‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: Littérature ancienne et beaux-artsChapitre 57 sur 76 · A M. ADLER · texte numérisé non relu

A M. ADLER

Le i*''jum 1782.

J'ai vu avec plaisir, monsieur, l'inscription que vous m'avez fait l'honneur de me communiquer de la part de monseigneur Borgia. Ses lumières ne me laissent aucun doute sur l'authenticité de l'origiginal, et sur l'exactitude de la copie, et c^est pour me conformer à ses ordres que je vais vous dire mon. avis en peu de mots.

Je rapporterais volontiers ce monument ( 1 ) au

(1) M. Jean Pliili|»pe Siebenkees a publié» en 1789, ce mo-

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sixième ou cinquième siècle avant Jésus* Christ. L'inscription est en dialecte dorique, tel qu'il était en usage dans la grande Grèce, où il a été découvert.

Quelques-unes des le^es présentent des formes peu connues; mais leur valeur est déterminée par les anciens monuments ou par le sens de l'inscription. Tels sont les suivantes :

D A, comme dans les plus anciennes mé*^

dailles de Zancle ou Messine.

h ïotUy comme dans la colonne du sénateur

Nani.

^f M, comme sur plusieurs monuments.

/Vf 2, comme sur plusieurs médailles delà

grande Grèce.

Il faut remarquer encore le digamma avant le mot OIKIAN, et V omicron, faisant quelquefois la fonction de Yomega.

D'après ces notions, je vais tracer Vinscriptiou avec des caractères plus usités (i).

nument avec une explication; M. Kuight e» a parlé dans bon Essai analytique sur Valphabeth grec^ en 1791. {N, de VÉdit.) (i) Voyez pour les caractères anciens la planche IV ci-jointe.

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SaS LETTRES.

eE02 . TrXA . 2AnTI2 AIA OTI. 2IKAINIAI. TAN OI KTAN. KAI TAAAA HANT A. AAMinPrOS. HAPArOP A2. nPOSENOI. MDVKIIN APM0HIAAM02. AFAOAP X02. ONATA2. EDIKOP

En voici maintenant une traduction littérale ea latin :

Dea fortimœ servatrix

dut Sicœniœ domum

Et reliqua omnia, (eu m essei) Demiurgus Pareigoras.

(cum essei) Proxeni Mincon,

Harmoxidamus , AgatharcuSy Oneias , Epicurus,

Le décret est signé i® par Paragoras, qui était démiurge; c'est le titre que donnaient à leurs principaux magistrats plusieurs villes d'origine dorienne. (Voyez Thucyd, lib. V, cap. 47. Hesychius^ etc. etc* Tiv. lib. XXXVIII, cap. 3o.)

a*^ Le décret est signé par cinq proxènes, espèces de magistrats chargés de protéger les étrangers qui avaient obtenu le droit d'hospitalité dans une ville.

Leur signature prouve qu'il était question ici d'un pareil droit, et que par le mot oixtav il faut entendre la maison ou l'hospice public où l'on recevait les étrangers auxquels on accordait l'hospitalité; c'est peut-être dans ce sens que, parmi les acceptions que Suidas donne au mot OIKIAN, oa

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LETTRES. Sag

trouve celui d'offinfTiov. Au privilège de lliospitalité en étaient joints d'autres exprimés par ces mots

La seule difficulté qui m'arrête, est le mot 2IKAI- NIAI. Tavais d'abord cru qu'il pouvait désigner la petite nation des Sicanes , qui avait autrefois possédé la Sicile, et qui, du temps de Thucydide, occupait encore quelques-unes des côtes occidentales de cette île ; mais le nom de ce peuple était 2IKÂ- NOI, et non 2IKAIN0I : de plus, ou aurait dit 2IKAIN0I2 plutôt que SIKAINIAI. Il est donc plus vraisemblable qu'il faut entendre ici d'une femme nommée 2IKAINIA. On pourrait incidenter sur ce nom ainsi que sur celui de Mincon qui vient après. Mais loin de nous arrêter à des objets si minutieux , concluons que l'inscription contient un décret pour accorder à quelqu'un l'hospitalité publique.

Ce décret est gravé sur une des tablettes de cuivre que, dans de pareilles occasions, on remettait entre les mains^de la personne favorisée pour lui servir de titre. Cet usage est confirmé par plusieurs exemples , et par deux , entre autres , que le père Paciaudi a rapportés {In Monum. Pelopon. tom. II, pag. i43). Gceron {In Ferr. lib. IV, cap. 65), en parlant des honneurs que le sénat de Syracuse lui avait décernés, ainsi qu'à son frère, dit: Décernant statim : primum , ut cum L.fratre hospitium publiée fieret: id non modo tum scripserunt verum etiam in œre incisum nobis tradiderunt Autre exemple : le * 3énat et le peuple de Malthe, ayant accordé Thos-

Oigitized

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33o LETTRES.

pas pour donner à cet abte toute l'autorité dont

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Ht^r . :i3^ . J'iir.

ATAK'

r/// M. D(C\ LXXXJll,

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LETTRES. 33l

il avait besoin ? Il me sqiable qu il en coûte moins d'adopter cette idée que de prendre le mot 2AftTI2 pour le nom d'une ville dont il ne reste point de traces dans les auteurs anciens.

Ce mot, je vous l'avoue, m emfearrasse. Il ne se trouve point dans les auteurs grecs; il m'aiTeta au moment que je lus l'inscription (x). Je cherchais à le décomposer pour en saisir le sens , lorsqu'un de mes amis, qui arriva par hasard , me proposa de le traduire par Serveldina ou Sospita> en le prenant pour le féminin de SAilTHP. L'analogie de la langue s'y trouvait, et je préférai cette conjecture à toutes celles que j'avais imaginées. Je sais qu'en Sicile, los Doriens disaient 2Î1TEIPA au lieu de 2AnT12. Mais il est impossible que dans la Grande-Grèce , ils aient employé cette dernière forme. J'ajoute que 2AliTI2 se lie naturellement avec les deux mots précédents. Vous proposez, monsieur, de les isoler, comme dans plusieurs inscriptions qui commencent par ArA0H TÏXH. Mais ces deux mots ne sont-ils pas toujours au datif? Je n'ai ici aucun recueil d'inscriptions et ne puis vérifier le fait. Je ne me rappelle pas non plus si les lames de cuivre rapportées par le père Paciaudi, et citées dans ma lettre à M. Adler, font mention des descendants

(i) Tai trouvé depuis dans Pausanias, lib. IX, cap. 26, page 761 , une statue de bronze consacrée à[ Jupiter Sauveur, sotts le titre de SAOTOï AI02.

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3cVa LETTRES.

de la personne à qui l'on avait accordé un semblable privilège.

J'ai l'honneur d'être, etc.

P. S. Il reste le mot 2IKAINIAI, qui n'est pas moins embarrassant que celui de 2AATI2. Il peut désigner une femme, ou peut-être la petite natio^n des Sicaniens. De ces deux acceptions, j'avais préféré la première: vous choisirez volontiers la seconde. Il me $|imble que dans les privilèges que les villes s'accordaient mutuellement , on n'expriinait pas le nom de la ville ou de la nation, mais celui des habitants. Par exemple, on ne disait pas* Byzance accorde à Athènes, mais les Byzantins accordent aux Athéniens, etc.

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