CHAPITRE XIII
maigre tout le respect qu'on lui doit , c'est au caprice de cette dame elle-même. Peusez donc en homme , en soldat. Supposez que tous ou moi y Toulant éprouTcr la fidélité de nos sentinelles, ou pour toute autre raison , bonne ou mauvaise, nous essayions de pénétrer dans ce dangereux ch&teau de Douglas , sans donner te mot d'ordre aux gardes : aurions-nous le droit de blâmer les soldats de faction si , ne nous reconnaissant pas , ils nous refusaient bravement rentrée , nous faisaient prisonniers ou nous maltraitaient en repoussant notre attaque , pour obéir aux ordres que nous leur avons nous-mêmes donnés? Où est la différence entre ces sentinelles et vous , sir John de Walton , dans cette curieuse affaire , qui , par le ciel ! sévirait plutôt de sujet aux vers légers de cet excellent barde, que de texte à un lai tragique? Allons, quittez cet air sombre, de Walton; mettez-vous en colère, si vous le voulez, contre la belle qui a commis un tel acte de folie , ou contre moi qui ai galopé toute la nuit et qui ai éreinté mon meilleur cheval, quoique j'ignore absolument comment je pourrai m'en procurer un autre avant d'être réconcilié avec mon oncle de Pembroke -, ou enfin , si vous désirez être tout-à-£ait absurde dans votre colère, dirîgez-la contre ce digne ménestrel , à cause de sa rare fidélité : punissez-le d'une conduite pour laquelle il mériterait une chaîne d'or. Mettezvous en fureur, si bon vous semble, mais chassez ce sombre désespoir : il ne sied pas au front d'un homme et d'un chevalier. »
Sir John de Walton fit un effort pour parler, et y parvint avec quelque peine.
« Aymer de Valence , dit-il , irriter un furieux , c'est jouer avec sa propre vie. > £t il se tut.
• Je suis content que vous puissiez au moins parler ainsi , répliqua le jeune homme; car je ne plaisantais pas lorsque je vous disais que je voudrais vous voir en colère contre moi , au lieu de rejeter tout le bl&me sur vous-iiiême. Il serait courtois, je pense, de remettre immédiatement ce ménestrel en liberté; cependant, dans l'intérêt de sa maltresse, je le supplierai d'être notre hôte jusqu'à ce que lady Augusta de Berkely nous fasse le même honneur : il voudra bien nous aider à découvrir l'endroit où celte dame s'est réfugiée... Bon ménestrel , continua-t-il , vous m'entendez , et vous ne serez pas surpris, je pense, de vous trouver, avec le respect elles traitements convenables , retenu pendant un court espace de temps dans ce château de Douglas? — ^ Vous semblez, sire chevalier, répliqua le ménestrel, ne pas tantj considérer le droit de foire ce
«8 LE CHATPAîî DANGEREUX.
HW voiis ia^e^t que le pouvoir de faire ee que tous youle?, U fout doue uécessairement que je me rende à TOtre prière, puisque tous j^ve? Id puissauce de la çooTertir eu uu ordre. — Et j'espère , cqutlOHn de Yaleuçe, qye, lorsque vous sere?; réupi à TPtre maî^ tresse, uous jouirous du bienfait de votre iutercesçiou pour obtenir Je pardou di ce que nous a?ous fait qui a pu lui déplaire •* nos i^r tfQtious étaieut absolument contraires, r-r Perçoette^-tuoi , dit $îr John de Walton, de dire uu seul mot ; Je t'offrirai une çhaîpe d'or {(sse^ pesante pour balaueer le poid$ des (ers dont tu es encore pharflfé , comme signe de mon regret de t*avoir coudamué à souffrir laut d'indignités, t- C'en est assez , sir John, reprit de Valence : m p.romettons rien 4^ plus iusqu'd ce que ce diSfQ^ ménestrel aÛ TU que uous sommes disposés à tenir nos promesses, Suivez-moi par ici, et je tous communiquerai en particulier d'autres nouTçiles non moins importantes ^ connaîtra. «
En ps«-lant aiusi| il entPPÎo^ sir Jobp hors du cachot , et e»- Toyant chercber le Tieux cbeTalier, sire Philippe de Moptenay, sénéchal du château, il lui ordouna d'élargir sur-le-champ le ménestrel, de le bleu traiter sou^ tous les rapports, mais d'empêcher qu'il sortit du çlMm^ saps être accompagué d'une personne sôre,
f Maintenant, sir JobUi dit-i|, il me semble qu'il n'est guère civil de Totre purt de ne pas m'oiïrir % déjeuner après la nuit que J'?i employée à yos affaires, Vu Terre de muscat pourrait être, je crois, une excellente préparation pour considérer ensuite îa marche à suJTre d^ns qi^p conjonPtpref difficiles, --^ous sjiTe? , répondit de Walton , que vous êtes le maître de commander ici tput ee qui TOUS plaira; m^iSf d^ grâce, apprenez-moi sur-le-champ ce que TOUS sayez epcor^ touchant la Tolonté de la belle contre qui nous ayqns tous péché si gravemeiat^ et moi , bél^s ! sans espérantie de pardon ! — Quant à moi, dit le chevalier de Valence, je Qrpis que cette dame ne m^ garde pas rancune , puisqu'elle a expressément décliiré ne pas m'en vouloir. Ses termes , yous le TOj^ei , sont précis, et ypus pouyeîlîre TOus-même... « Elle pardonne Jvolonliers au pauvre sir 4ymer de Yalenee d*aT0ir commis une erreur dont elle-même a été la capse ; ce sera toujours avec plaisir qu'elle le reverra comm^ ^^i î ^^ P^n^t ^^^^ ne songera jamais à celte histoire que pour s'en amuser. » Tels sqpt expressément les termes dont elle s'est servie,— Oui, répHqua sir John de Walton; mais he voyez -vous pas que spu coupable ^mant e$( expressément exçlp
