toujours la même route ou qui se répète continuellement. Voilà pourquoi je me réjouis des miracles. Us montrent et affirment la suprématie de l’Esprit dans Tunivers. Ils sont la manifestation d’un pouvoir spirituel, qui n’est point enchaîné par les lois de la matière. Je me réjouis de ces témoignages rendus à une si grande vérité. Je me réjouis de tout ce qui ptouve (lue cet ordre de la nature, qui si souvent pèse sur moi comme une chaîne, et qui ne contient pour moi aucune promesse de perfection , n’est pas un ordre suprême et immuable, et cjuc le Créateur n’est pas restreint aux modes d’action qui me sont familiers.

La forme ordinaire de l’objection qu’on fait aux miracles est celle - ci : « Il est dérogatoire à la sagesse de Dieu, dit le sceptique,' qu’il interrompe l’ordre de ses propres ouvrages. Il n’y a que l’ouvrier inhabile qui soit obligé de mettre la main à la machine pour en corriger les défauts, ou pour lui donner une nouvelle impulsion par une action immédiate. » A cette objection je réponds qu’elle procède d’idées fausses sur Dieu et sur la création. Dieu n’est pas un ouvrier, mais un père et un gouverneur; et la création n’est pas une machine. Autrement on pourrait soutenir avec apparence (juc les

miracles ne sont ni nécessaires ni utiles. Mais ce qu’il y a de plus frappant dans la création , c’est le contraste ou l’opposition des éléments dont elle sc compose. Ce qu’elle comprend, ce n’est pas seulement la matière, mais l’esprit, ce n’est pas seulement des masses inanimées et sans conscience, mais des êtres raisonnables, des agents libres ; et ces derniers forment la partie la plus noble et l’objet souverain de la création. C’est pour eux que l’univers matériel a été créé. Ce n’est pas pour lui-même que l’ordre du monde a été üxé ; il a été établi pour instruire et améliorer des êtres plus élevés , des intelligences, des enfants de Dieu; et, toutes les fois qu’un écart de cet ordre, c’est-à-dire, toutes les fois qu’une action miraculeuse peut contribuer au progrès et à la perfection des créatures intelligentes, cet écart est demandé par la sagesse et la bonté divines. Si l’Être suprême ne s’était proposé que ce que le mécanisme peut produire, sans doute il aurait fabriqué une machine si parfaite et si sûre qu’il n’eût Jamais fallu en suspendre les mouvements ordinaires. Mais Dieu s’est proposé un but plus noble. Le grand objet qu’il s’est proposé, c’est d’instruire, de délivrer du mal, de porter toujours en avant l’âme libre et raisonnable ; et qui donc, après avoir compris ce que c’est qu’un esprit libre, et quelle variété d’enseignement et d’éducation il lui faut, qui donc aura la hardiesse d’affirmer que, pour le développer, il n’y a pas besoin d’autres lumières ni d’autres secours que ceux qu’on trouve dans l’ordre invariable de la nature?

La plupart de ces difficultés disparaîtraient si nous considérions que la principale distinction des êtres intelligents, c’est la liberté morale, la faculté de se déterminer au mal comme au bien, et par conséquent le pouvoir

de se plonger dans de grandes misères. Lorsque Dieu créa l’homme, il ne flt pas une machine, mais un être libre qui devait s’élever ou tomber, suivant le bon usage ou l’abus qu’il ferait de ses facultés. Ce pouvoir, à la fois le plus glorieux et le plus effrayant qu’on puisse imaginer, nous montre comment l’espèce humaine peut se trouver dans un état où l’enseignement de la nature ne soit pas suffisant. En fait, plus on considère la liberté des êtres intelligents , plus on révoque en doute la possibilité d’établir un ordre immuable qui réponde à tous leurs besoins; car des êtres qui ont une sphère d’action aussi grande se trouvent dans mille conditions diverses, et, par conséquent, ils peuvent avoir besoin d’un secours qui n’est pas dans les ressources de la nature. L’histoire de l’humanité prouve ces vérités. A l’origine du christianisme, la famille humaine était plongée dans une erreur grossière et dégradante, et, depuis tant de siècles, la lumière de la nature ne l’avait pas ramenée à la vérité. La philosophie avait fait de son mieux, et elle avait échoué. Il senü)le que, pour le progrès de l’humanité, il y eut besoin d’un nouvel élément, d’une nouvelle puissance. Que dans cette nécessité un secours miraculeux ait été donné, cela s’accorde avec nos meilleures idées sur Dieu. Je le répète, si les hommes étaient des machines, l’ordre immuable de la nature pourrait répondre à tous leurs besoins. Mais ce sont des êtres libres qui tiennent à Dieu

par un lien moral, et, à ce titre, ils peuvent avoir besoin 4 ^ d’un soin plus varié et plus spécial que celui qui s’étend de la création., , ; ■

* Quand M’étudie la nature, je vois des raisons qui me Dieu n’en a pas fait l’unique moyen et de progrès pour le genre humain. Je

vois des raisons qui justiOent la suspension de son cours régulier, et qui demandent que la révélation se joigne à la nature pour aider au progrès de l’immanité.

Je ne puis présenter que quelques réflexions sur ce point, mais elles méritent une sérieuse attention.

