‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 93 sur 93 · DE PLOMB · texte numérisé non relu

DE PLOMB

Howie de Lochgoin , après avoir donné quelques détails sur la bataille de Killicrankie , ajoute : « Cette bataille fut très-sanglante , et Claverhouse tomba au troisième feu de Mackay ; les historiens ont donné peu de détails sur cette mort. Mais on assure comme chose certaine , que son propre domestique ayant pris la résolution de débarrasser le monde de ce monstre cruel et sachant qu'il était à l'épreuve du plomb , le tua avec un bouton d'argent qu'il avait ôté de son habit dans cette intention. Dans tous les cas il fut renversé, et avec lui le papisme et la cause du roi Jacques en Ecosse. »

(1) Page 304.— le cheval de bataille de claverhouse.

Des traditions disent que c'était un don de l'auteur du mal, qui avait pratiqué l'opération césarienne sur la mère de cet animal. Il était si léger, et son cavalier si habile , qu'on dit qu'il devança et tourna un lièvre sur le Bran-Law, où la descente est tellement rapide que peu de chevaux pourraient y tenir pied.

(m) Page 310. — escarmouche a drumclog.

Le lecteur sera peut-être curieux de voir les détails que Claverhouse

lui-même donne de cette affaire, dans une lettre écrite immédiatement après l'action

Au comte de Linlithgow ,

commandant en chef des forces du roi Charles en Ecosse.

Glascow, 4er juin 1679,

— « Milokd , samedi soir, lorsque milord Ross vint dans cette ville , je me mis en marche, et, en raison de l'insolence qu'on avait manifestée deux nuits auparavant à Ruglen , je m'y rendis pour m' enquérir du nom des coupables. Aussitôt que je fus sur leurs traces, j'envoyai quelques hommes de notre parti pour les saisir . ils ne s'emparèrent que de trois de ces coquins ; mais parmi eux se trouvait un de leurs ministres nommé King. Nous arrivâmes avec eux à Sirevan, hier à environ six heures du matin , et , résolu de les envoyer ici , je pensai que nous pourrions faire une ronde pour voir si nous ne tomberions pas sur un conventicule. Ce projet ne se termina pas à notre avantage; car, lorsque nous fûmes en vue de ces gens, nous les trouvâmes rangés en bataille dans la position la plus avantageuse , et à laquelle on ne pouvait parvenir qu'à travers les lacs et les marais. Ils n'étaient point à écouter un prêche, et ils avaient renvoyé toutes les femmes et les enfants. Cette troupe consistait en quatre bataillons d'infanterie armés de fusils et de fourches , et trois escadrons de cavalerie. Nous envoyâmes nos dragons escarmoucher contre leur infanterie ; ils vinrent à notre rencontre, et envoyèrent un bataillon contre nous ; nos dragons leur firent prendre la fuite. S'apercevant que nous avions l'avantage à l'escarmouche, ils résolurent d'en venir à un engagement général, et s'avancèrent, l'infanterie en avant de la cavalerie; ils arrivèrent à travers le lac. Le corps le plus considérable s'avança de mon côté. Nous gardâmes notre feu jusqu'à ce qu'ils fussent à dix pas de nous. Ils soutinrent la décharge et s'avancèrent toujours. Le premier choc renversa le cornette M. Crafford et le capitaine Bieith. Avec une fourche ils ouvrirent le ventre démon cheval; ses entrailles pendaient de plus d'une demi-aune hors de sa blessure, et cependant il me porta encore plus d'un demi-mille. Cet événement découragea les gens de notre parti au point qu'ils ne soutinrent pas le choc et se débandèrent. Leur cavalerie profita de cet avantage , et nous poursuivit si chaudement que nous n'eûmes pas le temps de nous rallier. Je sauvai l'étendard, mais je laissai sur le terrain huit ou dix hommes , sans compter les blessés. Les dragons en perdirent davantage. Ils n'étaient pas parvenus facilement de l'autre côté , et j'en vis tomber plusieurs avant que nous en vinssions au choc. Je fis la meilleure retraite que put le permettre la confusion qui régnait parmi mes gens, et je suis maintenant avec milord Ross. La ville de Streva se souleva lorsque nous faisions notre retraite , et profita d'un sentier pour nous couper ; mais nous prîmes courage, et, tombant sur eux, nous les mîmes en fuite , laissant par terre

une douzaine de ces coquins. Que feront-ils encore? je n'en sais rien, mais le pays se réunit à eux de tous côtés . cela peut être regardé comme le commencement de la rébellion.

