VIII NOTICE
plaint que chacun n'écoute que son intérêt, disait Jean-Baptiste Say , je m'afflige du contraire. Connaître ses vrais intérêts est le commencement de la morale ; agir en conséquence est le complément. » L'analyse si nette et si profonde de la théorie des débouchés devait devenir l'argument le plus décisif en faveur de cette philosophie, en même temps qu'un des principaux titres de gloire de l'auteur. C'est ainsi qu'il rattachait la science de la richesse à la morale, et 11 ne Feu a jamais séparée. C'est en vue de ce but si favorable à l'humanité qu'il écrivait, que a le premier livre de morale fut, pour les OlbienSy un bon Traité d'Économie politique; ils instituèrent, ajoute-t-il, une académie chargée du dépôt de ce livre précieux, et nul chez eux ne pouvait prétendre aux emplois publics, sans avoir été interrogé publiquement sur cette science, d
Le Mémoire à l'Institut était le précurseur du Traité d* Économie politique qui devait être publié quatre ans plus tard. 11 parut pour la première fois en 1803; l'auteur était alors âgé de trente-six ans. Ce bel ouvrage, avant même les perfectionnements qu'il devait recevoir de six éditions successives , était déjà une œuvre immense. Les vérités à peine entrevues par les économistes du xviii* siècle, celles auxquelles Adam Smith avait donné la force de ses démonstrations, se trouvaient enfln coordonnées dans un ordre logique; le champ ouvert à ce genre d'études était reconnu, les limites étaient posées, en un mot, la science était créée ; Ton savait désormais d'une manière précise la place qu'elle devait occuper dans le faisceau des connaissances humaines. Sans doute, l'auteur lui-même a franchi plus tard quelques-unes des barrières qu41 avait élevées ; il a , dans ses autres écrits et dans ses leçons , étendu les applications à ftiire des principes de l'Économie politique ; mais it y avait une utilité incontestable à commencer par bien établir les lignes principales et les principes fondamentaux d'une branche d'étude à laquelle jusque là on avait refusé le nom de science, à raison même de ses trop fréquents empiétements sur la politique pure et sur la morale proprement dite. Le second titre du livre indiquait nettement les vues de l'auteur ; suivant lui, l'Economie politique était le simple exposé des lois qui régissent la production, la distribution et la consommation des richesses.
Dès son apparition, le Traité d^ Économie politique eut un véritable succès et attira sur son auteur l'attention du chef de l'Etat. Celui qui savait si bien s'emparer de toutes les gloires et de tous les talents au profit de sf vues personnelles, résolut de faire quelques nouvelles tentatives de séd' tion : à la suite d'un dîner à la Malmaison, le premier Consul entraîna J< Baptiste Say dans les allées du parc, lui exposant vivement quelles éta ses intentions pour relever les finances, et cherchant à lui persuader or succès pratique était ce qu'on devait essentiellement se proposer; q îoi-s les livres étaient surtout utiles, lorsqu'ils justifiaient aux yeux
MU JKA.N-BAPIISTK NAY. ix
bifc* If» im*Mirai de^enuf» uéce»Mircs. On devait donc faire une nou\ellr niriioa du Traite ti en faire un livre de circonstance. Le maître ne manqua im<k d'iu>i5ter tur s4s intentions, mais il n'est guère probable qu'il ait con- ^rr%r un bon souvenir de la conférence ; le disciple manquait d'une souplesse d'oprit trop |:éiièralc pourtant à cette époque; les convictions étalent chez lui le résultat d'études sérieuses, et sa conscience était intraitable.
H ne tarda pas a être éliminé du Tribuuat; mais, par une de ces contradictioos fréquentes cbez ceux qui uni le pouvoir, et qu*explique sufllsam- ■eat le dt-air de faire taire toute récrimination de sa pnrt, il put lire en nriDc Icmpa dans le iltmiteur sa nomination aux fonctions de directeur des éraitft mnis. I*ére de quatre enfants, n'ayant point de fortune, il semblait fue ce fttt pour lui une nécessité d'accepter cette position : il refusa cepen- 4aBl; sa conscience lui interdisait de concourir à l'application d'un système ^ il jugeait devoir être Ainestc à la France.