La première, c’est qu’un ordre de la nature, un ordre fixe et invariable, ne nous donne pas de Dieu certaines idées qui sont d’un grand intérêt et d’une grande importance, ou du moins il ne les donne pas avec la clarté que nous désirons tous. Cet ordre révèle Dieu comme le souverain universel qui pourvoit au Lien général, mais il ne nous le présente pas assez comme un tendre père qui s’intéresse à l’individu. Dans cette fixité je vois le soin que Dieu prend des hommes, mais je n’y vois pas l’intérêt constant, infini qu’il me porte. La nature parle d’une divinité générale, mais non pas de l’ami et du bienfaiteur de chaque âme vivante. C’est là un défaut nécessaire qui tient à une administration inficxilile agissant par des lois générales; aussi semble-t-il que, pour faire avancer l’humanité. Dieu doive se révéler autrement que par des lois générales. Pour le progrès de l’humanité, il n’y a rien de meilleur que de croire que Dieu prend un intérêt paternel à chacun de nous; et comment ferait-il naître cette persuasion d’une manière plus elficace qu’en suspendant l’ordre de la nature , pour nous enseigner son amour paternel par un messager inspiré?

Ma seconde remarque c’est que, fout en donnant d’importantes leçons, la nature ne les donne pas de façon directe et pressante. Les vérités qu’elle enseigne ne res- — sortent pas, et, par conséquent, on peut les négliger, ' ' et échapper à leur influence. Par exemple, la nature annonce un seul Dieu, mais elle ne force pas notre

attentiüu sur ce poiat. Le nom de Dieu u’esl pas écrit sur le firmament eu lettres de lumière que toutes les nations puissent lire; il n’est pas répété avec une voix profonde et terrible comme celle du tonnerre, de façon il ce que tous l’entendent. La nature est une maîtresse douce et timide, qui demande au disciple patience et réflexion, et, par conséquent, on peut ne pas l’écouter. On peut aisément fermer ses oreilles et endurcir son cœur au témoignage qu’elle rend à Dieu. Aussi voyonsnous qu’il la venue du Christ presque tous les peuples avaient perdu la connaissance de la véritable gloire du Créateur, et s’étaient abandonnés à de grossières superstitions. L’enseignement indirect et peu imposant de la nature n’est pas fait pour une pareille condition du monde, et cela justifie un enseignement pilus immédiat et plus frappant . Dans ces ténèbres morales , n’était-il ptas digne de Dieu de faire luire un rayon plus vif? Lorsque le langage répété et presque monotone de la création n’était pas entendu, était-il indigne de Dieu de j^arler avec une voix nouvelle et plus sonore? Pour réveiller ceux que ne pouvait instruire la régularité paisible de la nature, quelle méthode valait mieux que d’en interrompre le cours ordinaire?

Une autre raison nous dit encôre pourquoi la révélation devait se joindre aux lumières de la nature. La nature, ai-je dit, ne donne passes leçons d’une manière directe ni pressante ; on peut se tenir hors de la portée de sa voix. J’ajoute iiu’il y a un point que nous avons grand intérêt à connaître, et qui, cependant, est enseigné si obscurément par la nature qu’on ne peut parvenir à une conviction complète.

Quelle est la question qui nous louche le plus? C’est

celle-ci : De\oiis-uous revivre, ou cette vie est -elle tout? Le principe de la pensée périt-il avec le corps, ou lui survit -il? Et, s’il survit, où survit -il? comment? clans quelle condition? sous quelle loi? Il y a une voix intérieure qui parle d’un jugement à venir. Ce jugement viendra-t-il, et, s’il en est ainsi, que devons nous craindre ou espérer? L’état futur de l’homme, c’est la grande question que ramènent sans cesse les vicissitudes de la vie et l’approche de la mort. Je né dis pas que la nature ne jette aucune lumière sur ce point. Je crois, au contraire, que celte lumière devient de plus en plus brillante pour ceux dont la révélation a éclairci et fortifié la vue. Mais la nature seule ne répond pas à nos besoins. Je pourrais le prouver en vous renvoyant aux temps qui précédèrent le Christ , lorsque l’inquiétude humaine cherchait sans cesse à pénétrer l’obscurité qui règne au delà du tombeau, lorsque l’imagination et la philosophie plongeaient également dans l’avenir, mais sans y trouver une place où se reposer. Qui ne sent qu’avec la nature seule pour guide, on s’égare dans le doute? D’où saurai -je ma destinée sinon de Dieu lui-méme? Je demande à la tombe ce que font ceux qui sont partis, et la tombe ne répond pas. J’interroge la nature, mais je ne vois pas comment peut se rétablir le corps tombé en poussière, et je ne trouve nulle trace de l’ascension de l’àme vers une autre sphère. Je sens le besoin d’un pouvoir supérieur à la nature pour rendre ou perpétuer la vie après la mort; et si Dieu a voulu nous donner l’assurance de cette vie, je ne vois pas comment il pouvait le faire sinon par un enseignement surnaturel, une révélation. Des miracles sont le vrai et peut-être le Seul moven de placer au-dessus du doute

l’immortalité de l’homme; et l’on ne peut concevoir de miracles mieux calculés pour cet effet que ceux mêmes qui tiennent la première place dans le Christianisme, je veux dire la résurrection de Lazare, et plus encore la résurrection de Jésus. Personne ne niera que, de toutes les vérités, la plus encourageante pour la vertu et la plus consolante pour l’humanité, c’est la certitude de la vie à venir. Est-il donc au-dessous de Dieu d’employer des miracles pour éveiller cette espérance ou pour la confinner? Ne doit-on pas même s’y attendre, alors que la nature ne répand qu’une faible lumière sur la plus intéressante de toutes les vérités?