« Je suis, Miîord, de Votre Seigneurie le très-humble serviteur,

J. Grahame.

« Je tombe de fatigue et de sommeil ; aussi cette lettre doit se ressentir de la confusion de mes idées \

(n) Page 400.— ré union des troupes royales au pont de bothwell.

Une muse caméronienne produisit à ce sujet une pièce de vers presque aussi mélancolique que le sujet même

« Ils marchèrent à l'est à travers la ville de Lithgow pour augmenter « leurs forces , et envoyèrent l'ordre à tout le pays du nord de se réunir à « eux , soit à pied , soit à cheval.

« Montrose arriva ainsi qu'Athole , et bien d'autres avec eux : et tous les « Ammonites des hautes-terres , qui étaient déjà venus dans ce lieu.

« La milice du Lothian parut avec ses habits bleus , et cinq cents liom- « mes arrivèrent de Londres , couverts de costumes aux nuances pour- « prées.

« Lorsqu'ils furent tous réunis , ils composaient une brigade entière , et « ressemblaient à une meute infernale hurlant après sa proie.

« Lorsqu'ils furent approvisionnés de munitions et d'armures , alors ils « se répandirent vers l'ouest pour exécuter leurs sanglants desseins. »

De leur coté, les royalistes célébrèrent leur victoire dans des stances d'un mérite égal.

(o) Page 404. — presbytériens modérés.

S'il écrivait de nouveau cet ouvrage, l'auteur tâcherait de donner a Poundtext un caractère plus élevé. Hamilton dit de trois ecclésiastiques de cette espèce : « Ils affectent un grand zèle contre l'Indulgence ; mais , hélas ! c'est toute leur pratique, et si visible que je n'ai pas besoin d'y faire allusion. Lorquele grand Cameron et ceux qui étaient avec lui s'exposaient aux vents froids et aux tempêtes dans les champs et au milieu des déserts d'Ecosse , ces trois ministres avaient leur résidence à Glascow, ou ils trouvaient de bons quartiers et une table bien servie , que, j'en suis sûr, quelques-uns leur accordaient par suite d'une affection réelle à la cause du Seigneur; et lorsque ces trois hommes étaient ensemble, leur principale occupation était de faire le plus malin rondeau, de trouver les plaisanteries les plus gaies , de raconter leurs prouesses, et de rire plus haut et de meilleur cœur les uns que les autres. Et lorsque par hasard ils se rendaient dans la campagne, ils avaient soin, entre autres provisions , d'avoir chacun

\. La traduction n'a pu conserver la mauvaise orthographe de Claverhouse, qui, dit Walttf Scolt, écrivait comme une femme de chambre.

un grand flacon d'eau-de-vie ; ce qui semblait très-lourd à quelques-uns, particulièrement à M. Cameron, à M. Cargill , et à M. Henri Hall : je n'en nommerai pas un plus grand nombre. »

(p) Page 409. — le général dalzell.

