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expliqué le sentiment de l'auteur sur l'origine de cette dénomination.
Elle subsistait du temps de Pytliagore, qui vivait vers l'an 200 de Rome : Polybe , Cicéron , Yalère- Maxinie et autres auteurs dont on produit les témoignages , ne permettent pas d'en douter : et l'on voit par le récit de Tite-Live (l. XXXI, c. 7), qu'elle subsistait encore l'an 553; mais vers l'an Goo, du temps de Polybe , elle n'était plus en usage. Aussi les écrivains qui ont vécu après Auguste ne manquent pas de rapporter cette dénomination à des temps qui les avaient précédés. Elle n'occupe donc que l'intervalle qu'il y a entre les ans 200 et 600 de Rome , et elle ne prit fin que parce que les villes grecques adoptèrent insensiblement la langue et les lois des villes barbares qui étaient voisines. Cette observation ne conduit -elle pas naturellement à donner à Pythagore l'origine de cette dénomination : c'est aussi ce qu'assurent positivement lamblique et Porphyre, en disant que cette partie de l'Italie, qui fut appelée la Grande- Grèce, dut ce nom à Pythagore, qui la rendit célèbre par les écoles de philosophie qu'il y établit. M. Mazochi ne doute pas que plusieurs Romains ne vinssent prendre des leçons de ce philosophe ou de ses disciples, et que les trois députés de Rome, qui furent chargés de recueillir les lois des Grecs, n'aient visité les villes grecques d'Italie, avant de passer à Athènes. Denys d'Halicarnasse (1. X) rapporte, en effet, que, dans le sénat, l'avis de Romilius fut d'envoyer des députés, soit dans
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les villes grecques d'Italie, soit dans celle d'Athènes, pour faire un corps de lois qui conviendrait Iç mieux au gouvernement romain. Ces villes furent florissantes jusqu'au règne de Denys le Tyran, qui fut leur ennemi déclaré; elles se relevèrent ensuite, et se soutinrent , au rapport de Synesius ( ad Pœonium) ^ jusqu'à la neuvième génération après Pythagore.
Le témoignage de cet écrivain fournit matière à de nouvelles discussions. Que de sentiments différents sur la durée d'une génération ! Les uns la font de sept ans, d'autres de vingt-cinq, quelques-uns de vingt -sept; il y a, selon Censorin, deux calculs à cet égard, qui sont plus communément reçus, et qui, réunissant trois générations en une, lui donnent ou quatre-vingt-dix ou cent ans d'étendue. M. Mazochi adopte ce dernier parti, et , conduit par ces recherches à donner cent ans à chaque âge , il fait tomber la ruine des républiques grecques vers l'an 54o de Rome. La langueur des écoles philosophiques introduisit le luxe , les vices et la division : la perte de la liberté en fut la suite. Mais comment concilier cette opinion avec le récit de Porphyre? Cet auteur, dans la vie de Pythagore, dit qu'un certain Cylon Crotoniate s'offrit au philosophe pour être son disciple; il fut refusé , et chercha le moyen de se venger. Il ameute ses amis, et les détermine à mettre le feu à la maison de l'athlète Milon , où les disciples du philosophe étaient assemblés. Heureusement il était absent ; Archippe et Lysis furent les seuls
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qui échappèrent ; les autres furent alors dispersés , de manière que la secte et la philosophie se perdirent. M. Mazochi avoue qu'après cette aventure ce fut, en effet, moins dans la Grande-Grèce que dans les autres villes grecques que se maintint la secte pythagorique. D'ailleurs, selon le témoignage de lamblique, les pythagoriciens dispersés furent ensuite rappelés , et revinrent au nombre de soixante de l'Achaïe , où la plupart s'étaient retirés. Les écoles furent alors rétablies , et- subsistèrent jusqu'au temps où les villes grecques perdirent leur liberté. Nigidius-Figulus, du temps de Cicéron, les fit revivre, et il y eut long- temps après des pythagoriciens en Italie. Justin, martyr, eut pour maître un philosophe de cette secte, et Clément d'Alexandrie en eut deux dans la Grande-Grèce.
Le savant auteur examine ensuite pourquoi la secte de Pythagore fut appelée italique : il observe qu'anciennement, et même du temps de ce philosophe jusqu'à celui d'Aristote et d'Alexandre-le- Grand, on n'entendait par l'Italie que cette étendue de pays qui porta ensuite le nom de Grande-Grèce. Voilà pourquoi lamblique dit qu'après l'entreprise de Cylon , le reste des pythagoriciens sortit de l'Italie , à la réserve d'Archy tas de Tarente , et prit le parti de se réfugier à Rhegium. Car, comme cette ville n'était pas comprise dans la Grande- Grèce , elle n'était pas non plus dans l'Italie de ces temps-là. Cette contrée était ce que Pline appelle le front d'Italie , A Locris frons Italiœ incipit; dénomination dont Pomponius Mêla explique la raison
en ces termes ; Frons ejus in duo quidem se coriiua scindit (l. 11 , d l\). Voilà pourquoi on trouve si fréquemment sur d'anciennes médailles de la Grèce Italique, la figure ou entière ou imparfaite d'un taureau, et d'où même est venu le nom à' Italie y de FituluSy qui autrefois s'appelait 1 talus ou Vitalus.