J’ajoute une dernière considération pour montrer que la nature n’a pas été le seul moyen par quoi Dieu se soit proposé d’instruire les hommes. En examinant l’esprit humain , nous y découvrons un principe qui le dispose singulièrement à tirer proGt des miracles et à en recevoir l’action; un principe qui nous porte à compter sur une pareille intervention. Je veux parler de ce principe de- notre nature qui nous rend insensibles et indifférents à ce qui nous est familier, tandis que ce qui est singulier, étrange, surnaturel, excite en nous une attention et un intérêt profonds. Cet étonnement est une part de notre constitution. Que Dieu l’emploie dans l’œuvre de notre éducation, c’est chose à quoi la raison peut s’attendre. Je vois donc dans notre intelligence un fondement pour les miracles; et lorsque je considère que l’intelligence est le plus noble ouvrage de Dieu, je dois la regarder comme l’interprète de ses desseins. 11 est clair que nous sommes constitués de telle façon que plus l’ordre de la nature est fixe, et moins il nous excite. Notre intérêt est émoussé par cette constante uniformité; au contraire, de brusques

changements agissent fortement sur l’ème, la tirent de son sommeil et de ses habitudes, la tournent avec une • nouvelle sollicitude vers le Tout-Puissant médiateur, et la préparent à recevoir avec respect les communications de sa volonté. Etait-il indigne de Dieu, qui nous donna le goût du merveilleux, d’en appeler à ce sentiment pour ramener à lui ses créatures?

Je termine ici mes remarques sur la grande objection du scepticisme, que les miracles sont incompatibles avec les perfections divines; que l’Être suprême, ayant établi un ordre régulier, on ne peut admettre qu’il s’en écarte. Pour moi, ce raisonnement n’est d’aucun poids. Je vois le rapport paternel et moral de Dieu avec l’humanité, et l’intérêt que Dieu prend à nos progrès; je vois combien il est conforme au caractère de Dieu de se faire connaître aux hommes par les moyens les plus propres à éveiller le sentiment de sa bonté dans notre esprit et dans notre cœur; je sens le besoin que nous avons de lumières plus claires et plus complètes que celles que nous fournit la création sur la vie future; et lorsque je considère la constitution et la condition de l’homme, sa liberté, et la corruption où il était tombé ; lorsque je sens combien peu de proflt un être si dépravé eût pu tirer d’un ordre de la nature qui lui était devenu familier, et combien l’esprit est fait pour être excité par une intervention miraculeuse; je dis que lorsque j’examine toutes ces choses, j’y vois un fondement naturel pour une lumière et un secours surnaturels, et je vois dans la révélation miraculeuse du Christianisme une mesure qui répond à la constitution et aux besoins de l’âme humaine, ainsi qu’aux perfections de son Créateur.

Il y a d’autres objections aux miracles, qui pour être

moins avouées n’en ont pas moins d’influence, et qui agissent quehiuefois sur l’esprit si secrètement qu’elles ne sont pas aperçues. J ’examine rapidement deux de ces objections.

Bien des gens doutent des miracles parce qu’ils n’en voient pas maintenant. Si leur scepticisme parlait, il (lirait : « Montrez-nous des miracles et nous y croirons. Ils nous sont suspects parce (ji^’il n’y en a que (lans le passé.» Cette objection est puérile. Elle aboutit à ce principe qu’il n’y a de croyable dans le passé que ce qui se ivpèlc aujourd’hui. Admettez cela, où s’arrêtera l'incrédulité? Combien de formes et d’institutions sociales dont nous parle l’instoirc et (pii ont disparu! L’histoire ne méritet-elle donc aucun respect? Si l’humanité restait immobile, si un siècle n’était que la copie des siècles précédents, si les besoins étaient toujours les mêmes, alors les miracles nécessaires à une époque se seraient reproduits dans toutes. Mais qui ne sait qu’il y a un progrès dans les choses humaines? qu’ autrefois l’humanité était dans une condition différente de celle que nous traversons aujourd’hui? que, par conséquent, son éducation doit varier? et que des miracles, jadis importants, peuvent être à présent superflus? Enchaînerons - nous le Créateur à des modes invariables d’éducation pour une race dont les facultés et les besoins subissent un changement perpétuel? Parce qu’à une époque de ténèbres Dieu a introduit une nouvelle religion au moyen d’œuvres surnaturelles, nous attendrons-nous à voir répéter ces mêmes œuvres lorsque les ténèbres sont dissipées et que le but a été atteint? Qui ne voit que les miracles, d’après leur nature même, doivent être rares, accidentels, limités? La multiplicité n’en affaiblirait -elle pas la

puissance? et l’efïet n’en serait-il pas entièrement détruit s’ils étaient multipliés au point de sembler une partie de l’ordre naturel?

Cette objection nous montre le vrai caractère du scepticisme, Le scepticisme est une étroitesse d’esprit, qui, du moment présent fait la mesure du passé et de l’avenir. C’est la création des sens. Au milieu d’un univers sans bornes, il ne peut concevoir d’autre mode d’action que celui qui tombe sous l’observation immédiate. Ce qui est visible, ce qui est présent est tout pour l’incrédule. Qu’il élève ses vues; qu’il porte ses regards sur l’immensité de l’univers qui l’entoure; qu’il considère l’infini de ressources que comprend la toute-puissance ; qu’il se représente les degrés divers par où l’bumanité doit passer; qu’il se rappelle que l’éducation d’un esprit qui grandit toujours doit exiger une grande variété d’enseignement, et, surtout, qu’il admette une pensée sublime dont le germe se'trouve dans la nature, c’est que l’homme a été créé pour une existence plus haute : que le sceptique fasse cela , et alors il sentira combien il est puéril de faire de son expérience rétrécie la mesure des choses passées et à venir.