Li seconde édition du Traité était prête, que deju il n'était plus possi- Uede l'imprimer; l'éditeur avait été mandé o lu direction de la librairie puar y rcce\oir l'injonction de s'abstenir d'une telle publication. Le premier CmasuI allait de\enir un empereur tout-puissant ; sa p(itii*e inquisitoriaie •rna^it tout homme consciencieux et d'un esprit indépendant. L'auteur se «il ubiiiee de cacher son mauuscrit comme une mau\aise action, apprehendjDt ctkoquejour d*ètre persécuté pour le birn qu'il \ouiuit faire, et devoir, MUS le repie du mensonge» des vérités utiles punies comme tentitives hédiijirttsrs.
S'etant colonial rement Interdit lu carrière des fonctions publiques, la (once imposaïkt silence à la raison et enchaînant la presse, il ne restait d'au- Uf maourre, pour faire vivre sa famille, que de se reporter \ers le commrrrr ou l'industrie. M. Say lit un \oya^e a Sedan pour chrrclier a Vintrrn^cr dans une fabrique de draps, et l'oussa ensuite ju9(|u*â Gene\e, afin dr revoir une tante, sœur de son père, femme d'un esprit solide, dont les cMHCiU lui avaient toujours été utiles.
Il fut, a cette occasion, invité chez M. Neckrr û floiiet. M"** de Stai*l fût Hiarmuite, comme elle était toujours en société. La xeiiêration qu'ille purtait a son père répandait en sa présence, sur les saillits de son esprit, un certain voile transparent, qui, sans les déguiser, en adourissiiit les too» trop hnis|ues et leur donnait un nouvel attralL Drnjamin Ikinstaiit > rUit, et son esprit mordant pariicipait des mêmes agréments: aussi la motersalion fut -elle constamment vive et variée. On arriva naturelkmeut a parier sur les finances, et le maître de la maison parut écouter a«fc grand plaisir notn* écunomlste; on en était a M. de llalonne : « Suivant M. de llalonne, ajouta Jean-Bapliste Say, il y a deux sortes d'eeonomur : relie de M. Necker qui consbtc à épargner, et la sienne qui consiste è jeter l'aient par les fenêtres, s Et en eflet» si ce ne sont les paroles du
X NOTICK
favori de la cour dans sa réponse h Touvrage de M. Necker, c*en est exactement le sens. Uanclen ministre approuva beaucoup l'obsen^ation.
De retour à Paris, Jean-Baptiste Say se décida pour la filature du coton. Il avait été témoin de la révolution qu'avait amenée dans cette industrie en Angleterre l'immense découverte d'Arkwright; des progrès analogues allaient se produire eu France ; mais, pour y prendre part, pour savoir commander aux ouvriers, il fallait se rendre maître de toutes les parties d*un art difficile et commencer par travailler de ses propres mains. Des séries complètes de macliines enlevées à l'Angleterre, avaient été déposées au Conservatoire : e*est là que M. Say se fit ouvrier ; son fils Horace, alors âgé de dix ans, lui servait de rattacheur ; l'un et l'autre ne tardèrent pas h devenir experts dans leur partie. Pendant ce temps, les machines nécessaires h un établissement étaient commandées; bientôt elles furent prêtes, et il fallut chercher un local où les mettre en acti\ ité. A cette époque, les bâtiments des anciens couvents présentaient de vastes locaux pour l'industrie ; partout le bruit et l'activité venaient occuper les anciennes demeures de la méditation et du repos. Des valeurs capitales restées longtemps stériles étaient ainsi rendues au travail, au grand profit de la société. Ces anciens couvents, toutefois, étaient moins convenablement disposés pour des ateliers, que ne l'eussent été des constructions spéciales; ils étaient souvent mal situés, entourés de populations peu actives, et l'on perdait ainsi une partie des avantï^es qu'on allait chercher trop loin. C'est ainsi, appuyé sur son expérience personnelle, que l'auteur du Cours (V Economie politique a pu donner de bons conseils sur le choix des emplacements pour les manufactures.
