SVK LA QUESTION A PROPOSER
difficile à résoudre ; car, par une loi que nous entreyoyons , mais que nous ne pouvons formuler encore, plus le travail rapproche Thomme de la terre , objet de son travail pri* mitif , plus le travail s'applique à satisfaire à des besoins de première et indispensable nécessité, plus il moralise Fhomme qui s^y livre : plus , au contraire , le travail s'é> loigne de cet objet primordial , plus il s^attache à créer et à rouvrir les besoins de luxe et de caprice ; plus Thonmie qui s^y adonne a de tendance à la perte des saines habitudes et à Paltération des mœurs. G^est là une de ces lois profondes et mystérieuses, que Tobservateur doit présenter au philosophe, et dont le législateur doit rechercher le sens au profit de Thumanité.
Cette question , messieurs, semble donc réunir toutes les conditions que vous demandez. Elle est générale , car elle embrasse un intérêt commun à toutes les nations civilisées. Elle est locale, car la France, que le mouvement de la civilisation a élevé une des premières à Père industrielle , réclame avec urgence l'attention des esprits penseurs sur cette forme nouvelle de son existence. Elle est actuelle , car des symptômes pénibles ou inquiétans se manifestent de toutes parts dans cette région du corps social. Elle est utile , vous le sentez tous ; mais je dis trop peu : elle est nécessaire ; car si la solution de cette question vitale n'est pas promptement trouvée par la réflexion, et formulée par la législation et les mœurs ^ la corruptioK
des mœurs , cette lèpre des temps modernes , atteindra les parties les plus larges de vos populations , et menacera notre belle civilisation même de décadence et de langueur. Tai donc Thonneur de présenter cette question à l'appréciation éclairée de votre commission ;et, si elle la juge digne du choix de l'Académie , je vous proposerai la rédaction suivante : <c Déterminer les principales causes » qui rendent les populations manufacturières générale- 3> ment moins heureuses et moins morales que les popu- » lations agricoles , et présenter les principaux moyens )> de rendre le travail industriel aussi favorable que le » travail agricole à l'esprit de famille, au bonheur et à la » moralité des classes qui s'y livrent. »