Dans les mémoires de Crichton, il est dit que Dalzell ne porta jamais de bottes. Le récit suivant de sa rencontre avec John Paton de Meadowhead, montre que, dans l'action du moins, il en portait d'assez fortes. « Daïzell fit avancer l'aile gauche de son armée sur la droite du général Wallace. Dans cette rencontre, le capitaine Paton se conduisit avec autant de courage que de galanterie. Dalzell , qui l'avait connu dans les premières guerres , avança sur lui , pensant à le faire prisonnier. Au moment de leur approche, les deux antagonistes se présentèrent mutuellement leurs pistolets. A leur première décharge, le capitaine Paton s'aperçut que fa balle de son pistolet sautillait sur les bottes de Dalzell , et sachant quelle en était la cause, il mit la main dans sa poche pour en retirer quelques petites pièces d'argent qu'il y avait placées à dessein; il chargea avec une de ces pièces son autre pistolet , mais Dalzell , qui avait pendant ce temps l'œil sur lui, se retira derrière son domestique, et celui-ci fut tué. »

(pp) Page 430. — délivrance de morton.

Cet incident m'a été suggéré par une aventure arrivée à un inspecteur de l'accise.

Un soir d'été il se promenait à cheval dans la campagne , quand il se trouva subitement en face d'une troupe de contrebandiers les plus hardis du pays. Ils l'entourèrent sans se porter à aucune violence, mais de manière à lui prouver qu'on y aurait recours au besoin , et ils lui firent entendre que puisque le hasard leur avait procuré le plaisir de sa présence, il passerait la soirée dans leur compagnie. Faisant de nécessité vertu, il les suivit et se mit à table avec eux. Ces gens commencèrent à boire, à se permettre de grossières plaisanteries, tandis que leur prisonnier, obligé de prendre leur insolence pour de l'esprit , répondait à leurs insultes avec un air de bonne humeur, et leur enlevait ainsi l'occasion qu'ils cherchaient de l'engager dans une querelle afin d'avoir le prétexte de le maltraiter. Il y réussit d'abord ; mais bientôt il se convainquit qu'ils attendaient pour se livrer à leur cruauté que le jour du sabbat fût terminé. Ils étaient assis autour de leur prisonnier inquiet, murmurant à l'oreille les uns des autres des mots terribles, et surveillant l'aiguille d'une horloge, lorsque la victime entendit dans le lointain un bruit qui ressemblait à celui du vent parmi les feuilles ; ce bruit s'approcha, et l'on aurait dit un ruisseau débordé qui franchit ses limites avec fureur ; enfin on distingua parfaitement le galop d'un détachement de cavalerie. C'était un secours dû à la sollicitude de son épouse.

(q) Page 458. — apparition supposée de morton.

Un gentilhomme avait épousé une dame de bonne famille et qui possédait de la fortune; il en eut un fils dont la naissance coûtalavieàsa mère, puis se remaria; sa seconde femme se montra une véritable marâtre à l'égard de l'enfant, et celui-ci, quand il eut dépassé Fadolescence, quitta la maison paternelle pour descendre dans des contrées lointaines. Son père avait de temps en temps de ses nouvelles, et le jeune homme recevait à différents intervalles des sommes qui lui avaient été assurées. Enfin, à l'instigation de sa belle-mère, une de ses lettres de change lui retourna sans avoir été payée. À la suite de cet affront il ne fit plus de billets, n'écrivit plus de lettres, et son père ne put savoir dans quelle partie du monde il était. La belle-mère profita de cette circonstance pour persuader à son mari que son fils aîné était mort, et le solliciter d'assurer son bien aux enfants qu'il avait eus d'elle. Vaincu par ses importunilés} il y consentit, mais pour le délai d'une année.

Des contestations violentes au sujet du nouvel arrangement de famille s'élevèrent plusieurs fois ; et un jour, pendant un de ces démêlés bruyants, la dame frissonna en voyant une main qui semblait vouloir ouvrir les verrous de la fenêtre. Oubliant l'objet de la querelle, elle s'écria qu'il y avait quelqu'un dans le jardin; son mari sortit, et ne trouva personne, bien que les murs du jardin fussent trop hauts pour qu'il eût été possible à un homme de les franchir. 11 accusa donc sa femme d'avoir imaginé ce qu'elle disait avoir vu ; elle soutint qu'elle ne s'était pas trompée, et alors son mari observa qu'il fallait que ce fût le diable, dont l'habitude était de hanter ceux qui avaient une mauvaise conscience.

