Pèdtebière
eufans jouaient ensemble devant la porte, le jour étant beau et serein. La vieille Elspeth» assise suivant son usage dans son faateuil d'osier, an coin du feu, avait repris son éternel fuseau sans être dérangée de son occupation par les cris des enfans ni par ceux de la; mère qui avaient précédé la dispersion de la famille. Edie^ venait d'arranger sa besace, et s'apprêtait à reprendre sa vie vagabonde; mais il voulut d'abord faire ses adieux à la vieille grand'mère.
— Je vous souhaite le bonjour, grand'mère , accompagné de plusieurs autres I Je reviendrai vers le comniencement de la moisson , et j'esjpàre vous retrouver en bonne santé.
•r- Priez plutôt pour me trouver bien tranquille dans mon tombeau, répoiïdit EIspeth d'une voix creuse et sépulcrale, mais sans que ses traits offrissent la moindre agitation.
^ — ^ Vous êtes vieille, Elspetfa, et je ne suis guère moins vieux; mais nous devons attendre la volonté de celui qui ne nous publiera point quand le temps eu sera venu.
— Et qui n'oubliera point non plus nos actions : l'ame est responsable de ce que fait le corps..
— C'est la vérité , et une vérité que je puis prendre pour leçon, moi qui ai mené une vie vagabonde et déréglée ; mais vous ayez toujours été une femme sage, et, quoique nous soyons tons fragiles, votre fardeau' ne peut être bien lourd.
— Il n'est peut-être pas si lourd qu'il aurait pu l'être; mais c'est encore plus qu'il n'en faudrait pour couler à fond le plus beaa brick.^i ait jamais mis à la voile de F^airport. Mais à propos, quelqu'un ne disait41 pas hier, — au moins j'ai cela dans Tesprit, — r les vieilles gens ont l'esprit si faible I — il me semble pourtant qu'on disait que Joscelinde , comtesse de Glenallan , avait quitté cette vie?
— C'est bien là vérité , Elspqth ; elle a été enterrée la nuit dernière à Sainte-Ruth , à la lueur des torches ; et comme un fou , je me suis laissé effrayer par le bruit de la cavalcade.
— C'est l'usage dans la famille, depuis que le grand comte a été tué à Harlaw. C'est sans doute par orgueil, pour montrer qu'ils ne doivent ni mourir ni être enterrés comme le reste des hommes. La femme ne pousse pas des cris de douleur à la mort de son mari, ni la sœur à celle de son frère. Mais est«il bien sûr qu'elle soit allée rendre son grand compte ?
— Aussi sûr qu'il l'est que nous devrons rendre un jour le nôtre.
-^ Eh bien) n'importe ce qui en arrivera » je déchargerai ma conscience.
Elspeth prononça ces mots avec nne vivacité qui ne lui était pas ordinaire 9 et elle accompagna ces paroles d'un geste de la main, comme si elle eût voulu jeter quelque chose loin d'elle. Elle se leva, redressa sa grande taille y désormais courbée par l'âge et les infirmités qui marchent à sa suite , et elle parut au mendiant telle qu'une momie à laquelle un esprit aurait rendu une existence momentanée. Ses yeux erraient de côté et d'autre comme si sa mémoire eût oublié et se fût rappelé tour à tour pourquoi elle avait enfoncé dans une grande poche sa main sèche et ridée , et quel était l'objet qu'elle y cherchait. Enfin elle en tira une petite boite, et l'ayant ouverte , elle y prit une. bague ornée d'Une petite tresse de cheveux de deux couleurs , noirs et châtains clairs , entourés de riches brillans.
— Brave homme , dit-elle alors à Qchiltree, si vous désirez obtenir merci du ciel , il faut que vous'alliez pour moi au château de Glenallan , et que vous demandiez à parler au comte.
— Au comte de Glenallan , Elspeth ! Oh ! il ne veut voir aucun des nobles 4^ pays, quelle apparence qu'il consente à recevoir un vieux mendiant comme moi ?
