‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 37 sur 53 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

AVERTISSEMENT

DE L'EDITEUR

i LUS le nombre des livres augmente, plus il est nécessaire d'en faire et d'en conserver des extraits, qui ne dispensent pas , à li^^érité , de les lire , mais qui indiquent Futilité dont ils peuvent être. Cette considération le cède néanmoins à une autre bien importante , et sur laquelle je m'ailrêterai un instant. Si la fureur d'écrire continue, il sera bientôt impossible d'approfondir aucune matière , sans avoir passé plusieurs années à une étude pénible de la bibliographie. De Tabondance naîtra alors la stérilité; de la science, Tignorance, et de la lumière, les ténèbres ; enfin , nous serons replongés dans la barbarie par les mêmes moyens qui nous en ont tirés : et , avant que d'en sortir de nouveau, peut-être faudra-t-il que nos prétendues richesses aient été dévorées par le temps , que les monuments de notre orgueil , ou les hochets de notre vanité aient été détruits , et que le fruit des travaux de tant de siècles ait presque entièrement disparu. Le délire de l'opinion exécutera ce que la rage aveugle des conquérants avait déjà fait : tour-à-tour on se débarrassera de ce qu'on aura appris à mépriser, et on réalisera la fable d'Omar, en y croyant et la citant mâme

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comme un trait de démence. La légèreté, l'irréflexion , Tesprit de parti , la manie des goûts exclusifs , le fanatisme philosophique , etc. , Faction et la réaction d'une foule d'autres causes , tout concourra à étendre l'empire du néant, jusqu'à ce que la Providence y mette des bornes et sauve encore une fois l'esprit humain des suites funestes de son égarement. Dans cette conjecture, on recherchera avec empressement les livres qui auront échappé à 'la destruction, et ceijx qui renfermeront les extraits d'un grand nombre d'^||jmfages seront indubitablement préférés. '■•^

Un pareil avantage appartieiu sans contredit aux journaux; ils deviendront alors. aus^i précieux que là bibliothèque de Photius, qui en, a fourni l'idée. Sallo, conseiller au parlement de Paris., en S/ÊÙtA le premier; il commença, le 5 janvier i665, à pribror le Journal des Savants y et eut bientôt de nombreux imitateurs. D'abord ceux-ci ne donnèrent qu'une courte analyse ouM'e&prit des livres , et on ne peut refuser à Bayle la jûitice de dire qu'il a excellé en ce genre. Basnage étendit davantage ses extraits, et Jean le Clerc fit encore lès siens moins abrégés ou plus complets. Son exemple fut bientôt suivi par tous les journalistes, qui se multiplièrent à l'infini et se succédèrent rapidement en Hollande et dans tous les pays étrangers. On peut leur reprocher , en général, de ne s'être pas renfermés dans de justes bornes, et de n'avoir pas su prendre la manière de Fontenelle. Cet écrivain célèbre a donné, dans l'histoire de l'académie des sciences , le vrai modèle de 1 analyse littéraire : jamais on n'a mis plus d'ordre, de précision et de clarté dans l'analyse des écrits souvent abstraits , et quelquefois trèsobscurs : jamais on n'a donné des résultats plus lumineux et plus satisfaisants. Quelquefois il rendait intelligible

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ce que les auteurs n'avaient pas entendu eux-mêmes, et par-là leur fournissait le moyen de s'éclaircir et de se perfectionner.

Mais un si rare talent pour l'analyse n'est réservé qu'à un petit nombre d'hommes , et ceux qui l'ont , dédaignent trop fréquemment de s'en servir. D'ailleurs ," cela demande beaucoup de temps et de réflexions ; et le public était devenu impatient. L'amour de l'étude , safFaiblissant chaque jour , avait été remplacé par cette passion de tout lire et de juger de tout, qui engage les gens de lettres à prostituer la science, multiplie les auteurs, au grand préjudice de la société, et doit tôt ou tard ramener les siècles de barbarie , après avoir causé bien des maux au genre humain. Les journalistes n'oublièrent rien pour alimenter une passion qui les nourrissait eux-mêmes ; et leurs écrits n'ont pas peu contribué à former parmi nous un peuple dangereux de Itseurs.

Une semblable contagion fit changer tout de face; et au milieu de ce siècle, la république des lettres n'était déjà plus reconnaissable. Son sein fut déQ|iiré par la haine des partis , et la fureur du prosélytisme ou celui de la renommée. On jugeait les ouvrages avant de les lire. La plupart des journaux n'en offraient pour l'ordinaire que des extraits mutilés ou des analyses infidèles; et leurs décisions étaient quelquefois aussi ineptes que partiales. Souvent on n'y voyait pas même les premières notions des sciences , de la littérature et des arts ; rarement on y trouvait des jugements éclairés par l'expérience, et prononcés par la justice.