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d^ramuistie? Ne faites- vpu$ aucqne attention au paragraphe ? U prjt la lettre d'une main tremblante , et en lut la un d'une voij^ agitée . « Tout rapport doit désormais cesser entre lui et le pré'' tendu Augustin. » Expliquez-moi comment ces mots pourraient avoir un autre sens que celui de ma condamnation et d'une rupture qui détruit à jamais toutes les espérances de sir John de Waltonv — Voua êtes un peu plus âgé que moi , sire chevalier, répondit de Valence , et , je ne le nferai pas , beaucoup plus sage et plus expé-* pimenté ; je soutiendrai néanmoins qu'il n'y a point lieu d'adopter l'interprétation que vous donnez à celte lettre, sans supposer préalablement que la belle qui l'a écrite avait la t^te un peu déraor gée... Voyons y ne 'tressaillez pas; quittez cet air égaré, et ne mettez pas la main sur votre épée : je n'affirme point que tel soit le cas. Je vous répète qu'une femme jouissant de sa raison ne pour-» rait pardonner à une connaissance ordinaire de l'avoir traitée, involontairement et tandis qu'elle était cachée sous un déguise^ ment , avec peu de respect et d'égard , et à la fois rompre irrévocablement, pour la même oflense , avec l'amant auquel sa foi était engagée. -^ Ne blasphémez pas y dit sir John de Wallon, et pardonnez-moi si , pour rendre justice à la vérité et à l'ange que je crains d'avoir à jamais perdu , je vous fais remarquer la différence qu'une fille pleine de dignité et de sentiments nobles doit faire entre une offense commise par une personne ordinaire, et une autre offense précisément du même genre , dont se rend coupable un homme que la préférence U plus imméritée , les plus généreux bienfoits et tout ce qui enchaîne un noble ccBur, devaient faire réfléchir longuement avant que d'agir en toute chose où il était possible qu'elle fût intéressée. — Maintenant, sur mon honneur l répliqua sir Aymer de Valence, je suis charmé de vous entendre essayer du raisonnement , quoique ce soit une manière déraisonnable de raisonner pourtant, puisque vous avez pour but de détruire vos espérances, et d'anéantir toutes vos chances de bonheur. Mais si, dans le cours de cette a|[aire, jeme suis conduit à votre égard de manière à donner non seulement au gouverneur» mais encore à l'ami , quelque motif de déplaisir, je réparerai actuellement ma faute , sir John de Walton , en essayant de vous convaincre en dépit de votre fausse logique. Mais voici le muscat et le déjeuner : prenez-vous quelque chose , ou continuerons-nous sans Jious exposer à l'influence du muscat? ^ Pour l'amour du ciel! fépiigua. de Walton , faites conuoe vous vaudrez» mais dispense?-
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moî de votre babil, quelque bien intentionné qu'il soit. — Oh! vous ne me ferez pas renoncer à ma vigoureuse argumentation, > dit de Valence en riant et en se versant une coupe pleine de vin ; « si vous avouez que vous êtes vaincu, je consentirai à attribuer cette victoire à la Ibrce inspiratrice de cette joyeuse liqueur. — Comme il vous plaira ; mais laissez ce sujet auquel vous ne pouvez rien entendre. — Je nie cette inculpation , » répliqua le jeune chevalier en s'essuyant les lèvres , après avoir vidé la grande coupe ; « écoutez donc, de Wallon-rintrépide , un chapitre de Tbistoire des femmes , que vous ne connaissez pas aussi bien que je le désirerais. Vous ne pourriez nier que , soit à tort , soit à raison , votre lady Augusta ne se soit aventurée plus loin avec vous qu'il n'est ordinaire dans la carrière amoureuse ; elle vous a choisi hardiment lorsque vous n'étiez encore connu d'elle que comme une fleur de la chevalerie anglaise... J'estime beaucoup cette franchise... mais c'était un choix que les personnes plus froides de son sexe prétendraient peut-être appeler téméraire et précipité. Ne vous offensez pas, je vous prie; je suis loin de le penser ou de le dire; au contraire, je soutiendrai de ma lanee que la préférence qu'elle accorde à sir John de Walton sur les mignons de la cour est sage et généreuse , et que cette conduite est à la fois candide et noble. Mais elle-mèiîie doit sans doute craindre d'injustes interprétations; et cette crainte peut la porter à saisir une occasion de montrer à son amant une rigueur extraordinaire, pour balancer la franchise singulière des précédents encouragements. Même il est possible à un amant de prendre si bien parti contre lui-même, que la femme ensuite ne puisse échapper à son propre argument. Comme une 'fille qu'on prend au mot dès son premier refus , elle ne pourra ni se mettre d'accord avec ses propres sentiments , ni rétracter une sentence rendue avec le consentement de la partie dont eUe détruit les espérances. — Je vous comprends , de Valence, répliqua le gouverneur du château de Douglas , et il ne m'est pas difficile d'admetlre que ces observations peuvent être justes à l'égard de plus d'un cœur féminin , mais non quand il s'agit d' Augusta Berkely. Sur ma vie ! je déclare que j'aimerais mieux être privé du mérite de ces exploits chevaleresques qui m'ont acquis , dites-vous, une réputation enviable, qu'agir avec insolence en m'appuyant sur ces exploits, comme si je disais que ma place dans le cœur de cette dame m'est trop fermement assurée pour que je puisse en être expulsé par le mérite d'un autre homme, ou par une si grande