LE MIROIR
MIROIR officieux, je doi T'aimer toute ma vie :
Je possède, grâce à toi,
La charmante Sylvie :
Et je te regarde en ce jour Comme un Dieu tutélairc
Qui fait pour moi plus que l'amour N'aurait jamais pu fairo.
Miroir plus peintre que Latour,
Plus prompt et plus sincère, Et vous mes trumeaux, tour à tour
Répétez ma bergère ; Croyez que jamais vous n'aurez
De plus parfait modèle, Et que plus vous l'embellirez,
Plus vous serez fidèle.
Glace, ne faites votre eflet
Qu'en faveur de ma belle; Obscure pour tout autre objet,
Ne représentez qu'elle.
Par le même art, en ma faveur
Et contre votre usage, Puissiez-vous, ainsi que mon cœur,
Conserver son image.
L'ÉPICURIEN Am : De tous les capucins du monde,
JE ne suis né ni roi, ni prince, Je n'ai ni ville, ni province, Ni presque rien de ce qu'ils ont.
Mais je suis plus content peut-être; Car, en n'étant pas ce qu'ils sont, Je suis tout ce qu'ils veulent être.
En vain, sans ma philosophie, L'homme, durant toute sa vie, Biens sur biens accumulera :
Il faut, quoi qu'on en veuille dire, Ne désirer que ce qu'on a Pour avoir tout ce qu'on désire.
Non, je ne veux point de contrainte.
Ni pour Philis, ni pour ma pinte.
Je ne veux vivre que pour moi :
Je suis élève d'Épicure ; Mon tempérament fait ma loi, Je n'obéis qu'à la nature
i04 GEUVRES DIYëHSES DK PIKON
LE RÉVEIL-MATIN AiH : Tout est charmant citez Asjifisie,
INE femme fait peste et rage, Un mari maudit son destin :
Pourquoi tout ce mauvais ménage?
C'est faute d'un réveil-matin.
Des créanciers à notre porte Nous font lever avec chagrin; Mais de l'argent qu'on nous apporte, Ohl c'est un bon réveil-matin.
Tel ouvrage voit la lumière, Et croit effacer le Lutrin^ Qui servirait de somnifère, Bien mieux que de réveil-matin.
Dès l'aube du jour, je m'éveille Au bruit du cabaret voisin.
On sonne un tocsin de bouteille; L'agréable réveil-matin I
OKUVRES DIVERSES DE PIRON. iOb