— Ce n'est point le diable, répliqua la dame irritée, mais l'esprit de votre fils, qui vient vous dire qu'il est mort, et que vous pouvez donner vos biens à vos bâtards, puisque vous ne voulez pas les assurer à vos héritiers légitimes.

— Si c'est mon fils, qu'il vienne me dire qu'il existe encore, et qu'il vous demande comment vous pouvez être assez méchante pour me forcer de le déshériter. — Et, se levant, il s'écria : — Alexandre, Alexandre, si vous existez encore, montrez-vous et ne me laissez pas insulter chaque jour par ceux qui m'assurent que vous êtes mort.

A cet appel, la fenêtre où l'on avait vu la main s'ouvrir d'elle-même. Alexandre s'y montra, et regardant sa belle-mère avec colère il s'écria : « Ici ! » puis il disparut.

Quoique très-effrayée de cette apparition, la dame eut assez de présence d'esprit pour /a faire servir à ses desseins; comme le spectre avait paru iiu commandement de son mari, elle assura par serment qu'il avait à ses Drdres un esprit familier; et pour échapper à cette accusation',' le -pauvre mari consentit h. faire toutce qu'elle désirait. On tint une assemblée d'amis à ce sujet, et le nouveau contrat fut dressé. Au moment où sa femme

allait annuler l'ancien en arrachant le cachet, un bruit soudain se répandit dans le parloir, comme si quelqu'un était venu à la porte de l'appartement qui donnait dans le vestibule et avait traversé la chambre jusqu'à la porte du jardin, qui était fermée; chacun fut très-surpris , car le bruit était fort distinct, mais on ne vit personne. Cet incident avait troublé l'assemblée; mais la persévérante belle-mère ramenant l'attention sur l'affaire pour laquelle on l'avait convoquée , s'écria : « Je ne suis point effrayée , non , je ne le suis pas. Venez, dit-elle à son mari d'un air de hauteur : je vais anéantir ces vieux écrits, quand même une légion de démons entrerait dans la chambre. »

Mais le double Gauger ou Eidolon d'Alexandre était aussi obstiné à conserver ses droits que sa belle-mère à les détruire; car au même instant la fenêtre s'ouvrit brusquement, quoiqu'elle fermât à l'intérieur, et l'on aperçut dans le jardin l'ombre d'un corps, le visage tourné vers l'appartement, et qui , regardant la belle-mère d'un air sombre et courroucé, prononça ce mot: « Arrête ! » et disparut. Au bout de quelques mois, Alexandre revint des Grandes-ïndes. {Hist. et réalité des apparitions, par Daniel deFoë.)

(r) Page 508. — retraites des covenantaires.

Un lieu pittoresque entrecoupé de rocs , de buissons et de cascades, appelé Greehope-Linn , dans les domaines de M. Menteath de Closeburn, fut , dit-on, la retraite de plusieurs de ces presbytériens qui jugeaient plus prudent de s'exposer à voir des esprits que de se livrer à la rage de leurs mortels ennemis.

(s) Poge5\'è, à la note, —prédictions des covenantaires.

L'épée du capitaine John Paton de Meadowhead , caméronien fameux par sa bravoure , porta témoignage de ses exactions dans la cause du Covenant, et fut l'emblème des oppressions du temps. Ses descendants y comptèrent vingt-huit brèches , ce qui leur fit faire cette remarque , qu'il y eut juste autant d'années de persécution qu'ils avaient trouvé de brèches sm la lame de cette épée.

(t) Page 523. — john balfouk, dit burley.

De même que d'autres fugitifs de cette époque désastreuse, Balfour avait trouvé un refuge en Hollande.

Dans les journaux de Bruxelles , du 28 juillet 1828, le lieutenant-colonel Balfour de Burley est nommé commandant des troupes du roi de Hollande dans les Indes occidentales, ce qui indique que le nom de notre fanatique st resté sur le continent.

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