La filature de Jean-Baptiste Say, placée d'abord dans le bâtiment abbatial de Maubuisson, fut ensuite transportée à Auchy, près d'Hesdin, dans le département du Pas-de-Calais, où elle subsiste encore. I^es vastes édifices d'un couvent de Bénédictins offraient des ateliers convenables, et une chute d'eau d'une force considérable devait communiquer la vie à toutes les machines. Cette abbaye était dans un vallon agreste; mais les abords en étaient difficiles :dans l'hiver les chemins de traverse étaient impraticables; il fallut foire une route. La population du village n'était point industrieuse, on y voyait des mendiants et beaucoup d'enfants déguenillés ; car, comme l'observe Rabelais, l'ombre seulement du clac/ter d^une abbaye est féconde. H y avait là une éducation longue et difficile à faire, un monde à transformer. L'activité et rintelligence du chef devaient suffire atout; pendant les premières années de son séjour en Artois, il se fit tour à tour mécanicien, ingénieur, architecte, et ne se laissa rebuter par aucun obstacle, s'apercevaut cependant, quelquefois, qu'il est plus difficile de faire vivre quatre à cinq centH hommes, que de les ftiire tuer.
Sous une aussi bonne direction l'établissement prospéra; partout, dan? les environs, on vit l'aisance remplacer la misère, et lorsque, après huit ans.
^1 !î JI.W-MNPTIMi: N\\. M
M t: \1 '• Sa\ \iiiiliin'iit n'veiilr a l'nris, vv fut un deuil piMU'nnl dans Isi ' ' ir: < haruîi aurait ^oulu obtenir la pomiissiim de les siii\ro.
• ï«':rj *rjnur dans une retraite aeti\e, nVtnit pas defa\nrable à l'étude. î . . f 1. di !.'»rs du inou\enu*ut de la politique, l'économiste juneaîl en spee-
- m:.irtKiL mais non pas iudi fièrent, \vs fautes de l'Kmpire, le s}>teme
» :A:\\, \' rummeree par l.eenees et ees nondireuses mesures que die-
r ! I iii!t:r plu» S4ui\ent que la raison. On se levait de bonne luure â
\ .. > . « T ifpi'iidant liN jdurneis y étaient toujours trop i*ourlts. La litléra-
I It ?k .)-!« I îaieut eultivés nunme délassements, et l'on ne man(|uait même
* ' ^.1 1 t» ; beaueonp de iiens de mérite savaient trou\er le eliemin qui . ^ A tu sdon du manuf.K'turier, et oubliaient la lonsueur du \o\aue
•..vx.M.! une eordi^de hospitalité.
} ^ .! **As de douane sur le coton avaient été élevés a un taux absurde; «..Tru t- dis nimmuuieatlons ajoutait au prix c\ei»ssif de eetle matién-
■ '..I •» . Jtan-H:q)lisU* Sa> prévoyait la eliute tres-pnK'liaine d'un système u r=M. traire au véritable intérêt des peuples; il craiiznail la perte qui
* .-. d .1}^ et' ras, ri'»ulter p<iur les manu facturiers d'un brusque ehanize* .-. • lÎM.H le prix des marchandises, et, à la suite de qucbiues dissentir ' -M-- Min avs4H*ic à ce sujet, il prit le parti de se retirer en réalisant un -••: .!fiMj.it;d. Il re\inta Taris a\ccsa famille, en 1 813, et les é\énenients
• j -nth relit que trop UM et trop sé\ên*ment pour la France lc*s pré\isîon» !.-4iphe.
