‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 18 sur 53 · DE J. J. BARTHELEMY. XLVII · texte numérisé non relu

DE J. J. BARTHELEMY. XLVII

mais d^ns la nuit il fut vraisemblablement surpris d'une fq^lesse qui ne lui laissa pas le temps de tirer sa sonnette: car il ne permettait jamais que personne couchât, dans sa chambre. Comtois, son excellent domestique, y entra de lui-même, par inquiétude, à huit heures du matin , surpris que Tabbé , qui était fort matinal , ne l'eût point âpcore appelé. Il le trouva sans connaissance, les pieds dans le Ut et la tête sur le parquet. Il le coucha. La connaissance revint peu à peu; mais la fièvre était déclarée, et ne cessa plus. La toux devint fatigante, et l'expectoration pénible. La poitrine se remplit, et cet excellent homme s'endormit du sommeil des justes et des sages, sans douleur, et peut-être sans voir sa fin , quoique ayant conservé toute sa connaissance jusqu'à son dernier moment.

Ce moment cruel pour ses amis et pour les lettres arriva le 3o avril (ii floréal) de la présente annéf , à trois heures après midi, et ne fut annoncé par aucune souffrance. A une heure, Barthélémy lisait paisiblement Horaire; mais ses mains déjà froides ne pouvaient plus tenir le livre, et il le laissa tomber. Sa tête se pencha; il paraissait dormir; on le croyait. Son tendre neveu , qui ne le quittait pas un seul instant, le crut lui-même, et ne perdit cette douce illusion qu'au bout de deux heures , en s'apercevant qu'il n'entendait plus la respiration de son oncle.

Ainsi mourut, avec le calme qui avait régné dans

toute sa. vie, cet homtne, un des omement^.^ son siècle ; laissant à chacun de ses parents un père à pUgiiirer, à ses amis une perte irréparable à regretter, aux savants de toutes les nations un exemple à suivre, aux hommes de tous les lieux et de tous les temps un mo« dèle à imiter.

DE L'ÉDITEUR

J jÀ réputation d'un écrivain pendant sa vie, ne nuit que trop souvent à sa mémoire par l'empressement qu'on a de publier après sa mort ses œuvres inédites. A peine est-il expiré qu'on ouvre tous ses porte -feuilles, qu'on fouille les endroits de son cabinet l€î3 plus cachés , etc. Rien n'échappe à l'œil scrutateur de ses éditeurs, qui se hâtent à vider le sac, suivant l'expression de Fontenelle , sans s'embarrasser guère de ce qui s'y trouve. De là cette quantité d'écrits, condamnés à l'oubli par leurs propres auteurs, qui n'ont cessé de paraître, au mépris quelquefois de leur

dernière volonté. On a plus fait encore au commencement de ce siècle : les moindres remarques, les anecdotes futiles, des bons ou mauvais mots, échappés aux gens de lettres plus ou moins connus, tout- a été recueilli sous le titre àiAna; ouvrages dont le succès passager annonçait déjà la lassitude des esprits, le dégoût du véritable savoir, et la décadence des lettres. Le goût des choses frivoles est pire que l'ignorance , et précède toujours les temps de barbarie.

Vint ensiïite une foule d'ouvrages, les uns dérobés aux héritiers des auteurs , ou publiévS sans leur consentement, les autres altérés ou même supposés, plusieurs simplement ébauchés bu informes; enfin, presque tous jugés avec trop d'indulgence et adoptés avec peu de discernement. Jamais le triomphe de la licence ne fut plus complet; et l'immoralité de notre siècle se manifestait dans les actions qui en

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paraissaient le moins susceptibles. De ce nombre est sans doute celle qui fait outrager , par avidité, les mânes respectables d'un homme célèbre , en mettant aja jour des écrits posthumes qui peuvent obscurcir sa gloire. J'espère qu'on n'aura aucun de ces reproches à me faire dans l'édition des OEuvres diverses de J. J. Barthélémy, l'illustre auteur du f^oyage d' Anacharsis . Quoiqu'elles ne soient compo-^ sées que d'opuscules, de fragments, de lettres, etc., elles n'offrent pourtant que des pièces qui font honneur ou à son esprit ou à son cœur ; dans lesquelles on retrouve son goût, sa sagacité et son érudition. Toutes donnent de lui une idée avantageuse , et quelques-unes ajoutent encore à celle qu'on en avait déjà. D'ailleurs, il avait lui^^même fait, en quelque sorte , le choix de ces pièces, puisqu'il en brûla , peu de temps avant sa mort, un grand nombre , vraisemblablement toutes celles

dont il ne voulait pas qu'après sa mort on fit le moindre usage.

