TOME II
Êlerait , abaiisait, modulait ses accords Que Tonde palpitante emportait à ses bords , Et, selon que la plage était soorde on sonore, Honrait comme an soupir des mers qui s^évapore , On , dans les antres creux réveillant mille échos , Élançait jusqu^au ciel la fanfare des flots ; Et moi , penché sur Tonde , et Toreille tendue , Retenant sur les flots la rame suspendue , Je frémissais de perdre un seul de ces accens , Et le Tent d^harmonie enivrait tons mes sens.
Cétait un couple heureux d^amans unis la veille , Promenant leur bonheur h l'heure où tout sommeille , Et , pour mieux enchanter leurs fortunés momens , Respirant Tair du golfe au son des instrumens. La fiancée , en jouant avec Técume blanche Qui de Tétroit esquif venait laver la hanche , De son doigt dans la mer laissa tomber Tanneau , Et pour le ressaisir , son corps penché sur Feau Fit incliner le bord sous la vague qu'il rase j La vague , comme une eau qui surmonte le vase , Les couvrit : un seul cri retentit jusqu'au bord : Tout était joie et chant, tout fut silence et mort.
Eh bien ! ce que mon cœur éprouva dans cette heure (hi lit iUani s'engloutit dans l'humide demeure, Jli Ti' ifouve aujourd'hui, chantre mélodieux, Aiijuurdlmi qne j'entends les suprêmes adieux De ccUc! chère votx pendant quinze ans suivie. ^i%. oubli des peines de la vie ,
DE Sm WALTER SCOTT. W
Musique de Tesprit , brise des temps passés , Dont nos soucia dormans étaient si bien bercés ! Heures de solitude et de mélancolie , Heures des nuits sans fin que le sommeil oublie , Heures de triste attente , hélas! quUi faut tromper, Heures à la main yide et qu^il faut occuper , Fantômes de Fesprit que Tennui fait éclore, Vides de la pensée où le cœur se dévore !
Le conteur a fini ; tous n^aurez plus sa Toix , Et le temps va sur nous peser de tout son poids.
Ainsi tout a son terme, et tout cesse, et tout s'use.
A ce terrible aveu notre esprit se refuse ,
Nous croyons en tournant les feuillets de nos jours
Que les pages sans fin en tourneront toujours ;
Nous croyons que cet arbre au dôme frais et sombre,
Dont nos jeunes amours cherchent la mousse et Tombre ,
Sous ses rideaux tendus doit éternellement
Balancer le zéphyr sur le front de Tamant ;
Nous croyons que ce flot qui court , murmure et brille ,
Et du bateau bercé caresse en paix la quille ,
Doit à jamais briller , murmurer et flotter ,
Et sur sa molle écume à jamais nous porter ;
Nous croyons que le livre où notre ame se plonge
Et comme en un sommeil nage de songe en songe ,
Doit dérouler sans fin cette prose ou ces vers ,
Horizons enchantés d'un magique univers :
fflensonges de Tesprit , illusion et ruse
Dont pour nous retenir ici-bas la vie use !
Hélas ! tout finit vite : encore un peu de temps ,
L'arbre s'effeuille , et sèche , et jaunit le printemps ,
Mesure à son cadran sa propre décadence ; Qu^il sente Tunivers se dérober sous lui , Levier divin qui sent manquer le point d^appui , Aigle pris du vertige en Son vol sur Tabime , Qui sent Tair s^affaisser sous son aile et s'abîme , Ah! voilà le néant que je ne comprends pas !
Voilà la mort^ plus mort que la mort d'ici-bas , Voilà la véritable et complète ruine I Auguste et saint débris devant qui je m'incline! Voilà ce qui fait honte ou ce qui fait frémir , Gémissement que Job oublia de gémir !