— Faîtes ce que je vous dis , et dites-lui qu*Elspeth de Craigburnsfoot ( il me reconnaîtra mieux par ce nom ) a besoin de le voir aivant qu'elle arrive à là fin deson pèlerinage; et qu'elle lui envoie cette bague pour lui indiquer l'affaire dont elle veut lui parler. , •
Ochilti^e regarda quelques instans la bague d'un air d^admiràlion , et la replaça dans la boîte, qu'il mit dans sa poche après l'avoir enveloppée dans un* vieux mouchoir en guenilles^
— Eh bien, ma bonne femme, dit-ii , je ferai votre coroniissioh, oa ce tie sera pas ma faute ; mais à coup sûr jamais pareil présent n'a été envoyé à un comte de là part de la veuve d'un pêcheur, par les mains d'un vieux mendiant à .besace*
Après avoir fait cette observation , Eiiie prit son bâton ferré , enfonça sur sa tête son chapeau à larges bords , et partit pour remplir sa mission. La vieille Elspeth resta quelque temps debout et immobile, les yeux fixés sur la porte par où son ambas.sadeur venait de partir. L'espèce d'émotion que cette conversation avait éveillée dans ses traits se dissipa bientôt; elle retohiba sur sotvfau-
avecsonàirhabitaèfd'apatiiie; '^^
«* (^pep^dOt^QcfaiUrWf'jt^Q^t^^ roate; il avait dix milles à ffiire pour arriver au châ^^u.4^^tileQallaQ» et ce ne fat qa'au })ovki de quatre heures qu'il eji fut procjie. Avec la double dose de curiosité que lui donnâiéut sa vie oisive et son caractère ardent,, il se mit l'esprii à la torture pendant tout le chemin pour .deviner quel pouvait être le but du message mystérieux dont il était chargé» çt quel rapport le riche, le fier^ le puissant comte de Glenallaii pouvait avoir avec les fautes et le repentir d'une vieille femme dont le rang ^dans le monde n'était guère au-dessus de celui qu'y occupait son messager. Il chercha à se rappeler tout ce quHl avait jamais entendu dire de la famille Glenallan , et les plus, grands efforts de ménioire ne}e mirent pas en état de former une conjec» ture à ce sujet.
Il savait que les grands biens de cette ancienne^ et puissante fa* mille étaient descendus à la comtesse qui venait de décéder^ et qui avait hérité à un degré remarquable de ce caractère fier, sévère et indomptable, qui avait toujours distingué la maison de Glenallan depuis, qu'elle figurait dans les annales dç l'Ecosse. Comme tons ses ancêtres, elle faisait profession de la foi catholique romaine* Elle avait épousé un gentilhomme anglais de la même religion, et dont les biens étaient^coAsidérables; mais elle le perdit au bout de deux ans , et eut aii\si l'administration de la fortune immense de ses dÇQX fik. Uaîn^i lord Geraldin» qui devait 9^ccéder au titrçde comte de Glenallan et à tonte la fortune de sa mère , dépendait entièrement d'elle tant qu'elle existerait. Le second prit le nom et les armoiries de son père, et entra en possession des biens de celui-ci à sa majorité, conforméiweni^ % un^ des clauses du contrat de mariage de se^ parens. Après cette époque il établit principalement sa résidence en Angleterre, ne faisant à sa mère et à son frère que des visites aussi courtes que peu fréquentes ; et même , .après avoir embrassé la religioi) réformée , il finit par ^'en dispenser tout-à-fait.