On n'entre ici dans aucun détail sur chacune des mêmes pièces, parce qu'on le trouvera dans les avertissements qui précèdent les six sections dans lesquelles on les a classées- La première renferme un traité de morale; la seconde , un roman ; la troisième , un poème ; la quatrième, des analyses littéraires; la einquième , des mémoires sur l'antiquité , les arts , les fragments d'un voyage en Italie; et la sixième, quelques chapitre^ précieux d'un traité de science nuimism^tique , un mémoire ou compte rendu sur le Cabinet des médailles,

des. lettres diverses, etc. On n'a poiiit osé

mettre dans ce recueil les écrits de Barthélémy qui font partie des Mémoires dte l'académie des Inscriptions et Belles^Lettres ;. ils y sont à l'slhri des injures du^ temps et hon$ d<es, atte^oLtes, de l'ignorance. D'ailleurs , le citoyen Bar-

DE l'Éditeur.

thélemy de Courçay, neveu du savant académicien et zélateur éclairé de sa gloire , se propose d'en former une collection particulière , d'après les vues' de son oncle , lorsqu'il aura publié la nouvelle édition du Voyage d' Anacharsis , qui est actuellement sous presse. Trois éloges de. Barthélémy ont paru peu de temps après sa .uifitt*. Le premier a pour ti^

* Outre les trois éloges cités paf le barom de Sainte- Croix y réditeur des Œuvres complètes de Barthélémy fisiit mention de* deusc autres : eeltii publié par ji, L, Mil* lin^ m 9f^ de ^4' p^ges, jugé superficiel^ ùwxaee etinôom-' plU; et celui qui fut prononeé è^ une séarfee piâ>lique de la deuxième classe de Finstîtut, le i3 aoùli8o6, par M. ile Boufflers, L'éditeur s'exprima ainsi (page ixv de sa notice) sur le mérite de cet éloge : « L'ingénieux au- « teur du conte d'ÂËne et de quelques pièces* fugitives « paraissait peu propre à louer un< archéologue. Mais si « M. de Bouifiers n'a pu atteindre la hauteur de son « sujet, il s'est du moins élevé au-dessus d<p lui-même :

. tre : Essai sur la vie de J. /. Bartltélemy , par Louis-Jules-Barbon-Mancini Niveriiois. Il ne

'(de faux brillants mêlés à 'beaucoup d*esprit nem- « pèchent pas de remarquer des pallsages écrits avec- ta- « lent. Nous choisissons celui-ci comme se rapportant . ^.««^î-à Ba„hél.mr, « .„x »,™„x ,ui occup*. « rent constamment ses veilles^t sels jours : — « Si les « sciences , les a^rts et les lettreât^lî'ayaient jamais cessé « d*étre en honneur, on n'aurait pas Besoin d antiquaires : « Tantiquité elle-même serait toujours là ; elle parlerait à « tous les yeux; Finstruction irait toujours croissant; et K chaque siècle, héritier de ceux qui l'auraient précédé, « transmettrait aux siècles qui le suivrai^Rfi liNai plus riche « patrimoine. Mais rien n'est comme il fut et comme il «sera; et tout e« jcpi'on admire est condamné à dis- « paraître : la nature le yei^wisi; elle a besoin de tout , « même de nos (»e£i«d'œuyre, pour en faire autre « chose. ^

« Les générations abâtardies , également indifférentes 1 et à la gloîjre de leurs ancêtres et à la* félicité de leurs « neveux, laissent tout finir, tout s'ef£aicer, tout s'en- « foncer dans le néant ; elles y travaillent elles-mêmes ,

D£ l'éditeur. 9

manque ni d'intérêt, ni d'agrément ; cependant presque tout le succès en est dû ai\<Yrom de

« cofâmé^ si elles craignaient jusqu'au moindre indice qui K pourrait les accuser devant les races fotures. Hélas! ces « tristes lacunes tiennent malheureusement trop de place <« dans les annales du monde ; et les beaux moments sont «trop fugitifs! que de siècles barbares contre un siècle « poli y et combien , pour l'esprit humain , les nuits sont « plus longues que les jours ! .