Ton esprit a porté le poids de ce problème , Sain dans un corps infirme il se juge lui-même ; Tes organes vaincus parlent pour t'avertir ; Tu sens leur décadence , heureux de la sentir , Heureux que la raison , te prêtant sa lumière, T'arrête avant la chute au bord de la carrière! Eh bien! ne rougis pas au moment de t'asseoir ; Laisse un long crépuscule à l'éclat de ton soir; Notre tâche commence et la tienne est finie : C'est à nous maintenant d'embaumer ton génie. Ah! si comme le tien mon génie était roi, Si je pouvais d'un mot évoquer devant toi Les fantômes divins dont ta plume féconde Des héros , des amans a peuplé l'autre monde ; Les sites enchantés que ta main a décrits , Paysages vivans dans la pensée écrits j Les nobles sentimens s'élevant de tes pages Gomme autant de parfums des odorantes plages ; Et les hautes vertus que ton art fit germer,
DE SIR WALTER SCOTT
Et les saints dévoûmens que ta Toix fait aimer ; Dans un cadre où ta vie entrerait tout entière , Je les ferais jaillir tous devant ta paupière , Je les concentrerais dans un brillant miroir, Et , dans un seul regard ton œil pourrait te voir ! Semblables à ces feux , dans la nuit éternelle , Qui viennent saluer la main qui les appelle , • Je les ferais passer rayonnans devant toi j Vaste création qui salûrait son roi !
Je les réunirais en couronne choisie , Dont chaque fleur serait amour et poésie , Et je te forcerais , toi qui veux la quitter, A respirer ta gloire avant de la jeter.
Cette gloire sans tache et ces jours sans nuuge
ITont point pour ta mémoire à déchirer de page ,
La main du tendre enfant peut t^ ouvrir au hasard ,
Sans qu'un mot corrupteur étonne son regard ,
Sans que de tes tableaux la suave décence
Fasse rougir un front couronné d'innocence ;
Sur la table du soir , dans la veillée admis ,
La famille te compte au nombre des amis,
Se fie à ton honneur , et laisse sans scrupule
Passer de main en main le livre qui circule ;
La vierge , en te lisant , qui ralentit son pas ,
Si sa mère survient ne te dérobe pas,
Mais relit au grand jour le passage qu^elle aime ,
Comme en face du ciel tu récrivis toi-même ,
Et s'endort aussi pure après t'avoir fermé ,
Mais de grâce et d'amour le cœur plus parfumé.
Un Dieu descend toujours pour dénouer ton drame,
Ou la pierre sculptée où notre vain nom vive ? Notre nom est néant quelque part qu^on Tinscrive.
Spectateur fatigué du grand spectacle humain,
Tu nous laisses pourtant dans un rude chemin.
Les nations n'ont plus ni harde ni prophète
Pour enchanter leur route et marcher à leur tête ;
Un tremblement de trône a secoué les rois :
Les chefs comptent par jour et les règnes par mois ;
Le souffle impétueut de Thumaine pensée ,
Équinoxe brûlant dont Famé est renversée ,
Ne permet à personne , et pas même en espoir ,
De se tenir debout au sommet du pouvoir,
Mais poussant tour à tour les plus forts sur la cime ,
Les frappe de vertige et les jette à Tabime ;
En vain le monde invoque un sauveur , un appui ,
Le temps plus fort que nous nous entraine sous lui :
Lorsque la mer est basse un enfant la gourmande ,
Mais tout homme est petit quand une époque est grande.
Regarde : citoyens , rois , soldat ou tribun ,
Dieu met la main sur tous et n'en choisit pas un ^
Et le pouvoir , rapide et brûlant météore ,
En tombant sur nos fronts nous juge et nous dévore.
C'en est fait : la parole a soufflé sur les mers ,
Le chaos bout et couvre un second univers ,
Et pour le genre humain que le sceptre abandonne
Le salut est dans tous et n'est plus dans personne.
A l'immense roulis d'un océan nouveau,
Aux oscillations du ciel et du vaisseau ,
Aux gigantesques flots qui croulent sur nos têtes ,
On sent que l'homme aussi double un cap des tempêtes ,
DE Sm WALTER SCOTT. 63
Et passe sous la foudre et sous robscurttë Le tropique orageux d'une autre humanité.
Aussi jamais les flots où Téclair se rallume
ITont jeté vers le ciel plus de bruit et d'écume,
Dans leurs gouffres béans englouti plus de mâts ,
Porté Thomme plus haut pour le lancer plus bas ,
Noyé plus de fortune et sur plus de rivages
Poussé plus de débris et d'illustres naufrages :
Tous les royaumes veufs d'hommes-rois sont peuplés ;
Ds échangent entre eux leurs maîtres exilés.
J'ai vu l'ombre des Stuarts , veuve du triple empire ;
Mendier le soleil et l'air qu'elle respire ;
L'héritier de l'Europe et de Napoléon
Déshérité du monde et déchu de son nom ,
De peur qu'un si grand nom , qui seul tient une histoire,
N'eût un trop frêle écho d'un si grand son de gloire.