Il est étrange que des savants tombent dans cette erreur. Le progrès de la science leur montre que notre globe, qui semble si peu sujet au changement, n’est pas ce qu’il était il y a quelques milliers d’années. En creusant la terre, on trouve la preuve que ce globe était habité avant l’homme, par des races d’animaux qui ont péri, que l’océan était peuplé par des espèces maintenant inconnues, et que nous occupons un monde établi sur des ruines. Les savants devraient s’affranchir de cet esprit étroit et vulgaire qui, dans le passé, ne voit que le

présent, et ils devraient aussi reconnaitre la variété infinie et étonnante des dispensations de Dieu.

II y a une autre objection qu’on oppose aux miracles, la dernière à examiner en ce moment ; elle est tirée du fait bien connu que les pages de l’iiistoire ancienne sont remplies de prétendus miracles. 11 n’y a pas eu, dit-on, de mensonges plus communs que les récits de prodiges, et , par conséquent , le caractère miraculeux du christianisme est une présomption contre la vérité. Cet argument a de la v aleur, et j’avoue que si je ne savais rien du christianisme, sinon que ce fut une religion pleine de miracles; si je ne savais rien de ses doctrines, de ses fins, de ses influences, de toute son histoire, je douterais comme l’incrédule. Il y a une forte présomption contre les miracles, quand on les considère seuls, ou abstraction faite de leur objet et de toutes les circonstances qui les expliquent et les appuient. 11 y a une semblable présomption contre les événements qui , sans être mjraculeux, ont un caractère extraordinaire. Mais ce n’est là qu’une raison pour examiner de plus près et pour ne croire que des preuves fortes et multipliées, ce n’est pas une raison pour tout rejeter. Je ne blâme pas celui qui doute des miracles quand il en entend parler pour la première fois. L’ignorance et le fanatisme ont inventé des milliers de prodiges absurdes , et l’imposture en a créé bien davantage. Je vous engage donc à étudier avec soin les miracles du Christianisme; et s’ils portent la marque des légendes superstitieuses et des fausses religions, traitez-les sans ménagement. Je demande seulement que vous en écoutiez le récit sans prévention et que vous les examiniez avec calme. •

Il est clair que ce n’est pas une raison suffisante pour

rejeter tous les miracles que de dire qu’on en a cru beaucoup qui étaient faux. Si vous remontez aux temps où les histoires miraculeuses étaient acceptées avec le plus de facilité , et si vous lisez les livres qu’on écrivait alors sur l’histoire, la géographie et les sciences, vous les trouverez tous remplis d’erreurs; mais, pour cela, ne contiennent-ils rien qui soit digne de foi? Est-ce qu’il n’y a pas une veine de vérité au milieu de cet amas de faussetés? Et un esprit pénétrant ne peut-il pas souvent détacher la réalité de la fiction, expliquer l’origine de plus d’une méprise , distinguer le narrateur sincère et judicieux du narrateur crédule ou intéressé, et, en comparant les témoignages, découvrir la vérité cachée? Où s’arrêter si l’on commence par ne rien croire des points sur lesquels se sont tromjiés les siècles qui nous ont précédés? Il faut déclarer que toute religion et toute morale sont une illusion, car on a grossièrement erré sur ces deux sujets. Rien n’est moins digne d’un philosophe que d’établir une censure universelle sur un petit nombre de faits déplorables. C’est ressembler au misanthrope, qui, parce qu’il voit beaucoup de vices, en conclut qu’il n’y a pas de vertu, et qui, parce qu’il a été quelquefois trompé, déclare que tous les hommes sont des hypocrites.

Je soutiens que la multiplicité des faux miracles, loin de' réfuter ceux sur lesquels s’appuie le Christianisme, vient, au contraire, les confirmer; car, d’abord, la fausseté a d’ordinaire quelque fondement, surtout lorsqu’elle obtient une croyance générale. L’amour de la vérité est un principe essentiel de la nature humaine ; en général, on accepte l’erreur parce que quelque vérité précieuse s’y trouve mêlée, et qu’on ne sait pas l’en séparer. La croyance universelle que les siècles passés accordaient

aux interventions «liraculeuses, est pour moi une présomption qu’il y a eu des miracles. Le sceptique dira-t-il que cela ne montre que la soif insatiable de l’esprit humain pour le surnaturel? Je réponds que ce raisonnement donne une arme contre lui, car un principe qui est aussi fort dans l’âme humaine, et qui pousse les hommes à chercher une intervention miraculeuse et à s’y attacher, est une présomption que notre Créateur, en nous donnant ce goût pour le surnaturel , avait l’intention de l’occuper, et de lui assigner une place dans l’éducation de l’humanité.