Mais avant d'avoir fait cette insulte mortelle à la fière comtesse de Glenallan, le séjour de son chameau pftrs^it peu d'attraits à un jeune homme vit et dissipé comme Edouard Geraldin Neville, quoique cette sombre retraite parûit convenir âin caractère mélancolique de. çon frère aîné , ^i net se plaisait que dans la solitude^
Cçliikd> dans kprint^aifs de sa tie , ayait domné les plus bePes çsfïéjraiiQes : ceux qui l'avaient eùm^ku pendant ses vayage^ aw (e Qontiuent avaient vu en lui un jeune bauiine accompli » Ê^tpaor réussir dans tout ce qu'il voudrait entreprendre. Mais l'aurore la plus brillante n'est pas toujours suivie d'un beau, jour. Lord Ge* raldin revint en Ecosse , et après avoir passé un an avec sa, mère aD château de Glenallan, il. ^n prit lé caractère sombre^* sérieux et mélancolique. Exclu des foiictiens publiquies à caus^de'sa reli* gion, éi son goût ne le portant pas à se i^réer d'autres occupa* tions , il passait sa vie dans la retraite la plus absolue. Sa société ordinaire se composait de quelques ecclésiastiques de sa conmu]^niion qui venaient de temps ^ temps au château , et deux ou tro^ fois par an on y recevait avec grand apparat une bu deux &milles qui professaient aussi la religion catholique ; quant aux voisins hérétiques, jamais ils n'y étaient admis; les catholiques, même , après avoilr été reçus avec pompe et magnificence » s'en retournaient aussi surpris de l'air fier,de la comtesse > que du profond accablement dans le^el son fi{s était sans cesse plongé. La mort de sa mère venait de le mettre en possessi(Mi de son titre et, de sa fortune» et "bien des gens s'ii^ginaienf déjà que l'indépen* danoe ferait jrenakre en lui la gaietés Mais ceux qui connaissaient mi peu l'intérieur de la maison prétendaient que la constitution du comte était minée par ses austérités religieuses > et que, siûvant toute probabilité/ il ne tarderait pas à suivre sa mère au tombeau. Cet événement semblait d'antanlplus probable que son firère était mort d'une na^ladie de langueur > qui, dans les dernières annéea de sa vie, avait dfecté son eorp9 ^ son esprit, hes généaldgisles consultaient déjà leurs archivas pour chercher quel était lli^riliér d'une famille prête à s'éteindre }. et, les hon^mes de loi parlaient en se frottant les mains, del'oCcupation que leur âoBnf!.raieat les divers prétendans à la succession de Glenallan.
Lorsque Edie aperçut laiaçade du château de^GlenaUan^ ancien édifiée dont la partie la pins moderiae avait été çon&triiite d'après les plans du célèbre Inigo Jones ^, il commença "à réfléchir sur les moyens qu'il eni|)loierait |)our obtenir accès auprès du comte et s'acquitter de son mfisss^e. Après une mûre délibération, il résolut de lui envoyer la bs^ue par ;ui^ Ae ses domestiques. £n eôn* séquence il entra dans une bouliq^ié» et s'y prodvra, les moyens
I* tt vivût tout Jao^ft l«r ; il Mt mort en i^âa. . ' .
d'envelopper la botte dans une fenille de papier qu'il cacheta, et il écrivitlui-même Pailresse : Pofire son onêur le compte de Gknian. Mais ayant assez d*expérieilce pour f avoir que les paquets déposés à la porte des grands par des gens de son espèce n'arrivent pas toujours à leur adresse, il se décida, en vieux soldat, à faire une reconnaissance avant de procéder à l'attaque.
En s^approchant de la porte, le nombre des pauvres rangés devant la loge du portier, dont les uns étaient des indigens fixés dans les environs, les autres des mendians ambnlans comme luindémè, lui fit reconnaître qu'il allait s*y faire une distribution générale d'aumônes.
' — Un service rendu ne reste jamais sans récompense , pensa Ochiltree* Il est possible que je reçoive une botine aumône ici, que j'aurais mauqnée si je ne ni'étais pas chargé de la commission de la vieille EIspëth.
En conséquence, il prit place dans les rangs de ce régiment déguenillé, s'approchant dé l'avant-garde autant qu'il le put, distinction qu'il croyait due à son âge non moins qu'à son mantean bleu et à sa plaque d'étain; mais il apprit bientôt que c'était dV prèsr d'autres principes que le droit de préséance s'y réglait.