I.: '• a 11 i!enài-!iberté qu'on no put refuser au pays epu se par de ln»p . * ju rn-s, le Tmitr tl'i^f nntnnit' ftolitiqur se réimprima: et cette edi-
I. \.\ i itre bientôt suivie de plusieurs autres. I . [ -ii\ rei dait fac Irt des commuidcations interrompues depuis un qurirt
* l-.ll it:iit iiitcrc-ssant, pour les Français surtout, de cî.ercher a se -. ."r. i.i:p;t.' des proîxro qu'avait pu faire Li nation ani:lai>c, dont l'in-
••=«•. .1 l.i fa*rur du mono[Hdc des mers, a\ait pris un si rapidr dé-
■ •: rr.ei.t. M. S;t\ se lit donner par le (iou\ernement la mission de
• ■•: I \r.:;Irt«*rre |M»ur en étudier l'état économique et pour eu rappiutsr •■ • • l«^ :nr*rmation:»dont une application utile paraîtrait praticable chez
• !'•!.' explorât on lui fut rendue facde par la connaissince qu'il a\ait ' 1 î.-.i'.jur an'jtaisr, par sa pnq»reex['erieiu'eo)nwne manufacturier, et par
<--•.•• I q-ie lui réservait sa réputation. Heçu a\ec empressement par bs ' r-.«mi-t»-s , particulièrement par Kicardo, par Hentbam, par le* profi soeurs !•• I ..i\i .'^itc* «f Ani:letirre et d'Kcosse, il lit un xoyace des plus instructifs •: : ,? i! dt %ait conserver «l'Iirunux sou\eniis. A (llascow on lui a\ait d> r. '. •. dr *".isM'idr dans la chain» ou pnifessnit Adam Smitlî. it ce n rsl . < ^»i.« «moton qu'il racontait un jour a ses auditeurs du Conser\atiiii*f îles < - • • t \letier>, it*! epistnle de M>n \oya;;e.
ii' ritjur de et tte mission, (I remit au <îou\eniement un Mémoire tri*s-
xii .NOTICK
détaillé sur la situation industrielle du pays qu'il veuait de visiter; et, en même temps, voulant faire connaître au public quelques-unes des informations qu'il avait recueillies, il imprima un écrit de quelques feuilles Intitulé De r Angleterre et des Anglais ^ qui eut deux éditions. Il montrait Cf>mment la prospérité du commerce et de Tindustrie avait été exploitée pour soutenir la guerre, et dans quelle situation financière fâcheuse le pays avait été amené par les dépenses excessives de son Gouvernement. La suspension des paiements de la Banque, la dépréciation du papier-monnaie, Ténormité de la dette, les conséquences probables de la souveraineté des Indes, la question des céréales, sont autant de points traités avec sagacité, et Ton trouve dans cet écrit plus d*un avertissement devenu prophétique.
L'Économie politique a toujours effrayé le gouvernement en France, et a été, par cela même, rejetée dans l'opposition. Aussi ce fut, en 1815, un vif attrait pour le public qu'un cours de cette science ouvert à l'Athénée par J.-6. Say ; on s'y portait eu foule, et le succès fut complet. Le professeur, encouragé par l'accueil qui lui était fait, redoubla d'efforts pour propager des doctrines qu'il regardait comme si importantes pour l'avenir des peuples. Les leçons d'un amphithéâtre restreint, la propagande plus ou moins lente des ouvrages de longue haleine, étaient insuffisantes à ses yeux ; il fallait encore rendre la science accessible à toutes les fortunes, et il lui parut utile de résumer en un petit nombre de pages les principes généraux et leui-s applications les plus immédiates. La forme familière du dialogue permet de présenter avec rapidité les difficultés qu'on croit essentiel de résoudre, tout en négligeant les points moins graves qu'on ne pourrait traiter sans de longs développements. Le Catéchisme d'Économie politique -^ publié pour la première fois en 1817, a eu de nombreuses éditions et a été traduit, ainsi que le Traité^ dans presque toutes les langues de l'Europe.
L'Économie politique n'absorbait pas cependant tous les Instants de J.-B. Say ; d'ailleui*s pour en bien rex^onnaitre le domaine et en tracer les limites, il lui avait fallu faire une étude complète de l'ensemble des sciences morales et politiques. Il a laissé de nombreux fragments qui montrent que, si le temps ne lui eût manqué, il se proposait d'écrire un Traité de morale, et un autre de politique pratique. Les ot)servations qu'il avait jugé utile de mettre par écrit étaient classées avec méthode; celles qui ne seraient point entrées dans les livres purement scientifiques, auraient trouvé place dans des écrits d'une forme plus familière. La Correspondance d'un Docteur et ses propres Mémoires lui paraissaient fournir des cadres convenables. Mais pour répa' dre ainsi des vérités utiles, il ne fallait négliger aucune des parties de 1 de bien dire, et ce qu'il avait préparé pour des Lettres à une dame sui talent d'écrire, fait regretter que cet ouvrage n'ait pas été terminé. I
I Reproduit (isge ?05 de ce volume. — ' Page I de ce volume.