Observons ensuite, et c’est une observation qui a une grande importance, que les miracles des anciens temps, miracles qn’on méprise, non-seulement fournissent une présomption en faveur de miracles vrais , mais sont une forte preuve de la vérité de ceux sur lesquels repose le Christianisme. Je réponds au sceptique : Vous dites vrai en déclarant que l’histoire est remplie de faux miracles ; je suis d’accord avec vous pour rejeter ces événements surnaturels dont les anciennes religions se font gloire. Mais comment savons-nous qu’ils sont faux? Ce n’est pas sans preuves. Nous y découvrons des marques de tromperie. Or, je vous prie d’examiner ces marques, et de me répondre franchement si vous les trouvez dans les miracles du Christianisme. N’y a-t-il pas un abîme entre les œuvres du Christ et celles que nous repoussons d’un commun accord? Je maintiens que cette différence existe, et que l’ignorance seule peut confondre les miracles chrétiens avec les prodiges du paganisme. Le contraste est si fort que nous ne pouvons les rapporter à une commune origine.

Les miracles de la superstition portent le cachet du

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mensonge, el sont réfutés par les circonstances au milieu desquelles ils furent imposés à la multitude. Les causes quVjn leur donne n’exigent ni ne justifient une intervention divine. Il y en a d’absurdes, de puérils, d’extravagants, qui trahissent une intelligence faible ou une imagination malade. Il y en a qui s’expliquent par des causes naturelles. Il y en a qui sont attestés par des personnes qui vécurent dans d’autres pays et à d’autres époques, et ne purent avoir occasion de rechercher la vérité. Il en est dont nous pouvons voir l’origine dans l’intérêt personnel de ceux qui les inventèrent, et nous pouvons en expliquer l’acceptation par la condition du monde. En d’autres termes, ces faux miracles furent le résultat naturel de l’ignorance, des passions, des préjugés et de la corruption du temps, et ne tendaient qu’à fortifier ces vices. Or, ce n’est pas assez de dire que ces différentes marques de fausseté, on ne peut pas les trouver dans les miracles du Christianisme. Nous y voyons des caractères tout opposés. Ces miracles ont été faits à une époque de lumières ; ils portent la marque d’une majesté, d’une bienfaisance, d’une simplicité et d’une sagesse qui les séparent des rêves d’une imagination déréglée ou des inventions de l’imposture. On ne les explique ni par des intérêts, ni par des passions , ni par des préjugés. Ils forment partie d’une religion qui était en contradiction avec les idées et les espérances de l’époque, qui respire la pureté et la bienveillance, qui était supérieure au siècle, et, par conséquent, portait avec elle la présomption d’une origine divine. D’où vient cet abîme entre les deux classes de miracles? Les attribuerez-vous toutes deux à une seule source, et à une source impure? Attribuerez-vous à un seul esprit des œuvres aussi diffé-

rentes que la lumière et les ténèbres , le ciel et la terre ? Ma foi n’est donc pas ébranlée par les faux miracles des autres religions. Je ne désire nullement' les laisser dans l’ombre; je les prends à témoin. Ils me montrent comment l’imposture et la superstition laissent leur empreinte sur leurs fictions. Ils montrent comment l’homme trahit son impuissance et sa folie quand il aspire à contrefaire Faction de Dieu. Lorsque je mets en regard les œuvres de Jésus et les prodiges du paganisme, je vois qu’on ne peut pas plus les comparer qu’on ne peut comparer les machines et le tonnerre d’un théâtre aux forces terribles et bienfaisantes de l’univers.

Dans ces remarques, j’ai voulu surtout répondre à ces objections générales qui préviennent souvent contre les interventions surnaturelles, et qui empêchent d’examiner les preuves dont on les appuie. J’ai prouvé que ce scepticisme peu solide n’est fondé ni sur la nature ni sur la raison; montrons maintenant comment les miracles attribués à Jésus et aux premiers apôtres ont été faits pour attester la vérité du Christianisme.

Pour les faits il y a deux espèces de preuves : les présomptions et les preuves directes, toutes deux appuient les miracles du Christianisme. D’abord, il y a de fortes présomptions en sa faveur. A ce genre de preuves appartient ce que nous avons dit sur l’accord de la révélation et des miracles avec les besoins et les principes de la nature humaine, avec les perfections de Dieu, avec son amour pour les créatures, et avec sa providence ordinaire. Je n’ai pas besoin de ma répéter. Je ferai seulement remarquer que l’importance de notre religion fournit une grande présomption en faveur des miracles. Si l’on me parlait de faits surnaturels accomplis pour

prouver que trois sont plus qu’un, ou que la nourriture est nécessaire à la vie de l’homme, la présomption contre ces prétendus miracles serait irrésistible. L’auteur de la nature ne peut pas en interrompre l’ordre sage et merveilleux pour enseigner ce qui tombe sous l’intelligence d’un enfant. Une intervention extraordinaire suppose qu’il s’agit de vérités extraordinaires par leur grandeur et par leur utilité. Or, dans le Christianisme, je trouve des vérités d’un ordre transcendant, devant lesquelles pâlissent toutes les découvertes de la science, et qui donnent à notre existence un nouveau caractère, un nouveau but et un nouvel intérêt. Voilà une raison fondée pour une intervention surnaturelle. Il existe une présomption en faveur des miracles sur lesquels s’appuie une religion si digne de Dieu.

Mais une présomption en faveur des faits ne suffit pas. Elle ajoute, il est vrai, beaucoup de force aux preuves directes; mais, néanmoins, ces dernières sont nécessaires, et le Christianisme n’en manque pas. Les preuves directes des faits sont de deux espèces : elles consistent dans le témoignage oral ou écrit, et dans les effets, les traces et les monuments que ces faits ont laissés derrière eux. Ces deux espèces de preuves appuient les miracles du Christianisme.