M. Mazochi distingue dans la Grande-Grèce, huit contrées, des Locriens, des Cauloniates, des habitants du golfe Scylletique, qui, dans la suite, prit le nom de Scjlax, des Crotoniates, des Sybarites, nommés ensuite ThurienSy des Héracléotes, des Métapontins et des Tarentins. Il entre bientôt après dans le détail des villes particulières , et , en parlant de Crotone, il ne manque pas d'avertir que son nom vient du chaldéen kartha, ville; et qu'il ne faut pas la confondre avec une autre ville de Toscane que les latins ont nommée Cortone , quoique les Grecs aient également appelé l'une et l'autre Crotone (KpoTÔiva) : il remarque aussi que les Locres d'Italie étaient une colonie de ceux de la Grèce. Le Parnasse partageait le territoire de ceux-ci, de sorte que ceux qui habitaient en deçà, entre l'Etolie et la Phocide, s'appelaient Locriens Ozoles, et ceux qui étaient au-delà , du côté des Thermopyles et de l'Euripe , se nommaient Locriens Épicnémidiens , du nom d'une montagne voisine, comme les Locriens d'Italie s'appelèrent Epizéphiriens à cause du promontoire voisin.
Après avoir ainsi parcouru les villes renfermées dans la Grande-Grèce proprement dite, l'auteur passe à la liste des villes grecques qui étaient sur
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les côtes de la mer Adriatique ; il la commence par la ville appelée Hatria ou Hadria, qui donna son nom au golfe , et la termine par celle qui , au midi , , se nommait Hjdrus on Hydruntum . Il observe que Brundusium s'appelait aussi Branla ou Brunta^ et même Brenta ou Brenda^ nom que les Grecs dérivaient de BpévTtov, qui signifie bois de cerf, parce que, comme le dit Strabon, cette ville avec son port représentait la tête de cet animal. Mais l'auteur, selon sa coutume, remonte au chaldéen hiranta, qui signifie xxnfort ou un palais.
La troisième liste qu'il présente comprend les villes grecques qui étaient sur les côtes de la Lucanie, depuis Rhegium jusqu'à Posidonie. Il lui restait à parler des villes grecques situées sur les côtes de la Campanie, mais il renvoie ce détail à un autre volume. Pour former le catalogue de toutes ces villes , il ne se fonde pas seulement sur le témoignage des auteurs, mais plus encore sur les médailles et sur les anciens monuments. Voici, en peu de mots , la substance de son système. Il pense que les Étrusques, qui, selon lui, venaient de la Phénicie, ou du moins de l'Orient, furent d'abord les maîtres de presque toute l'Italie, et y bâtirent des villes. Les Grecs n'y abordèrent que long-temps après, et s'établirent principalement sur les côtes maritimes. Mais , pour connaître l'état de la Grèce Italique, il faut distinguer les temps. Anciennement, et environ l'an 200 de Rome, on distingua la Grande- Grèce, comprise, comme on l'a dit, entre les branches de l'Apennin et trois golfes, du corps des
autres villes grecques, dont les unes, placées sur les cotes de la mer Adriatique , s'étendaient depuis Hadria jusqu'à Leuca, et les autres étaient situées sur les rivages de la mer de Toscane , depuis Rhegium jusqu'à Cumes. Le corps de ces villes portait simplement le nom de Grèce Italique. Vers les derniers temps de la république, et sur -tout des premiers empereurs, plusieurs de ces villes adoptèrent la langue et les lois romaines; de sorte que, du temps de Strabon, qui écrivait sous Tibère, il ne restait presque plus de ces villes grecques que Rhegium et Naples. Avant cette époque, et vers le septième siècle de la république, il y avait déjà eu un changement qui a\ait influé sur le langage. Il restait deux corps de villes grecques, l'un renfermé dans les deux branches de l'Apennin, dont on a tant parlé, et qu'on appelait alors Major-Grœcia^ c'est le nom qu'on lui donnait du temps de Cicéron; l'autre, sur les bords de la Campanie, portait le nom de petite Grèce , ou de Grèce simplement. Toutes ces villes grecques avaient cela de commun, qu'elles étaient ou sur les côtes , ou peu éloignées de la mer : aussi n'y en avait-il que sur les côtes maritimes du royaume de Naples, non-seulement jusqu'à Cumes, mais même jusqu'à Sinope, qui prit le nom de Sinuesse. Au-delà, et plus au nord, il n'y avait point de villes grecques, et l'intérieur du royaume de Naples était occupé par différents peuples. Il y en avait aussi dans la Sicile, mais elles ne faisaient point partie de ce qu'on appelait ia Grande-Grèce, et Xylander ne l'a fait dire à
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Strabon , que parce qu'il a mal rendu le texte de son auteur.