— Etes-vous donc à triple ration , l'ami , pour vous pousser en avant si hardiment? lui dit un de ses confirères; je n'en crois rien, car on a'accorde pas cette plaque aux catholiques.
— Non , non , je ne suis pas romain , répondit Edie.
— Eh bien , rangez- vous donc là -bas parmi les doubles on les simples ^lion8> c'est-à-dire avec les épiscopaux on les presbytériens. C'est une honte de voir un hérétique avec une longue barbe blanche qui ferait honneur à lin ermite.
' Repoussé ainsi par les mendians catholiques , ou dû moins par ceux qui en prenaient le titre, Ochiltree alla se ranger parmi les pauvres de la communion de l'Eglise anglicane, auxquels le noble donateur accordait une double aumône. Mais jamais pauvre nonconformiste ne fut plus mal reçu dans un synode d'épiscopanx , même du temps oii leurs divisipns étaient portées au plus bant degré de fureur, sons le règne de la bonne reine Anne.
— Yôyez-lè donc avec sa plaque, disait-on : à chaque anniversaire de la naissance du toi, il va entendre le sermon d'un prédicateur presbytérien , et il voudrait se faire passer pour un membre de l'Eglise épiscopale ! non , non ; qu'il s'en aille ! qu'il s'en aille !
Rejeté ainsi avec mépris par Rome et par l'épiscopat, Edie
L'ANTIQUAIRE. m
tronva enfin à se réfugier dans le groupe peu nombreux de mendians presbytériens à qui leur conscience n'avait pas permis de déguiser leurs opinious religieuses pour obtenir un double ou triple droit à la charité du maître du château , ou qui savaient qu'ils ne pouvaient recourir à cette ruse sans être certains de la voir découverte.
On observa les mêmes gradations dans le mode de distribution des aumônes, qui consistaient en pain, en viande et en argent. L'aumônier, ecclésiastique à l'air gravé et sévère, présidait à celle qui se faisait aux catholiques. En leur délivrant leut* triple portion , il faisait une ou deux questions à chacun d'eux ,> el recommandait à leurs prières feu Joscelinde, comtesse de Glenallan, mère de lear bienfaiteur. Le portier, tehantTen main une grande canne à ppmme d'argent , et en grand deuil , comme tout le reste dç la maison, avait l'inspection des épiscopaux , et les presbytériens étaient abandonnés aux soins d'un vieux domestique.
Comme celui-ci discutait quelque point contesté avec le portier, son nom ; qui fut prononcé par hasard , frappa OchiHree. Il le regarda avec plus d'attention, et ses traits éveillèrent en lui un souvenir des anciens temps. Les autres pauvres étaient en marche pour se retirer, et le vieux domestique, voyant Edie rester immohile à la même place , s'écria , avec l'accent fortement prononcé du comté d'Aberdeen : '• — Que veut donc ce vieux fou ? pourquoi ne s'en va-t-il pas, puisqu'il a reçu son argent et sa ration de viande?
— Francis Macraw, dit Ochiltree, ne vous souvenez- vous plus de Fontenoi ? avez-vous oublié, en avant/ et bataillon carré?
— Oh! oh ! s'écria Macraw le reconnaissant à, son tour, personne ne peut me parler ainsi que mon ancien serre-file Edie Ochiltree. Je suis fâché de tous yoir dans un état si misérable, mon vieux camarade,
— Pas si misérable que vous pouvez le croire, répondit Edie; mais je né voudrais pas m'en aller sans avoir causé un moment avec vous, car je ne sais quand je reviendrai ici > attendu que les protestans n'y sont pas des mieux reçus ; et c'est pourquoi je n'y suis jamais venu jtisqu'à ce jour.
— Eh bien, eh bien, reprit > Macraw, venez avec moi, et je votis donnerai quelque chose de meilleur que cet os de bœuf.