Nous avons d’abord le moins contestable de tous les témoignages, celui des contemporains et des témoins oculaires, celui des compagnons de Jésus et des premiers propagateurs de sa religion . Nous avons le témoignage d’hommes qui n’ont pas pu être trompés sur les faits qu’ils rapportent, qui les ont attestés au milieu des dangers et des persécutions ; qui les ont attestés sur le lieu même où avait vécu et où était mort leur maître ;

qui n’avaient rien à gagner et qui avaient tout à perdre si leur témoignage était faux ; ces hommes dont les écrits respirent l’amour le plus vrai de la vertu et de l’humanité, ont fini par sceller de leur sang leurs attestations. On ne peut ni produire ni imaginer de témoins plus irrécusables.

Dira-t-on : « 11 y a des siècles que ces témoins ont vécu; si nous pouvions entendre ces récits de leur bouche, nous serions convaincus? » A cela je réponds que vous avez (luelque chose de mieux que leur parole, vous avez leurs écrits. Il est possible que vous soyez surpris d’entendre dire qu’un livre peut être un meilleur témoin que son auteur; il n’y a rien cependant de plus vrai, et je le démontrerai par une supposition de notre temps.

Supposons (|u’un homme, qui se prétend témoin oculaire, me raconte les événements des trois mémorables journées 'de Juillet, pendant lesquelles s’accomplit la dernière révolution française ; supposons ensuite qu’un livre, une histoire de cette révolution , publiée et reconnue comme vraie en France, me fût envoyée de ce pays. Où sera la meilleure preuve des faits? Je dis qu’elle sera dans le livre. Un seul témoin peut en imposer; mais qu’un auteur publie en France l’histoire d’une nouvelle révolution qui n’y a pas eu lieu, ou qu’il s’éloigne essentiellement de la vérité, c’est chose improbable au plus haut point; et il est impossible qu’une pareille histoire ne soit pas à l’instant signalée comme un mensonge. Une histoire qu’un peuple reçoit comme vraie ne nous donne pas seulement le témoignage de l’auteur, il y joint celui de la nation chez qui cette histoire obtient crédit. C’est la concentration de milliers de voix , de milliers de témoins. Je dis donc que les écrits des [»re-

miers apiMres ayant tHé reçus jiar la niasse <!es clnvliens (le leur temps et des temps (jui suMrent immédiatement, sont le témoignage de cette foule aussi bien (jue celui des apôtres. Des milliers d’individus, contemporains des événements, s’unissent pour attester les miracles du

Christianisme.

Mais il y a une autre espèce de preuves , (piekiuefois plus puissante (iiie les témoins directs, et cette esiièce appartient au CJiristianisme. Les faits sont souvent mis hors de doute par les traces qu’ils laissent après eux. C’est le cas pour les miracles du Christ. Expliquons ce genre de preuves. Pendant que je suis absent et éloigné de votre cité, on me raconte qu’à un certain jour, une marée telle qu’on n’en avait jamais vue a monté dans votre port, a inondé vos (juais et s’est précipitée dans vos rues; je doute du fait; mais, à mon arrivée, je vois ce qui autrefois fut des rues couvert d’herbes marines et de coquillages, et les maisons écroulées ; je cesse de douter, ün témoin peut tromper, mais les choses ne peuvent mentir. Tous les grands événements lais.sent des effets, et ces effets parlent directement de leur cause. Quelles sont, demanderai-je, les preuves de la révolution américaine? IN’avons-nous que des témoignages oraux ou écrits? Notre constitution, notre état social, l’esprit et le langage de nos lois, tout atteste notre origine anglaise, et la lutte victorieuse par laquelle nous avons conquis notre indépendance. Les miracles du Christianisme ont laissé des effets qui en attestent également l’existence, et qu’on ne saurait expliquer sans eux.

Je remonte à Jésus- Christ, et, aussitôt, j’admire le commencement et la rapidité de la révolution la plus remarquable dont fassent mention les annales du monde.

Je vois une nouvelle religion qui a un caractère tout à elle, qui n’a de ressemblance avec aucune autre, se propager en quelques années chez toutes les nations civilisées, et commencer une nouvelle ère, un nouvel état social, une révolution dans l’esprit humain qui distingue tous les siècles suivants. Voici un fait évident que le sceptique ne saurait contester, de quelque façon’ qu’il l’éxplique. Cette religion sort du sein d’un peuple ob^ur, méprisé, détesté. Son fondateur est mort sur la rffgji supplice aussi ignominieux que le sont aujourd’hui lori ou la potence. Les prédicateurs de cette religion de pauvres gens qui n’ont ni rang, ni fonctions, ni éducation , qu’on a pris à leur bateau ou à d’autres métiers qui n’ont jamais fourni d’instituteurs à l’humanité! Ces hommes se mettent à l’œuvre à l’endroit même où le sang de leur maître a été répandu comme celui d’un malfaiteur vulgaire; et je les entends qui appellent d’abord ses meurtriers , et puis toutes les nations et tous tes hommes , le souverain sur son trône, le prêtre dans son temple, les grands et les savants, aussi bien que les pavres et les ignorants, à renoncer à la foi et au culte que la vénération de tous les siècles avait consacrés , et à prendre le Joug du Crucifié. La passion et le préjugé, le glaive du magistrat, la malédiction du prêtre, le dédain du philosophe, la furie de la populace, tout s’unit pour écraser l’ennemi commun; et, cependant, sans une seule des armes dont se servent les hommes , et malgré tous les pouvoirs humains, je vois les humbles apôtres de Jésus gagner du terrain, vaincre le préjugé, disperser les rangs de leurs adversaires, changer leurs ennemis en amis, . inspirer à la foule l’esprit calme du martyre, et porter jusqu’aux homes de la civilisation, et même dans les

