‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 87 sur 115 · ET POLYDORE. I · texte numérisé non relu

ET POLYDORE. I

Le temps n'en était pas encore fixé ; Polydore au désespoir, abandonné des dieux et des hommes, et poursuivi tout -à-tour par les uns et par les autres, en 'butte aux traits du sort, à l'injustice, à la férocité, ne voyait plus de ressource, il n'en trouvait plus, il n'en voulait plus; la mort était le seul bien qu'il désirait; mais la mort ne vient jamais au secours des malheureux lorsque les malheureux l'appellent.

Polydore avait passé plusieurs jours dans cette srtualion , lorsqu'un événement imprévu vint lui rendre un rayon d'espérance : un bruit confus frappe ses oreilles , il apprend que la ville est en iimieur ; il s'avance , il s'informe , tout paraît en alarmes : les femmes , les enfants , les vieillards , chacun à l'envi sort de sa maison. Polydore , qui croit que le peuple est prêt de s'assembler, espère qu'à la fin il pourra se faire entendre ; mais lorsqu'il se présente dans la place publique, ses cris sont étouffés par ceux de la multitude : une importante affaire ne permet pas de l'écouter. L'ennemi approche de la ville, et jamais Epidaïu'e n'en eut à craindre de plus formidable. Les Athéniens, toujours poursuivis par Minos, avaient envoyé vainement cette année leurs présents ordinaires au temple d'Esculape : le roi de Crète avait exigé qu'on leur fermât l'entrée du port, et les Athéniens, indignés de cet affront, venaient pour en tirer vengeance avec une flotte considérable.

Polydore ne doit plus rien attendre de l'équité tu de la compassion des peuples d'Epidaure ; leur

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intérêt personnel les occupe trop en ce moment : mais le ciel lui offre une ressource clans l'armée de ses compatriotes: peut-être l'effort de son courage délivrera Carite? peut-être il tirera vengeance de cette ville perfide qui l'a privé de son amante? mais du moins la gloire de ses armes le rendra digne d'elle; il part. 11 sort de la ville, et il s'engage par des serments redoutables à ne plus s'en approcher que les armes à la main.

Son premier soin fut d'aller retrouver le fidèle Menthes: le vieillard, en le voyant paraître, accourut pour l'embrasser; ses enfants tombent aux pieds de Polydore, comme aux pieds de leur bienfaiteur : mais lorsque Menthes étonné l'interroge sur le sort de Carite , ce malheureux amant ne lui répond que par des pleurs. Il apprend enfin au vieillard les malheurs qu'il vient d'éprouver, la perfidie du grand prêtre, le dessein qu'il a pris d'en tirer vengeance, et les moyens qu'il a résolu d'employer. Menthes le confirme dans ce projet, et lui promet de chercher à l'instant une barque qui puisse le conduire à l'armée navale des Athéniens.

Ils marchèrent long- temps sur le bord de la mer sans pouvoir en trouver : les pêcheurs qui se tiennent ordinairement sur ses côtes , intimidés par la présence des ennemis, s'étaient retirés dans des anses inconnues, et craignaient de s'exposer au courroux des Athéniens. Cependant les prières de Menthes, dont la sagesse et la vertu se faisaient respecter parmi les habitants grossiers de ces bords, déterminèrent un d'-entre eux à transporter Polydore dans la flotte ennemie.

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