CONTRE LA PEINE DE MORT
Tu le couTiis comme un déluge
Du reflux de la liberté !
Tu fus fort, quand , pareil à la mer écumahte , Au nuage qui gronde , au volcan qui fermente ,
Noyant les gueules du canon , Tu bouillonnais semblable au plomb dans la fournaise y Et roulais furieux sur une plage anglaise
Trois couronnes dans ton limon !
Tu fus beau , tu fus magnanime , Le jour où , recevant les balles sur ton sein ,
Tu marchais d^un pas Unanime
Sans autre chef que ton tocsin ^ Où , n'ayant que ton cœur et tes mains pour combattre , Relevant le vaincu que tu venais d'abattre,
En remportant tu lui disais :
Avant d'être ennemis , le pays nous fit frères ; Livrons au même lit les blessés des deux guerres:
La France couvre le Français !
Quand, dans ta chétive demeure, Le soir , noirci du feu , tu rentrais triomphant
Près de l'épouse qui te pleure ,
Du berceau nu de ton enfant !
Tu ne leiu- présentais pour unique dépouille Que la goutte de sang , la poudre qui te souille,
Un tronçon d'arme dans ta main j En vain l'or des palais dans la boue étincelle, Fils de la liberté , tu ne rapportais qu'elle : .
Seule elle assaisonnait ton pain !
CONTRE LA PEINE DE MORTi
Un cri de stupeur et de gloire Sorti de tous les cœurs monta sous chaque ciel.
Et Fécbo de cette -victoire
DcTint un hymne unÎTersel.
Moi-même dont le cœur date d^une autre France , Moi , dont la liberté n'allaita pas Tenfance ,
Rougissant et fier à la fois , Je ne pus retenir mes brayos à tes armes , Et j^applaudis des mains , en suivant de mes larmes
L'innocent orphelin des rois !
Tu reposais dans ta justice Sur la foi des sermons conquis , donnés , reçus -,
Un jour brise dans un caprice
Les nœuds par deux règnes tissus !
Tu t^élances bouillant de honte et de délire : Le lambeau mutilé du gage qu'on déchire
Reste dans les dents du lion.
On en appelle au fer; il t'absout ! Qu'il se lève Celui qui jetterait ou la pierre, ou le glaive
A ton jour d'indignation !
Hais tout pouvoir a des salaires A jeter aux flatteurs qui lèchent ses genoux ,
Et les courtisans populaires
Sont les plus serviles de tous!
Ceux-là, des rois honteux pour corrompre les âmes , Offrent les pleurs du peuple , ou son or, ou ses femmes ,
Aux désirs d'un maître puissant j , Les tiens , pour caresser des penchans plus sinistres ,
10 GORTKE LA PEUÎE DE HOJEIT.
Te font sous Fëcbafaud , dont ib sont les minisfoes, Respirer des vapeurs de sang !
Dans un aTeuglement funeste Us te poussent de Foeil vers un but odieux ,
Gomme Tenfer poussait Oreste ,
£n cachant le crime à ses yeux !
La soif de ta Tengeance , ib rappellent justice : £h bien , justice soit! Est-ce un droit de supplice
Qui par tes morts fut acheté ?
Que feras-tu , réponds , du sang qu^on te demande ? Quatre tètes sans tronc , est-ce donc là Toffrande
D^un grand peuple à sa liberté?
ITen ont-ils pas fauché sans nombre ?
ITen ont-ils pas jeté des monceaux , sans combler
Le sac insatiable et sombre
Où tu les entendais rouler?
Depuis que la mort même , inventant ses machines , Eut ajouté la roue aux faux des guillotines
Pour hâter son char gémissant , Tu comptais par centaine , et tu comptas par mille! Quand on presse du pied le pavé de ta ville ,
On craint d'en voir jaillir du sang !
— Oui, mais ils ont joué leur tête.
— Je le sais; et le sort les livre et te les doit!
C'est ton gage , c'est ta conquête ;
Prends, ô peuple! use de ton droit.
Mais alors jette au vent l'honneur de ta victoire j