contrées barbares , une religion qui a contribué plus que tout le reste au progrès de la société I Voilà l’effet. Voilà un monument plus durable que des colonnes ou des arcs de triomphe. Je demande qu’on m’explique ces effets. Si Jésus-Christ et ses apôtres ont été vraiment les envoyés lie Dieu, s’ils ont fait des miracles pour attester leur mission, l’établissement du Christianisme est expliqué. Mais supposons qu’ils aient été des fanatiques insensés ou des imposteurs égoïstes, placés seuls en face de toute la force de l’opposition humaine, n’ayant pour eux que leur puissance ou plutôt leur faiblesse, l’effet étonnant que j’ai décrit n’a plus de cause. De pareils hommes n’auraient pas pu renouveler la face du monde, pas plus qu’ils n’auraient pu faire remonter les fleuves vers leur source, changer les montagnes en vallées, ou élever les vallées jusqu’aux deux. Le Christianisme n’a donc pas seulement pour lui des témoins dont les paroles sont irrécusables, il a encore le témoignage des faits; preuve qui prendra une force nouvelle si on le compare aux autres religions, telles que le mahométisme, qui, sorties des passions humaines, ont dû leur succès à la force.

IV. Après avoir exposé mes idées sur les miracles du Christianisme, j’aborde le dernier point de ce discours. Son étendue et son importance m’engageront à le traiter plus tard dans un autre discours ; mais il manquerait quelque chose à une discussion sur les preuves du Christianisme s’il ne trouvait pas ici sa place. Je veux parler de la preuve du Christianisme tirée du caractère de son fondateur.

Le caractère de Jésus fut unique. Il ouvre une ère nouvelle dans l’histoire morale de l’humanité . Sa vertu ne fut pas celle de son époque , ni une copie de cette

graiuleuf qui avait lougle.nips absorbé l’admiration du inonde. Jésus n’était point comme les autres hommes. Il n’empruntait rien à personne et ne s’appuyait sur personne. Entouré d’hommes à pensées basses, il s’éleva jusqu’à la conception d’une vertu plus noble que celle qu’on avait jamais imaginée, et cette idée il se consacra tout entier à la répandre ; ce fut l’objet souverain de sa vie et de sa mort. Avec la conscience qu’il était né pour ce grand œuvre, il parlait avec une dignité calme, une élévation vraie, qui le distinguèrent de tous les autres prédicateurs. Sans appui, il ne chancela jamais ; il se suffît à lui -même; il refusa de s’allier à la richesse ou au pouvoir. Cependant, avec cette existence toute tirée de lui- même, et cette énergie inébranlable, son caractère fut le plus doux, le plus indulgent, le plus séduisant qu’aient jamais mi les hommes. Ce n’est pas là une fiction ; qui donc aurait imaginé cette vie, ces actions, ces paroles, ces manières si naturelles et si peu étudiées, si vraies, si dignes du Fils de Dieu?

Ce qui distingue Jésus, c’est une charité infinie et sans mélange; une charité où la grandeur s’unit de -façoh admirable à la douceur; une charité aussi sage qu’elle était ardente, qui comprenait les vrais besoins et le vrai bien de l’homme, qui avait de la compassion pour les souffrances qui nous viennent du dehors, mais qui voyait dans l’âme la source profonde de nos malheurs, et travaillait, en régénérant cette âme, à lui créer un bonheur pur et durable. La bonté de Jésus était tellement particulière, tellement unique, que le monde en a gardé l’empreinte. De lui sont sorties une vertu, une influence bienfaisante qui agissent encore aujourd’hui. Depuis la mort du Christ, un esprit d’humanité, jiisqu’a-

lors inconnu, s’est insonsiLleinont répandu sur la terre. Un nouveau type de vertu s’est, par degrés, emparé du respect des hommes. Une nouvelle force a agi sur la société, et elle a plus fait que tout le reste pour désarmer les passions égoïstes, et pour unir fortement l’homme à Dieu. Quelle preuve de la vertu de Jésus 1 Si le Christanisme a eu un pareil fondateur, il est venu du ciel.

Il y a d’autres preuves remarquables de la puis.sance et de l’élévation morale du Christ. Son caractère a louché et lui a concilié plus d’un adversaire de sa religion. L’incrédulité, tout en portant sans merci la main sur le système, en a épargné l’auteur. Souvent même les incrédules ont rendu témoignage aux célestes et douces vertus de Jésus; et je me plais à le rappeler, non-seulement comme une chose qui fait honneur au Christianisme, mais parce que cela prouve c[ue l'incrédulité ne dessèche pas toujours le sentiment moral, et ne respire pas toujours la haine du bien. Ce n’est pas tout. Le caractère du Christ a résisté au plus mortel et au plus irrésistible ennemi de l’erreur, je veux dire au temps. Il n’a rien perdu de son élévation par le progrès des siècles. Depuis son apparition, la société a marché, les idées de l’homme ont grandi, et la philosophie s’est élevée à la conception de vertus plus pures que celles dont se gloriOait l’antiquité. Mais, quelque progrès qu’ait fait l’esprit humain, il faut encore qu’il porte ses regards en haut s’il veut voir et comprendre le Christ. Le Christ est encore audessus de lui. Rien de plus pur, de plus nohle, n’éclaire encore la pensée de l’homme. Le Christianisme est donc vrai. Le portrait de Jésus dans les Évangiles, si vivant, si beau, si grand, a demandé l’existence d’un original. Supposer que ce caractère fut inventé par des hommes