S!U JF.VN.BAfTIf^TE SVY. XIU
^oyaai iMilelbif que Ir tf mpA lui manquerait pour couduire h fin tons 5r5 prsfft», po«r tcmlner toates sen esquisses, il recueillit quelques-unes de ses prttsrfft. fit un choix de celles qui se pressentaient sous un tour heureux et rapidr« les H%ra à Timpression, et les fit paraître en leur donnant pour titre : Mît rolmtme^ tomlenani queiques nperrus dei hommes et de la sociéié*. Ce krre Ut conDaltre Tauteur et le peint mieux que ses autres écrits; on y retTMive les précrptet qui servaient de rèp:le à sa conduite, cette pt ilosophie srarimse qui lui permettait de voir TAgc d*or dans Tavenirt comme résultat da procrês des lumières; Ton y trouve aussi la vivacité de sentiments ^ animait sa convemtion, et parfois cette ver\-e caustique qui la rendnit piqaante et variée. Son esprit railleur aimait surtout a s'exercer aux dépens an liomnrft sans convictions, dont le nombre est toujours grand aux époqwsdr trouble» et de changements politiques.
PrQ de temps après ta publication du Petit Volume parut la brochure De rimpmiamee dm Port de la Villette. Ce sujet intéressait particulièrement la ^il!e de Paris et occupait t*attention. Tne compagnie de financiers, en mar- Hif alors avec Tadmini^tration pour se faire concéder la jouissance des ca* uux, à charge de conduire â fin les travaux, pensa que cet écrit, signalant ipta^antfges de l'entreprise, pourrait avoir pour effet d'aucmenter les exi- ^Bcr», fft l'cdilion fût enlevée pour en supprimer la publicité*. Cet écrit rrparvt liientùt après avec de nouveaux développements et un changement * titre ••
1^ troisième édition du Traita d*Éeonomie politiq\te avaît été, comme la «Mxvrde tirre a un grnnd nombre d'exemplaires; cependant elle fut épulsi^e prnqnc entirremeot dans ta même année. Ko IHI9, il en parut une qua- 'nrr^ir :i\rr des corrections et des augmentations considérables. L'auteur éuùBM, de nouveaux développements aux chapitres rcln!ifs à la balance du ranuiMTcr, au commerce des blés, a l*usa^e des monnaies ; il refit presi|ue ««tjcmDrnt les cinq premiers chapitres du livre ii, et fit des aussmentations iaportantm a quelques chapitres du livre m.
\jf% crises monétaires et commerciales de l'Angleterre fournissaient d*ubW ru»ri|sm*menti sur ces matières; Jean-Bnptisie Sny se tenait au courant dr toatcs irs puMic.itions qui s\ rapportaioiit et entretenait une correspMMlaoce »cti\e a^ec tous ceux qui s'en occupaient et pouvaient faire autant la bonne foi rériprnqne avec laquelle ce commerce était sui\i, le même nmamt de la \rrilé qui pi ésidnit À cette correspondance, resserrait les lien« ^i uni^Miient di'j» les éronomistes les plus distingués de iVpoque. Jean* ftapti«te Say se plaisait â reoonnnitre les services importants rendus a la par les travaux de Uicardo sur les monnaies, et il ne craignait pas
i •» e/fl 4^ rr voîitnir ' !»-« ( m .ii\ *tr iu\it.ilt«in «l.iii« IVtal nrltiH il^ \;\ Frann*. |ta£f ?1? tlf* r^ \iiliini#.
xiy NOilCK
de le iH)inbattre à quelques égards, sur l'analyse, beaucoup trop subtile, suivaut lui, auquel il avait recours à Tocaision du revenu foncier {ihe rent).
