‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 72 sur 85 · A UN ARTISTE · texte numérisé non relu

A UN ARTISTE

Vous me demandez, monsieur, si l'usage de placer l'épée à droite ou à gauche a été le même chez toutes les nations et dans tous les temps. Voici sur ce sujet quelques observations relatives aux Grecs et aux Romains, d'après les historiens et les monuments.

Polybe '' lib. VI ,pag. 4^9 ) ^ui écrivait vers l'an i5o avant Jésus-Christ, décrit exactement les armes des Romains, et dit que les fantassins portaient l'épée espagnole près de la cuisse droite.

Environ deux cent trente ans après , Josephe, qui s'était distingué dans la guerre des juifs contre Vespasien , dit ( de Bell. Jud. , l. II 7, c. 5 ) que

dans les armées romaines le fantassin portait deux épées, Tune pins longue à ganche , l'antre , qui n'avait qu'un palme de longueur, c'est-à-dire , neuf à dix pouces, à droite. Il ajoute que le cavalier portait une longue épée du côté droit.

Sidonius Apollinaris,mort évéque de Clermont, vers l'an [\?*i de l'ère vulgaire , qui nous a laissé quelques pièces de poésie , dit dans un endroit ( car. //, v. 393^ que le baudrier tenait l'épée sus-' pendue à gauche.

Applicat a liv\'dfulgentetn halleus cnse/n.

Procope , qui vivait du temps de Justinien, environ deux cents ans après Sidonius, observe que les archers de son temps portaient l'épée au coté gauche ( Bell. Per. I cap. i ).

Quant aux monuments, il est certain que sur la colonne de Trajan, celle d'Antonin , sur l'arc de Septime Sévère et d'autres monuments qui nous sont restés des Romains, la plupart des soldats ont l'épée à droite , en même temps que plusieurs la portent à gauche, ainsi que l'empereur et les principaux officiers rangés autour de lui.

Il est certain encore que, dans ce fameux disque d'argent trouvé dans le Rhône , au siècle dernier, conservé maintenant au cabinet du roi , et connu sous le nom de bouclier de Scipion,on voit deux soldats avec l'épée à la gauche.

Il est certain encore que dans des bas-reliefs antiques conservés en Italie, lesquels représentent

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le sacrifice d'Iphigénie , les héros grecs ont l'épée

du côté gauche.

Parmi les médailles grecques et romaines, je ne m'en rappelle aucune où l'épée soit à droite, mais j'en connais beaucoup où elle est à gauche. Je dois observer que, dans le temps où furent élevées les colonnes trajane et antonine, où sont tant de soldats avec leur épée placée du côté droit , on frappait à Rome des monnaies où l'empereur paraissait avec une épée placée à gauche.

D'après d'autres indications , je présume que , dans les plus anciens temps, les soldats avaient une épée et un poignard ; que cette épée fut tantôt longue et tantôt courte ; qu'Iphicrate, général athénien , préféra l'épée longue ; que les guerres puniques la raccourcirent , en empruntant la forme qu'avait cette arme parmi les espagnols , et la placèrent vers la cuisse droite, où plus anciennement était le poignard , que l'usage de l'épée longue à gauche, et de l'épée courte à gauche , subsistait encore du temps de Vespasien, que peu de temps après, du temps des Antonins , on se contenta de l'épée courte , c'est-à-dine , de dix-huit pouces , que les uns plaçaient à droite, les autres à gauche, suivant que cela leur était plus Commode , mais que les empereurs et les principaux officiers la mettaient à gauche.

Ainsi , loin d'avancer comme un principe que les anciens portaient toujours l'épée du côté droit, je dirai qu'originairement l'épée devait être à gauche, et que des circonstances particulières la transpor-

tèreiit à droite; et qu'ainsi un artiste, qui, en traitant un sujet tiré de l'histoire grecque, placera l'épée à gauche, aura beaucoup de monuments pour hii, et aucun contre lui; et qu'en traitant un sujet de l'histoire romaine postérieur aux guerres puniques , surtout si c'est une bataille , un assaut, il pourra, suivant que ses figures seront plus ou moins en action, laisser tomber la petite épée sur la cuisse droite, ou sur le côté droit, ou même derrière le dos, parce que, en effet, cette épée suspendue au baudrier, sans que rien ne la retienne * paraît dans toutes ces positions sur les colonnes et sur les arcs-de -triomphe des empereurs.

Mais je n'en suis pas moins persuadé qu'un artiste qui représenterait un empereur, un général en habit militaire, mais dans une situation tranquille, ne pécherait pas contre le costume en la plaçant à la gauche de ses figures.

J'ai l'honneur d'être, etc.

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