CONTRE LA PEINE DE MORT
Élément qu^aucun frein ne dompte , Et qui roule semblable à la fatalité ;
Pendant que sa colère monte ,
Jeter un cri d^humanité , G^est au sourd Océan qui blanchit son rivage Jeter dans la tempête un roseau de la plage ,
La feuille sèche à Touragan!
C'est aiguiser le fer pour soutirer la foudre , Ou poser pour Téteindre un bras réduit en poudre
Sur la bouche en feu du yolcan !
Souviens-toi du jeune poète , Chénier! dont sous tes pas le sang est encor chaud,
Dont Fhistoire en pleurant répète
Le salut triste à Péchafaud (1) , n rêvait, comme toi , sur une terre libre Du pouvoir et des lois le sublime équilibre ;
Dans ses bourreaux il avait foi !
Qu'importe ? il faut mourir , et mourir sans mémoire : £h bien, mourons, dit-il; vous tuez de la gloire;
J'en avais pour vous et pour moi !
Cache plutôt dans le silence Ton nom qu'un peu d'éclat pourrait un jour trahir !
Conserve une lyre à la France ,
Et laissc4es s'entre-haîr; ' De peur qu'un délateur à l'oreille attentive • t
(1) Tout le monde connaît le ll^ot d'André Chénier^ lurPéchafiud: « Cett dommag*, dit-il en m frappant le firont,il y avaitquelque choie li.»