L'apparition des Kouveaux principes d'Économie politique de Maltbus devint roecasion d*uue polémique qui fut livrée à Timpression. Six Lettres à . Malthus contiennent d'excellentes dhsi rtations sur les causes des crises commerciales, sur la théorie des débouchés, sur celles des produits immatériels. La contradiction qu'il rencontrait sur ce dernier point conduisit J.-B. Say a suivre cette découverte jusque dans ses dernières conséquences. Ost ainsi qu'il arrivait par une logique serrée à établir que d(*s services consommés en même temps que produits ayant une valeur réelle, nonseulement on devait reconnaître l'existence des produits immatériels, mais encore admettre que la valeur était toujours de sa nature immatérielle; que les hommes, en troquant les choses les unes contre les autres, ne tenaient nul compte, dans la fixation des prix, de la nature des molécules dont elles ^e composaient et s'occupaient seulement du travail qui y avait été incorporé, échangeant toujours au fond des services contre des services. Doc( rint> un peu abstraite, sans doute, mais féconde dans ses applications, et sans laquelle on essaierait en vain de résoudre les problèmes compliqués que pré* si*nte la production des richesses.
Les réponses à Malthus servaient en beaucoup de cas aus^i de réfutation à quelques-unes des plaintes de Sismondi sur les Inconvénients de la liberté du travail et de la concurrence. Un article spécial sur la Balance des productions et des comommations ^ vint compléter la défense des principes, sans altérer en rien les excellents rapports qui unissaient deux hommes également amis du bien et de la vérité.
On s'étonnait avec raison qu'une science aussi importante pour l'humanité, aussi utile à consulter pour la bonne gestion des intérêts nationaux, fût encore laissée en dehors de tout enseignement public en France. On devait donc chercher d'abord à obtenir la création d'une chaire d'Économie politique dans l'une des écoles supérieures, et ensuite, à l'occasion de Tinstitution d'un enseignement professionnel au Conservatoire dts Arts et Métiers, on chargea J.-B. Say de développer dans une lettre à M. Thénard, l'utilité de l'enseign*. ment é; onomique pour tous ceux qui se destinent à l'industrie. La chaire de l'École de Droit fut décidée en principe sans qu'on donnAt suite à cette fondation, et la chaire du Conservatoire elle-même ne fut ouverte qu'avec une modification dans le titre du Cours. Le mot de politique effrayait trop un pouvoir ombrageux, on dut se borner à enseigner V économie industrielle. Ces restrictions, le lieu choisi pour renseignement, étaient au cours une grande partie de sa portée, et ce n'est qu'après 1830, lorsqu'il était déjà
« Pîigc 250 lie ro \oIiimp,
sut jkan-baptistf: sa\. . x%
irùiLli par ï'à^i\ que Jc.in*BnpUste Say di*\alt êtir appelé à professer au ijMr^K lït Froucc rKcoiiomie polilique proprement dite.
Partout ou 11 a parle» sei» leçoos ont été huî\ les avec un vif intérêt, et ion r»ri::iicinent a toujours été présenté a\ec lucidité, avec prAce, surtout avec BOf cbalcur de conviction qui inspirait la confiance. Peut-être pouvait-on frpriKher au professeur d'e\i;;erde son auditoire une attention trop soutenir en lui présentant des leçons riclies de trop do matin es ; ci'la tenait, d*une prl, au de^lr qu'il éprouvait de faire entrer l'enscmlile de la science dans le rzàrr du cours, et d'un autre côte, a ee que ses leçons étaient écrites. Oux fÊè le connaissaient, qui avalent entendu sa conversation toujours nourrie àe ÎM^s tt %ane« d'expressions, ont \i%cment regrette que, tlans la chaire du professorat, il ne se soit jnmais IWré auK chances de l'improvisation. On ne peu: Trou%t-r l'explication de cette retenue de sii part que dans un excès de K\rri:c envers lui-même, dans la crainte d'abuw^r pur des nudités du temps ifa i*a lu: accordait, et par un dé>ir d'ex|>oser toujours de la manière la plus HA;rcei la phis rapide des vérités solidement établies. » Je n'ni presque jn- Bii«. c.ri^;iit-il un j« ur^ vte content de ma cunver:»«itiun. Ala seconde |)en* ^ 1 «t en et (u r;il meilleure que lu première , et malheurt^usement c'est tou- ^iT\ r.iltf-t*i qai se produit dans la conversation. Je semis tenté de dire •- ao;c M*»* Kicc'boniy à qui on repruchait de parler moins bien qu'HIe it'tiT:%j t. et qui repondit : C'est que je parle comme feffnrt. » Quant à lui, fb cTfrt, il eiïnvait en ciTivant, ei si le hasard lui valait souvent une heurrjM- • tpres^ion, on peut dire qu'il nuTit:iit les bienfaits du hasard. « J'ai 4i^4jU€f.>is i-prouvé, disait-il, une diflleulté extrême â (vrire certains morcriLV. D i» une ciiusidcnition m'a soutenu. Si cela ttait facile, pensais-je cxi i&i*t-roêmc. tout autre le ferait; des h)rs où serait l'honneur et le mérite > L«i& £j re? u
Ia Uviius écrites et professées étaient généralement extraites d'un travail r^^ire de louiiue main pour l'impression, et publie ensuite en 1838 et 1829, f«i«\ v.>!ume*, hous le litre de iloum vowpleî tP Économie poli tiqye pra- ' ; '. ^I< mt- ^pri'S In publication delà cinquième éiliton du /Vifr/., cenou- ^vl iKi^ra^c devait obtenir un ^rand et légitime suc«-fn. Si. comme Ta dit M. tb;iqui. il n'en a |ins la bil!e urdonnance, la précision et la méthode, ^ a l i^anUp* de rnitael.er certainement h*s principes aux applications, et h .-. .rr le beteur aux avuutnszes de la complète expérience qu'une Ionique ^U|jc d'» afr.iiic> publiques et privées avait donnée à l'auteur.