Et ayant dit quelques mots à l'oreille du portier, probablement pour s'assnrer de sa connivence , il attendit que l'aumônier fût
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rentré d'un pas lent et soleanel y et introduisit son ancitn cm^i' gnon d'armes dans la cour da château» dont la porte était déco< rée àes différons emblèmes de l'orgueil et du néant de l'homme* On voyait au centre du fronton les armoiries de la famille Glenallan, entourées de celles de toutes les maisons illustres auxquelles elle était alliée, le tout bizarrement entremêlé de faux 9 dliorloge de ^able, et d'ossemens, emblèmes de cette mort qui place tous les hommes sous le même niveau. L'ayant fait passer le pins promptement possible dans une grande cour pavée^ Macraw rintroduisit ,par une porte latérale dans une pièce située près de Tantichambre» et qui lui était exclusivement destinée , attendu qa'il était chargé du service personnel du comte de Glenallan* Se procurer des viandes froides,, d'excellente aie, et même un verre de bonne eau^de-vie , ne fut pas une chose difficile pour un persoonage de cette importance, à qui le sentiment de sa dignité n'avait pas fait oublier cette prudence écossaise qui lui recommandait de vivrp en bonne intelligence avec le sommelier. Notre député mendiant fit un excellent repas avec son ancien camarade, lui rappela de vieilles histoires, et ce ne fut que lorsque les sujets de conversation lui manquèrent, qu'il se souvint dé son ambassade.
— Il avait une pétition à présenter au comte, lui dit-il; car il ne jugea pas à propos de lui parler de ia bague, ne sachant pas^ comme il le dit ensuite , jusqu'à quel point les moeurs d'un simple soldat pouvaient avoir été corrompues par son service daos une grande maison.
— Le comte ne reçoit pas de pétition , répondit Macraw ; mais je puis la remettre à l'aumônier.
— Mais la pétition a rapport à un secret dont milord serapeatêtre charmé d*être seul instruit. , .
— Et c'est précisément pourquoi l'aumônier voudra la veir le premier.
-— Mais j'ai fait tout ce chemin pour la présenter, Francis; et il faut absolument que vous me donniez un coup de main.
— - Eh bien , je le ferai , mon vieux camarade ; et que Faumônier se fâche si bon lui semble. Qu'en résulterapt-il ? qu'on me reuverra. Je pensais justement à demander mon congé pour aller finir mes jours tranquillement à Inverrary.
Ayant pris ainsi la résolution magnanime de servir son ami, puisqu'il ne pouvait en résulter aucun inconvénient pour luimême , Macraw sortit de l'appartement,, emportant le paquet
L'ArfTIQUAIRE, 28$
(fl^ }^i r^t Oelôltree. II se passa qael<iiie temps avant fu'il reyint, et à sou retour son air annonçait la surprise et l'agitation.
—Je ne suis pas biensûr» dit-il , que vous soyez Edie Ochiltreex de la compagnie de Carrick, du 42^ régimçnt. ie serais tenté de croire que c'est le diable que je vois en vous sous ses traits.
— Et pourquoi me parlez- vous de cette manière? lui demanda le mendiant fort étonné à son tour.
— Parce que je n'ai jamais vu personne dans Fétat de surprise et de détresse où vous y^nez de mettre milord, II veut vous voir; je n'ai pas en la peine de lui demander une audience pour vous. Pendant quelques minutes , il était comme un homme hors de lui , et j'ai cru qu'il perdrait connaissance. Enfin , quand il est revenu à lui, il m'a demandé qui avait apporté ce paquet; et que croyez- vous que je lui aie répondu ?
— Un vieux soldat. C'est ce qu'on peut dlrede mieux à la porte d'un grand seigneur : à celle d'un fermier, il vaudrait mieux dire un vieux chaudromiier, parce que la bonne femme jeut avoir ^elque vaisselle à raccommoder;
— Mais je n'ai rien dit de tout cela, parce que milord ne se soucie ))as plus de l'un que de l'autre : ce n'est pas de ce bois qu'il se chauffe. Je lui ai répondu que ce paquet m'avait été remis par un vieillard à longue barbe blanche , et que ce pouvait être un frère capucin, attendu qu'il était vêtu à peu près en pèlerin. Enfin milord sonnera quand il aura repris assez de forces pour vous. voir en face.