Cependant on distingua encore quelques écrits périodiques où le goût et la saine critique régnaient', et d'où rimpartialité n'était pas entièrement bannie. On peut mettre surtout dans ce nombre le Journal Etranger, ré«^

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djgé par Arnaud et Suard; le Journal Britannique y par Maty ; celui de Berlin , par Gastiihon et autres académiciens de cette ville ; les Gazettes Littéraires de Gottingue et d'Iëna , le Monthly Bet^iew, en Angleterre , etc. Aucun toutefois ne mérite plus d'éloges que le Journal des Sa^- Tjonts. On s'y écarta peu des règles , et la passion ne dirigea point la plume des auteurs. Cela fut dû à la manière dont il était rédigé. Une société de gens de lettres , présidée par le chancelier, ou le magistrat chargé de la librairie 'y s'assemblait tous les quinze jours: dans ces séances , on lisait les extraits qui étaient soumis à l'examen de toute la société. /Barthélémy en fut long-temps membre; et, sans être obligé à un travail régulier, il ne coopéra pas moin s^ à cet ouvrage périodique, non-seulement par des observations verbales, mais encore en rendant compte kd-même des livres dont le sujet avait rapport à ses études particulières.

Son amour ardent et sincère ppur les lettres s'étendait aux personnes qui les cultivaient. Il chercha toujours à les encourager, et jamais à les déprimer. Il ne lisait ordinairement uii écrit qu'avec un sentiment de bienveillance pour l'auteur. Son cœur en imposait d'abord à fon esprit , et la force seule d'une raison exercée pouvait le ramener aux principes de critique, d'après lesquels il jugeait avec autant d'honnêteté que de justice. Sa censure n'était pas capable d'afïliger l'amour-propre ; il cherchait moins à montrer en quoi on avait mal £adt, qu'à insinuer comme on aurait pu faire. Dans ses extraits , on s'aperçoit sans peine qu'il est parfaitement instruit de la matière de l'ouvrage qu'il analyse 5 et il les accompagne de remarques judicieuses.

De pareils articles m'ont donc paru dignes de fixer l'attention des lecteurs, et devoir entrer dans les œuvres

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diverses de Barthélémy. Ils sont tous imprimés sans nom d*auteur ; mais je me suis assuré qu'ils étaient de lui , par des doubles exemplaires insérés dans les livres mêmeà dont il avait rendu compte, ou qui se trouvaient dans ses porte-feuilles. Du reste , il en a avoué plusieurs , et €e proposait aussi d'en insérer , dans le recueil de ses dissertations , quelques-uns , entre autres ceux qui concernent les ruines de Palmyre et celles de Balbec.

L'un et l'autre se trouvent ici, et sont suivis par trois articles concernant les antiquités d'Herculanum , vaste collection plus recommandable par la beauté des dessins que par la justesse des explications , plrine d'érudition , mais dépourvue de critique. Barthélémy n'a parlé que d^s deux premiers volumes; il paraît avoir un peu ménagé les auteurs. Peut-être aurait-on désiré qu'il y eût mis plus de sévérité et continué de rendre compte des autres volumes , que les ministres du roi de Naples lui faisaient passer, conformément aux ordres de ce prince. Les Tables d'Héraclée sont un des monuments les plus précieux que le hasard ait fiait découvrir; le savant Mazochi les a interprétées avec beaucoup moins d'ordre que de savoir, et il serait assez difficile de saisir

le résultat de son long commentaire sans les deux^fx-* traits qu'en a donné Barthélémy. A ces sept articles , on en aurait pu joindre d'autres ; mais la plupart regardant la dispute que Barthélémy eut avec le docteur Swinton , relativement aux lettres phéniciennes , ils seront mieux placés dans ses œuvres savantes. J'en ai seulement choisi . un sur les médailles du triumvir Marc- Antoine , parce qu'il renferme des obsei^ations qui méritent d'être tirées de l'oubli.

Barthélémy avait suggéré au comte de Caylus le dessein de faire un nouveau recueil d'antiquités égyptiennes,

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grecques , romaines et gauloises ; il l'avait beaucoup aide de son savoir et de ses lumières , dans les explications du premier volume, et lui avait fourni plusieurs. articles soit pour celui-là , soit pour le$ suivants. Il paraît qu il est Fauteur de deux ou trois extraits de cet ouvrage qu'on lit dans le Journal des Savants; mais A^Nirés det autres, ils n'offriraient aucun intérêt. D'ailleurs , ce recueil est entre les mains de tout le monde , avantage que n'ont pas les ouvrages dont je viens de parler. En conséquence , je me suis borné à en faire réimprimer les extraits. Ils doivent donner une idée suffisante des talents de Barthélémy pour la critique et l'analyse littéraire.

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