On sait assez dans combien de discussions épineuses et de recherches profondes doit jeter un pareil détail: aussi l'auteur ne les épargne pas à ses lecteurs. Sa vaste érudition ne se montre pas moins dans ce qu'il dit sur Héraclée : il relève une faute échappée à M. de Tlsle , qui, dans sa carte de l'ancienne Grèce, avait placé XAcalandre au midi du fleuve Cylistarne, au nord duquel est le Siris; il montre que V Acalandre était entre le fleuve Aciris^ vers le nord, et le fleuve Siris plus méridional; et c'est ainsi qu'il l'a placé dans une carte de la Grèce Italique jointe à ses dissertations. Or, c'est sur la droite de l'Aciris qu'Héraclée était située; les Tarentins , qui la construisirent, y firent passer les habitants de Siris: c'est une autre ville qui était placée sur le fleuve du même nom. Mais quelle fut l'origine de Siris? c'est un point que l'auteur ne nous laissera point ignorer. Elle fut bâtie par les Ioniens, qui furent, à son avis, les petits fils de Noë par Javan , et cela long-temps avant la guerre de Troie. Dans la suite, les Troyens, unis aux Crotoniates, c'est-à-dire, aux Achéens, massacrèrent les Ioniens et s'emparèrent de la ville. Après quoi , les Thuriens et les Tarentins se la disputèrent, et l'on convint que les uns et les autres l'habiteraient, à condition que l'autorité appartiendrait à ceux-ci. Enfin , les Sirites furent obligés de quitter leur ville, et de venir peupler Héraclée, où les Tarentins envoyèrent aussi une colonie. Siris porta
différents noms , entre autres , celui de Chone : c'est ainsi, selon Phavorin, que les Égyptiens appellent Hercule qui passa en Italie, et donna son nom aux Sirites. L'auteur ne se contente pas de cette étymologie, il en tire une autre de l'hébreu Chion^ nom qu'on sait avoir été donné à Saturne par les Phéniciens: ce qui fait corapendre pourquoi, selon la remarque de Plutarque {in Iside) Anubis, appelé par les Grecs Ruwv, était Saturne. De Chion on fit Kpov ou Kpovûv, en insérant une r, et Kpovia, saturnia terra, au lieu de ywvia.
Tarente est une autre ville voisine d'Héraclée, qui prête aux recherches de M. Mazochi. On la croit bâtie par Taras , fils d'Hercule, selon quelquesuns, et de Neptune, selon d'autres, dont l'auteur adopte le sentiment. Il croit de plus que ce Taras est le même que Tiras , fds de Japhet : or , on sait que, suivant Bochard, Neptune et Japhet étaient la même personne. Les Cretois dans la suite s'en emparèrent, ou du moins partagèrent l'autorité avec les anciens habitants , et cela avant la guerre de Troie : ce qui dura jusqu'à la vingt -unième olympiade. Ce fut alors que les Partliéniens de Lacédémone, sous la conduite de Phalantus s'en rendirent maîtres. Elle était florissante du temps du philosophe Archytas (vers la centième olympiade) , qui la gouvernait. Elle perdit son autonomie du temps d'Annibal, vers l'an 544 de Rome, et fut prise par Fabius Maximus; enfin, vers l'an 63o, les Romains y envoyèrent une colonie.
On a pu remarquer que ce savant auteur saisit
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les occasions qui se présentent de chercher dans la langue phénicienne les origines des noms. C'est ainsi qu'en parlant de Métaponte, qui auparavant s'appelait Metabus, il n'hésite pas de dire qu'elle fut ainsi nommée par les Orientaux ou les Phéniciens, qui la bâtirent, du chaldéen Metiba, qui signifie ^éy'owr, domicile. Après la guerre de Troie, les Pyliens y envoyèrent une colonie; détruite ensuite par les Samnites, elle fut habitée par les Achéens.
Les géographes jusqu'ici n'avaient reconnu qu'une ville appelée Pandosie, sur les confins de la Lucanie, où mourut Pyrrhus, roi d'Epire; elle était placée où maintenant est Meiidicino. Mais il y en avait une autre près d'Héraclée sur le bord du fleuve Siris; Plutarque [in Pjrrho) en parle, et d en fait souvent mention dans les tables commentées par rahteur. Elle était sur la colline où fut ensuite Anglona, ville épiscopale détruite.
Les bornes d'un extrait ne nous permettent pas de suivre M. Mazochi (i) dans toutes ses digressions , quoiqu'il y en ait plusieurs où , parmi quelques conjectures hasardées, on trouve des vues peu communes, et des discussions intéressantes pour la connaissance de l'antiquité. Il serait peut-
(1) Mazochi estimait beaucoup les ouvrages de Barthélémy, dans lesquels il trouvait non-seulement beaucoup de sagacité et d'érudition, mais encore une brevitd lucida e ponderosa, expressions remarquables dans la bouche d'un savant de son caractère.
aOO LES TA.BLES D HÉRACLÉE.
être à souhaiter qu'il eût daigné donner plus d'ordre, de précision et de méthode à un ouvrage, sur-tout d'une érudition aussi sèche et aussi profonde; nous ne doutons pas néanmoins que les amateurs de la haute littérature n'en attendent la suite avec empressement.
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