l r^ l)u\'\.vM'niU\ imiMrtantfs n'cmpêrhaieiit p:is pour lui d'autres tra- 'èu\ . U lUiuc runjc opâlique insérait sis comptes nnduK d*ouvm|res: rt ^t^y'vf^'lu protjrestwe doniuiit de lui, dans sou piemier numéro, l'ar- U>f tryHomte poiUitpàe. Il enrichissait aussi di> notes et de commen* lo eJiti4>ns françaises de Uicardo et de Henry Stoicii. (> dernier '. Mi^M d«' qiîeltpies relie xit»ns iTitiqnes, eut le tort de se fAcber et
XVI ^OTl(:E
«rattriboer calomnieusement k Jean-Baptiste Say ane spéculation blâmable sur la publication de son livre. Cette entreprise lui était cependant complètement étrangère, ainsi qu'il fa du reste établi dans une réclamation adressée aux rédacteurs de la Revue encyclopédique '.
C'est ainsi que Jean-Baptiste Say identifiait sa vie au développement et à la diffusion d*une science à laquelle il s*était voué dès sa jeunesse, et qu'il avait cultivée avec cette persistance et cet amour du vrai, qui conduisent à de grands résultats. La tbéorie des débouchés, en prouvant que chaque nation est intéressée à la prospérité de toutes les autres, exercera la plus heureuse influence sur le sort de l'humanité. Celle des produits immatériels permet de réparer les premières injustices des maîtres de la science. Adam Smith regardait comme improductifs ceux -qui occupent les premières fonctions de l'État. La doctrine des produits immatériels les replace dansTéco* nomie de la société; elle rattache l'économie politique à toutes les parties du corps social, elle permet de comparer les services de tous les hommes avec les rétributions qu'ils en recueillent; et une plus juste appréciation des travaux de chacun tend dès lors à l'amélioration des institutions politiques que la doctrine de Smith laissait en dehors de cette étude.
J. B. Say a rattaché les richesses naturelles à l'Économie politique, non qu'il ait indiqué la manière de les créer, puisqu'elle^ ne sont pas de façon humaine, mais en montrant leurs rapports avec la richesse échangeable et dans quelle proportion elles font partie de la richesse des nations. On lui doit enfin l'analyse complète de la production et de la consommation des richesses, qu'il a réduites à n'être qu'une création et une destruction de l'utilité des produits. C'est cette analyse tout à 1» fois simple et profonde qui l'a mis à même de déterminer l'importance des différents travaux dont se compose l'industrie. La doctrine des frais de production, ainsi comprise, devait tout éclaircir et donner l'explication de cette proposition en apparence paradoxale : La ricfusse des nations se compose de la valeur échangeable de toutes les choses qu'elles possèdent^ et cependant les nations sont Wautanl plus riches que le prix des choses est plus bas*
La théorie de la production commerciale^ entièrement méconnue par les économistes du dernier siècle, à peine entrevue par Yerri et par Adam Smith, a été mise dans tout son jour. En général, on doit à M. Say d'avoir l)ien posé presque toutes Ivs questions d'Économie politique, et d'en avoir rendu la solution facile pour tout homme de sens qui prend la peim de lire ses écrits.