« Ce n'est donc que de loin en loin , et dans les inter- « yalles lucides des nations , qu'on voit paraître des Hé- « rodote, des Varron, des Spanheim et des Barthélémy. « Alors les esprits réveillés de leur longue léthargie es- « saient de ramasser leà dâadb <le leur ancienne fortune, « de relire leurs titrés^ de gloire ; de plonger, pour ainsi « dire, dans le LétKëf pbur ravir quelque proie, sinon à « la mort, au moins à l'oubli, cette seconde mort que « les grandes âmes craignent plus que la première. >»

Il est probable que , par les citations qu'on vitat de lire , l'éditeur a voulu justifier la première partie de sa critique : De faux brillants mêlés a beaucoup iT esprit, — Les* passages suivants sont plus heureusement choi- •

lO PRÉFACE

Fauteur; il n'y donne qu'une idée très-împar-

siâ y et nous nous faisons un plaisir d'en faire j.ouir nos lecteurs.

« Eh bien ! ce rassemblement aussi efirayant qu incom- « plet des éléments dont se compose le véritable mérite « d'un antiquaire , est une faible esquisse de Féruditioii « de AL Barthélémy. Si Ton veut lire attentivement, et H ses mémoires à l'académie des Inscriptions ^ et ses dis- « sertations insérées dans le Journal des Savants , et plu- « sieurs observations ajoutées à divers ouvrages de ses « confrères, et ce qui reste d'une correspondance soute- ( nue pendant plus de cinquante ans avec tous les « hommes de l'Europe le plus versés dans ce genre « d'étude,, on verra que chaque page, chaque ligne de « ces écrits , ont nécessité la lecture y l'analyse , la con- « frontation de plusieurs volumes. Pensons maintenant à « toutes les langues vivantes et mortes qu'il, a dû se ren- « dre familières ; joignons-y ces. idiomes qu'on ne savait <c pas même avoir jamais existé , et dont il ne restait de « vestiges que sur quelques éclats de pierres brisées. Ces <« caractères,, étrangers à toute autre écriture, étaient « devenus le sujet -d'un défi entre tous les savants de

DE l'kDITEUR. IT

faite du caractère et des ouvrages de Barthéle-

«WaaaMb^iUfMbhj^

« rEurope,>9ïn^ jusque-là, n'avaient pas même osé ha- « sarder une cionjecture, lorsque, au grand étonnemtmt du '« mpode lettré , M. Barthélémy en présente à la fois lal- « {diabet et Texplicàtiion....

« Je me rappelle encore avec admiratioa ces rensei- « céments précis que M. Barthélémy avait &u recueillir <c sur l'ancienne géographie , l'ancienne topographie , et « même les anciens aspects de ces contrées &meuâes où '^ tl n'avait jamais porté ses pas, ma» où sa rêverie se H plaisait. De pareilles connaissances fieraient honneur à « qui les rassemblerait sur le pays qu'il habite, et pou- « vaient même &ire soupçonner notre savant d'avoir « moins besoin de g«iide autour d'Athènes ou de Lacé- « démone , que dans les environs de Paris.

« Plus d'une fois , en ItaUe , dans des terrains où les « regards de ses compag^noeift auraient à peine aperçu « des traces de ruines sous les herbtos. et les broussailles «i qui les couvraient, on l'a vu s'arrêter tout à coup, et « reconnaître, comme par ressouvenir, des camps, des « temples , des cirques , des hippodromes , des édifices <« publics ou particuliers; en sorte que, conversant inté-

my, et les détails qu'il s'y permet sont quelquefois insignifiants et souvent trop^iïiî&utieux*.

*-tt-^*^.

« rieurement avec les illustres mânes qui semblent tou- «( jours errer autour de la capitale du vieux monde, on « Feût pris pour un citoyen de lancienne Rome voya-« « géant dans la moderne.

« Parlerai>je de cet art exercé en peinture, en seulp* *( ture, en gravure; de cet œil de lynx qui portait la « lumière sur tout ce qu'il observait? Un ti*ait jusqu'à^ *i lors inaperçu par tous les connaisseurs , un reste de « signe ^ effacé pour tout autre, lui indiquait le sujet, « lepoque, la raison d'un monument, et jusqu'au nom « de lartiste ; vous eussiez dit que le génie invisible de « lantiquité, à Texemple du démon . de Socrate , le sui- « vait partout, et n'avait point de secrets pour lui. >*

* «c Ce jugement (dit l'éditeur des Œuvres complètes) « est dur dans sa vérité. Nous citerons , pour en adoucir « la rigueur , le début de l'ouvrage du duc de Nivernois » : Je "vais écrire ai^ec simplicité la 7)ie^ etc., etc. (Voyez la suite, tom, I, p. v, ou p. lxxxi de cette nouvelle édi« lion.)