Et toi-même , en montant au sommet de tes tours , Tu peux voir le plus grand des débris de nos jours , De leur soleil natal deux plantes orphelines Du palais d'Edimbourg couronner les ruines !... Ah! lorsque , s'échappant des fentes d'un tombeau, Cette tige germait sous un rayon plus beau , Quand la France , envoyant ses salves à l'Europe , Annonçait son miracle aux flots de Parthénope, Quand moi-même , d'un vers pressé de le bénir , Sur un fils du destin j'invoquais l'avenir , Je ne me doutais pas qu'avec tant d'espérance Le vent de la fortune , hélas ! jouait d'avance ,
Emportant tant de joie et tant de tœux dans Fair
Avec le bruit du bronze et son rapide éclair ,
Et qu^aTant que Tenfant pût manier ses armes
Les bardes sur son sort n^ auraient plus que des larmes!..
Des larmes ? non , leur lyre a de plus nobles y ois. :
Ah ! s^il échappe au trône , écueil de tant de rois,
Si , commie un nourrisson qu^on jette à la lionne ,
A la rude infortune à nourrir Dieu le donne ,
Ce sort ne yaut-il pas les berceaux triomphans? ,
Toujours Tombre d^un trône est fatale aux enfans ,
Toujours des Tigellins Fhaleine empoisonnée
Tue avant le printemps les germes de Tannée !
QuHl grandisse au soleil, à Pair libre , aux autans ,
Qu'il lutte sans cuirasse aTec TeSprit du temps j
De quelque nom qu'amour , haine, ou pitié le nomme ,
Néant ou majesté, roi proscrit , qu'il soit honune!
D'un trône dévorant qu'il ne soit pas jaloux :
La puissance est au sort, nos vertus sont à nous.
Qu'il console à lui seul son errante famille :
Plus obscure est la nuit et plus l'étoile y brille !
Et si , comme un timide et faible passager
Que l'on jette à la mer à l'heure du danger,
La liberté , prenant un enfant pour victime ,
Le jette au gouffre ouvert pour refermer l'abîme ,
Qu'il y tombe sans peur , qu'il y dorme innocent
De ce qu'un trône coûte à recrépir de sang j
Qu'il s'égale à son sort , au plus haut comme au pire ;
Qu'il ne se pèse pas , enfant , contre un empire ;
Qu'à l'humanité seule il résigne ses droits :
Jamais le sang du peuple a-t-il sacré les rois ?
DE Sm WALTER SCOTT. 66
Mais adieu; d^un cœur plein Feau déborde, et j'oublie
Que ta Toile frissonne aux brises d'Italie j
Et t'enlèye à la scène où s'agite le sort,
Comme Faile du cygne à la yasë du bord.
Vénérable vieillard , poursuis ton doux Toyàge :
Que le Tent du midi dérobe à chaque plage
L'air vital de ces mers que tu Yas respirer ;
Que l'oranger s'effeuille afin de t'enivrer ;
Que dans chaque horizon ta paupière rayie
BoiTe ayec la lumière une goutte de yie !
Si jamais sur ces mers dont le doux souvenir
n'émeut comme un coursier qu'un autre entend hennir a
Mon nayire inconnu glissant sous peu de voile
Venait à rencontrer sous quelque heureuse étoile
Le dôme au triple pont qui berce ton repos,
Je jetterais de joie une autre bague aux flots j
Mes yeux contempleraient ton large front d'Homère,
Palais des songes d'or , gouffre de la chimère ,
Où tout l'Océan entre et bouillonne en entrant ,
Et d'où des flots sans fin sortent en murmurant ,
Chaos où retentit ta parole profonde
Et d'où tu fais jaillir les images du monde ;
J'inclinerais mon Iront sous ta puissante main
Qui de joie et de pleurs pétrit le genre humain ;
J'emporterais dans l'œil la rayonnante image
D'un de ces hommes-siècle et qui nomment un âge ;
Hes lèvres garderaient le sel de tes discours,
Et je séparerais ce jour de tous mes jours ,
Comme au temps où d'en haut les célestes génies ,
Prenant du voyageur les sandales bénies ,
Marchaient dans nos sentiers ; les voyageurs pieux