‹ Œuvres diversesChapitre 5 sur 32 · CONTRE LA PEINE DE MORT · texte numérisé non relu

CONTRE LA PEINE DE MORT

Tu le couTiis comme un déluge

Du reflux de la liberté !

Tu fus fort, quand , pareil à la mer écumahte , Au nuage qui gronde , au volcan qui fermente ,

Noyant les gueules du canon , Tu bouillonnais semblable au plomb dans la fournaise y Et roulais furieux sur une plage anglaise

Trois couronnes dans ton limon !

Tu fus beau , tu fus magnanime , Le jour où , recevant les balles sur ton sein ,

Tu marchais d^un pas Unanime

Sans autre chef que ton tocsin ^ Où , n'ayant que ton cœur et tes mains pour combattre , Relevant le vaincu que tu venais d'abattre,

En remportant tu lui disais :

Avant d'être ennemis , le pays nous fit frères ; Livrons au même lit les blessés des deux guerres:

La France couvre le Français !

Quand, dans ta chétive demeure, Le soir , noirci du feu , tu rentrais triomphant

Près de l'épouse qui te pleure ,

Du berceau nu de ton enfant !

Tu ne leiu- présentais pour unique dépouille Que la goutte de sang , la poudre qui te souille,

Un tronçon d'arme dans ta main j En vain l'or des palais dans la boue étincelle, Fils de la liberté , tu ne rapportais qu'elle : .

Seule elle assaisonnait ton pain !

CONTRE LA PEINE DE MORTi

Un cri de stupeur et de gloire Sorti de tous les cœurs monta sous chaque ciel.

Et Fécbo de cette -victoire

DcTint un hymne unÎTersel.

Moi-même dont le cœur date d^une autre France , Moi , dont la liberté n'allaita pas Tenfance ,

Rougissant et fier à la fois , Je ne pus retenir mes brayos à tes armes , Et j^applaudis des mains , en suivant de mes larmes

L'innocent orphelin des rois !

Tu reposais dans ta justice Sur la foi des sermons conquis , donnés , reçus -,

Un jour brise dans un caprice

Les nœuds par deux règnes tissus !

Tu t^élances bouillant de honte et de délire : Le lambeau mutilé du gage qu'on déchire

Reste dans les dents du lion.

On en appelle au fer; il t'absout ! Qu'il se lève Celui qui jetterait ou la pierre, ou le glaive

A ton jour d'indignation !

Hais tout pouvoir a des salaires A jeter aux flatteurs qui lèchent ses genoux ,

Et les courtisans populaires

Sont les plus serviles de tous!

Ceux-là, des rois honteux pour corrompre les âmes , Offrent les pleurs du peuple , ou son or, ou ses femmes ,

Aux désirs d'un maître puissant j , Les tiens , pour caresser des penchans plus sinistres ,

10 GORTKE LA PEUÎE DE HOJEIT.

Te font sous Fëcbafaud , dont ib sont les minisfoes, Respirer des vapeurs de sang !

Dans un aTeuglement funeste Us te poussent de Foeil vers un but odieux ,

Gomme Tenfer poussait Oreste ,

£n cachant le crime à ses yeux !

La soif de ta Tengeance , ib rappellent justice : £h bien , justice soit! Est-ce un droit de supplice

Qui par tes morts fut acheté ?

Que feras-tu , réponds , du sang qu^on te demande ? Quatre tètes sans tronc , est-ce donc là Toffrande

D^un grand peuple à sa liberté?

ITen ont-ils pas fauché sans nombre ?

ITen ont-ils pas jeté des monceaux , sans combler

Le sac insatiable et sombre

Où tu les entendais rouler?

Depuis que la mort même , inventant ses machines , Eut ajouté la roue aux faux des guillotines

Pour hâter son char gémissant , Tu comptais par centaine , et tu comptas par mille! Quand on presse du pied le pavé de ta ville ,

On craint d'en voir jaillir du sang !

— Oui, mais ils ont joué leur tête.

— Je le sais; et le sort les livre et te les doit!

C'est ton gage , c'est ta conquête ;

Prends, ô peuple! use de ton droit.

Mais alors jette au vent l'honneur de ta victoire j

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