Pendant que sa réputation grandissait au dehors, l'auteur se renfermail
• dans une vie modeste, il se produisait rarement dans le monde bruVant, il
vivait À l'écart, entouré de sa famille et d'un petit cercle d'amis. C'est U
• Voir pngo 5fW de re voliime.
SIH JbAN bAI'TlSil-: SAY. \\u
qtt'il rrce^ail uui* foU par Mfnaiiip quelques boromes difttin<;ues, et les (^-mio- ■>str« Hraugm, dont aucun ue manquait dt venir lui rendre bororonue. La kiulr porter 4le son c&prit »e révélait dans ces conversations intimes qu'il «%ait animer par des saillies originales et une variété de Cl)nnai^sances ■arpiû^abk. Il aimait à railler les Imiumes du pouvoir, et ii ne laissait poster avuAc occasion de stigmatiser Ici mauvais livres et les mauvaises mcsun» en Economie politique. Le s\steme cuutineutal de TEmpire, les lois de de la Restauration qui ont chargé de droits si fuiicsti*s les fers, les s, Irs bestiaux, u ont pas eu d'adversaire plus prononcé. Nul u a travaille ai ce plus de persévérance à dépopulariser la guerre, les eotra\e$, les pfohiblfloDs,à faire apprécier, au contraire, rimportancedcs travaux publics, des nratca, des canaux, et des libres communications entre tous les hommes.
Apres la Ré\olution de 1830, il ne put manquer d'être surpris et afflige de lair rattentioQ publique absorbée par l'apparition subite d'une foule de réfarmatrurs, présmtant chacun un système plus ou moins nouveau; umis »t»lciiics qui se ressemblaient tous en un point, le mépris de l'étude sur la «tntable nature des choses. Jean- Baptiste Say dédaigna le combat; il retea de te commettre a\ec des gens qui ne larlaieut ni la langue économique ai même la langue française ; il garda le silence le plus absolu. Ce >ain bruit Catopin expirait a sa porte. U ne se laissait point étourdir par le fracas des nci. U travaillait A ramélioration du soit des classes pau\re4, sans recberdicr leurs Ct^eors, ni craindre leurs disgrâces. Il disait des \érités austères mx peuples et aux rois, avec Timpartialité d'uu philosophe uniquement ocnpe des iiiten'-ts de la science et de l'Iuimanité.
Sa santc était, du reste, depuis longtemps ébranlée ; son tempérament fort Cl nerveux semblait souffrir du tni\ail sédentaire du cabinet dont il s*était fut csciave. et il était devenu sujet, dans ses dernières années, a des attaquai d apoplexie nerveuse . qui raffaiblivsnit nt de plus en phis et lui faisaient prrasrntir une fin pro(*haine. Une perte cniclle devait lui |M)rter un eoiip fat»l. qu'il supporta avec i*ourai!e, mais auquel il ne p<ui\ait lonctemps sur- «nrr : M»' Say mourut le I0 janvier 1«30;efu\ qui l'ont nninue Sci^ent irvli le charme inexprimable (pielle a pu répandre sur l'e\is(en(*e de son ■an. Ule nimissait au plus hautdetzrt* la dignité du caractère, rele\ation et I esprit, la simplicité des manières; elle prenait part sans pttlantisme, fiMiii sans prétention, aux coh\ersatious les plus ^érieu5es et semblait yr*^wiipée du seul soin de faire valoir 1rs antres. Son di'\ourment aux idées, ui coût», aux opinions de son mari était oimplet, et les soins qu'elle lui ^^leaait ne se sont jamais démentis, l ne existence commune aussi lonmie, aaisi intime, ne saurait être brisée sans que celui des deux qui a le malheur àf Mrvi^re ne M>it mortellement frappe.
Ifcr» lors, en effet, la santé de J.-B. Sti\ alla toujours en <l<rliiKint. On ;i\ait i**Trhr a le distraire par un \o\a::e, et il était en \iHte chez, son freie, a i.-a. SAT. — iv. //