— Je voudrais êtrç débarrassé de cette affaire, et me trouver hors du château, pensa le mendiant en remuant les épaules de droite* à gauche sous son manteau. Bien des gens pensent que le comte n'est pas tput-à-fait dans son bon sens ; et qui sait s'il ne se noiettra pas çn colère contre moi^ s'il vient à s'imaginer que je veux me faif e passer pour ce que je ne suis point ?
Mais là retraite était, impossible. Une sonnette se fit entendre , et Macraw dità demi-voix , comme si la présence de son maître lui eût déjà imposé : -^ C'est la sonnette de milord. Suivezrmoi, Edie , prudemment et sans bruit.
Edie suivit son guide , qui semblait marcher avec autant de précaution que s'il eût eu peur d'être entendu. Ils traversèrent un long passage > et montèrent un espalier dérobé qui les conduisit dans les appartemens du comte; ils étaient vastes et nombreux, et meublés avec la magnificence et la splendeur convenable an
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rang et à l'ancienneté de la famille Glenallan. Mais tout rameu* blement annonçait le goût d'une époque déjà bien éloignée, et l'on aurait pu se croire dans le château d'un baron écossais avant la réunion des deux couronnes. Soit par orgueil de famille, soit pour montrer son mépris du temps dans lequel elle vivait, la comtesse qui venait de mourir n'avait jamais voulu qu'on remplaçât aucoa de ces meubles antiques par de plus modernes. Ce qui en faismtle plus bel ornement était une collection précieuse de tableaux des meilleurs maîtres ; mais le goût de la famille semblait avoir présidé à leur choix. A l'exception de quelques portraits par Yan- Dyck, et d'autres peintres célèbres, on n'y voyait guère, auliea de paysages et de tableaux d'histoire > que des traits tirés de la Yie.des Saints et la représentation des souffrances des martyrs par le Dominiquin , Vélasquez et Murillo ; de tels sujets , souvent bizarres et quelquefois repoussans , donnaient encore un air plus sombre aux appartemcns qu'ils ornaient. Le vieux mendiant laimême ne put s'empêcher de remarquer cette circonstance, et il allait ouvrir la bouche pour en i arler à son guide, quand celai-ci fit un geste pour lui recommander le silence.
Ouvrant une porte à l'une des extrémités de la galerie , Macraw introduisis Ochiltree dans une petite antichambre tendue en noir. Us trouvèrent l'aumônier , l'oreille tournée vers une porte en face de celle par où ils venaient d'entrer , et dans l'attitude d'un homme qui écoute avec attention, mais 'qui craint d'être découvert.
Le vieux domestique et l'ecclésiastique tressaillirent tous deni en s'aperçevant, mais l'aumônier reprit le premier s^ présence d'esprit , et, s'avançan^t vers Macraw, lui demanda a voix basse, mais d'un ton d'autorité , comment il avait osé entrer dans l'antichambre du comte sans frapper à la porte. — Qui est cet étranger? ajouta-t-il ; que vient-il faire ici? Retirez-vous sur-le-champ, et allez m'attendre dans la galerie.
— Il m'est impossible de satisfaire Votre Révérence en ce moment, répondit Macraw en élevant la voix d'une manière à se faire entendre dans la cha^mbre suivante, convaincu que l'ecclésiastique n'oserait insister si le comte pouvait les entendre ; milord vient de sonner pour me demander.
En ce moment , on entendit la sonnette un^ seconde fois , et au bruit qu'elle fit on put deviner que le cordon avait été tiré avec un mouvement d'impatience. L'aumônier , jugeant qu'il était inutile
L'ANTIQUAIRE. SfàS
après cela de chercher à se faire obéir, sortit de l'aatichambre en levant le doigt vers Macraw avec un air de menace.
— Ne vous en avais-je pas prévenu? dit le domestiqua aii mendiant. Et en. même temps il ouvrit la porte près de laquelle ils avaient trouvé l'aumônier.