DE L ÉDITEUR. l3

Le second éloge se trouve dans un journal appelé la Décade philosophique. On en est redevable au fameux astronome Lalande. Peu versé dans les matières dont Barthélémy faisait l'objet principal de ses études , il ne sait pas les apprécier; il connaît encore moins la yie privée de cet homme célèbre. Au reste , ce qu'il rapporte sur le Voyage du Jeune Anacharsis est tiré d'un extrait de cet ouvrage , inséré dans le Journal des Savants. Le troisième éloge a été publié dans le Magasin encyclopédique y et imprimé séparément ; il est d'un ami intime de Barthélémy , son confrère à l'académie des Belles-Lettres , appliqué au même genre d'érudition que lui. Quoiqu'on y lise des détails exacts , ils ne sont pas néanmoins complets , l'auteur ayant été obligé de se circonscrire dans des bornes étroites; ce qui l'a engagé à le refaire entièrement, et à n'en laisser subsister qu'une très-petite partie. En conséquence,

l4 PRiS^AOï:

on a cru devoir préférer ce dernier écrit , presque neuf, aux deux autres, en le plaçant à la tête des OEuvres diverses de Barthélémy. Il est suivi de quelques pièces justificatives qui méritaient d'être conservées*.

«Si quelqu'un demande encore à quoi ser- «vent les éloges; ils servent, dirons-nous, à « faire connaître de grands noms qui seraient «demeurés dans l'oubli, à désigner les véri- « tables sources de l'instruction et du savoir : « peut-être aussi que le spectacle d!jmîe assem- « blée nombreuse , attentive à la lecture d'un «éloge, a quelque chose de consolant pour

* A la suite de ces pièces justificatives, se trouve une Épitre de Fontanes à l'auteur des Voyages du jeune Anacharsis dans la Grèce. Le jugement qu'en porte le baron de Sainte-Croix nous fait un devoir de ne pas en priver nos lecteurs. Nous l'avons insérée dans le deuxième volume, section littérature ancienne^ beaux^ artSj à la suite de l'avertissement, page 9,

DE L'ÉDITEirn. l5

« rhumanité. Ces lectures sont , dit-on , vouées «à l'indulgence. Pourquoi ne laisserait-on pas «entrevoir aux hommes xju'il suffit d'avoir (c rendu des services réels aux sciences , aux « lettres , à la patrie , pour obtenir , s'ils en ont « besoin un jour , quelque grâce devant elles ? « Vit-on jamais la satire , la critique même , se «renfermer dans de justes bornes? De quel « droit condamnerait-on la louange seule à nen « point sortir ? » Telles étaient les réflexions d'un écrivain célèbre,* dans l'éloge d'un homme de génie. Une surtout est applicable à Barthélémy. En effet, nous regrettons qu'il n'ait pas été prononcé dans une des séances publiques de cette académie dont il fut si longtemps la lumière , et à laquelle il a survécu avec tant de douleur. Nous n'avons pas moins de regret que ce même éloge n'ait pu sortir de la bouche

* VicQ d'AziR, E/oge de Scheelôy pages g3 , ^^^

l6 PRÉFACE DE l'ÉDITEUR.

de son secrétaire, le citoyen Dacier, capable par ses talents de rendre à Barthélémy, son ami , un hommage digne de lui et de la compagnie qu'il avait illustrée.

AVERTISSEMENT

DE L'ÉDITEUR

>QQO^

JLes réflexions qu'on va lire sont un véritable traité de morale, divisé en quatre articles : i® de la Religion , a® de la Patrie, 3** des Parents , 4° des Amis. L'auteur y parle le langage du cœur, et ramène tout au sentiment. C'est une ancienne loi des Perses, rapportée par Xénophon dans le premier livre de sa Çyropédiey qui sert de texte à Barthélémy , et dont il fait une heure)[ise application à son principe. *^

Ce traité , écrit avec autant de grâce que de clarté , est dédié à Marie-Louise de Lamoignon , digne sœur de l'illustre Malesherbes , et femme de Guillaume Castanier d'Auriac , premier président du grand - conseil , magistrat vertueux et éclairé. Elle n'eut qu'un fils , François- Guillaume, avocat -général au même tribunal. Ce fut pour lui que Barthélémy composa, en 1755, ces réflexions et le roman de Carite et Poljrdore. Il ne travailla pas en vain , et jamais personne ne donna plus d'espérances que le jeune d'Auriac; mais une mort prématurée l'enleva, en 1769 , à sa patrie , à ses parents et à ses amis , dont il faisait les délices.

Il avait beaucoup dje connaissances et une grande jus-»

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