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sans principes, au milieu des ténèbres du Judaïsme et du Paganisme, et fut ensuite imposé comme une vérité à l’époque même du fondateur du Christianisme, cela indique un excès de crédulité et une étrange ignorance de la nature humaine. Le caractère de Jésus est vrai ; Jésus a dû être ce qu’il déclarait être, le Fils de Dieu, celui qui révélait à l’humanité la miséricorde et la volonté divines.

J’ai terminé ce que je m’étais proposé dans ce discours. Je vous ai présenté quelques-unes des preuves principales du Christianisme. J’ai cherché à les exposer sans exagération. Qu’un esprit sincère, qui les comprend à fond , puisse en nier la force, cela ne me semble pas possible. On peut certainement concevoir des preuves plus fortes, mais il est douteux, que ces preuves s’accordent avec notre nature morale, et avec le gouvernement moral de Dieu. Ce gouvernement exige que la vérité ne soit pas imposée à l’esprit, mais que nous restions libres d’y atteindre par le droit usage de notre intelligence, et en nous conformant à ce que nous avons déjà appris. Dieu pourrait certainement nous jeter une lumière irrésistible, de manière à ce qu’il nous fût impdlsiblede nous égarer; mais, en agissant ainsi, il anéantirait une grande partie de l’épreuve à laquelle nous sommes maintenant soumis. Ce n’est donc pas une objection contre le Christianisme que de dire que scs preuves ne sont pas les plus fortes possibles , et qu’elles ne commandent pas un assentiment universel. Sous ce rapport, il ressemble aux autres véritésj elles ne sont pas imposées à notre croyance. Qui le veut, peut fermer les yeux, lorsqu’on lui en présente les preuves, et leur opposer des objections. Dans la mesure des preuves dont le Christianisme est accompagné, je vois un juste respect pour

la liberté de l’esprit, et un rapport plein de sagesse avec notre nature morale, que cette religion se propose avant tout de perfectionner.

Je finis comme j’ai commencé. Je ne rougis pas de l’Évangile du Christ; car il est vrai. Il est vrai, et sa vérité brillera d’un éclat de plus en plus grand. C’est une chose dont je ne doute pas. Je sais que notre religion a été mise en doute même par des hommes intelligents et vertueux; mais ma foi dans sa divine origine et dans son triomphe final n’en est pas ébranlée. De pareils hommes en ont douté parce qu’ils n’en ont vu que les corruptions. Quand sa simplicité primitive lui sera rendue, ces doutes s’évanouiront. Je ne crains rien de l’incrédulité; surtout de cette forme d’incrédulité, que quelques individus s’efforcent en ce moment de répandre dans notre pays ; je veux parler de cette incrédulité insensée, audacieuse, qui cherche à éteindre la lumière de la nature aussi bien que celle de la révélation, et à nous laisser, non-seulement sans Christ, mais sans Dieu, Je ne redoute pas plus cette incrédulité que je ne craindrais les efforts qu’on ferait pour arracher le soleil de sa sphère, ou pour prendre d’assaut les deux avec l’artillerie de la terre. Nous avons été faits pour la religion; et, à moins que les ennemis de notre foi ne changent notre nature, le fondement de la religion est inébranlable. L’âme humaine a été créée pour voir plus loin que la terre. Elle a besoin d’un Dieu pour son amour et sa foi, d’une immortalité pour son espérance. Elle a besoin de consolations que la philosophie ne donne pas dans la tentation, dans la douleur et dans la mort; elle a besoin d’une force que la sagesse humaine ne peut fournir. Sachant, comme je le sais, que

le Christianisme répond à ces profonds besoins de l’humanité; je suis sans crainte sur son triomphe. Les hommes ne peuvent vivre longtemps sans religion. En France l’esprit sceptique de la génération passée excite de plus en plus un sentiment de répugnance. Dans ce pays un philosophe rougirait aujourd’hui de citer Voltaire comme une autorité en matière de religion. Déjà l’athéisme se tait là où jadis il semblait régner en maître. Les plus grands esprits, en France, s’efforcent de revenir à la lumière de la vérité. Il en est, il est vrai, beaucoup qu’on ne peut pas encore appeler des chrétiens ; mais la route qu’ils suivent, comme celte des sages ^qui vinrent jadis de l’Orient guidés par l’étoile, les conduit au Christ. Je ne rougis pas de l’Évangile du Christ. Il a une vie immortelle et se fortifiera par la violence même de ses ennemis. Il répond à tous les besoins de l’humanité.. Les plus grands esprits y ont trouvé la lumière; les âmes les plus affligées, les plus brisées, y ont trouvé un baume salutaire pour leurs douleurs. Il a inspiré les plus sublimes vertus et les plus nobles espérances. Les corruptions d'une pareille religion , je les déplore, et je rougirais de m’en faire le défenseur; mais de l’Évangile lui-mêmp je ne rougirai jamais.

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