A M, DE SAINT-VINCENS
^ Paris, ce 7 mars 1779.
Je ne connaissais point , monsieur le président, de méda^^e d'or frappée à Marseille. Mon neveu m'écrivît, au mois de septembre dernier, qu'il avait trouvé chez un curieux , à Amsterdam , où quelques affaires l'avaient conduit , trois médailles extrêmement précieuses qui n^anquaient au cabinet du roi ; l'une de l'empereur Carausius , l'autre d'un Nicomède, roi de Bithynie, et la troisième de Marseille. Il m'assura qu'elles étaient indubitables ; et quoique je m'en rapportasse volontiers à ses lumières j'exigeai, avant que d'en faire l'acquisition par voie d'échange , qu'elles me fussent envoyées. Je les reçus, et elles ne me parurent susceptibles d'aucun soupçon. Je donnai pour celle de Marseille une médaille fort rare en or de Ptolémée V^. , roi d'Egypte , représentant au revers un quadrige trainé par des éléphants ; pour les deux autres , des médailles impériales en or.
Celle de Marseille est très-bien conservée, et pèse un gros vingt-huit grains et demi. C'est peutêtre la même que Goltzius avait publiée , et qui „
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suivant toutes les apparences, était de son temps dans quelque cabinet de Hollande, ou de Flandre. Votre erreur, si c'en est une, nous était commune, et ne fait aucun tort ik votre excellent morceau sur les médailles de Marseille. On ne petit pas répondre, quand on écrit, des médailles que la terre nous restitue peu à peu ou qui restent ensevelies dans l'obscurité d'un cabinet. Si j'avais écrit sur* celles des rois de Bithynie, j'aurais dit qu'il ne s'eil trouve point en or, et cependant en voilà une. Je sui^ avec respect , etc.
AU MÊME
Ce 18 janvier 1783.
Ce n'est pas, monsieur, la première fois, à ce qu'on prétend, qu'on a trouvé des couteaux ou poignards de pierre auprès des cadavres déterrés dans les Gaules (i). On m'en a cité plus d'un
(i) Un pardcuîier a trouvé à MoUans, en Dauphiné, deux ou trois cents cadavres rangés les uns à côté des autred. Ils avaient chacun à côté d'eux une espèce de couteau- fait de pierre à fusil L*avidité de ce particulier à fait que sur-le-champ il a tout dérangé et tout biisé, espérant de trouver quelques pièces d'ar-
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exemple à l'académie, où j'ai lu votre lettre. On m'a dit aussi qu'à Brème, auprès de Soissons, des laboureurs cuvaient trouvé , à quelques pieds sous terre, un espèce de caveau, sur lequel était étendu un cadavre, entouré de douze têtes placées sur autant de pierres auprès de lui. Je ne me rappelle point d'avoir vu, ni dans les cabinets, ni dans les recueils dess^tiquaires, des iiistruments de cette espèce. Mais j'ai vu souvent des haches de pierre assez tranchantes qui a.vaient servi aux anciens habitants de ce pays. Ils pouvaient donc avoir des poignards, tels que ceux qu'on a découverts dans votre terre.
Je pense, comme vous, que ces armes sont d'un temps où les habitants de cette contrée ne connaissaient pas encore l'usage du fer. Mais ce temps pourrait n'être que de quelques siècles antérieur à la conquête de^ Gaules par les Romains, et peut-être même d'nn petit nombre d'années. Les peuples grossiers conservent long-temps leurs anciens iteages , et par le défaut soit des historiens ,
gent. Ses recherches ont été inutiles ; e| il n'existe plus clans ce moinent qu'un tas d'ossements brisés. Les couteaux, ont été aussi mis en pièces. Ils avaient, lorsqu'ils étaient entiers, environ un pied de long. On n'a pu m'envoyer qu'un fragment qui a quatre pouces de longueur sur un de largeur. Il est triangulaire , et le bout en est un peu recourbé. Il est aigu , paraissant avoir été poli à 1^ meule. On serait tenté de croire que ces armes sont du temps oii, les habitants de cette contrée ne con-r naisstaient pas l'usage du fer> ( Extr, de la lettre (le M, de Sçint-. Ffncens.)
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LETTRES. 36l
soit des autres monuments , nous ne sommes plus en état de suivre les révolutions que ces usages ont éprouvées.
Nous avons au cabinet du roi des médailles d'Antonin, frappées la cinquième ou la vingtquatrième année de son règne , représentant au revers un bélier avec la tête ou d'Ammon ou de Sérapis. Je n'en fis pas usage dans ma dissertation {Académie des inscriptions^ tom. XLI, p. 5oi), parce que ce bélier n'y est point accompagné d'une planète. Ce qui m'avait frappé daps les médailles de ce prince, c'était de voir 3QUs l'année huitième, la suite des signes du zodiaque toujours correspondante à certaines planètes caractérisées par leurs attributs et par une étoile. On voyait une intention marquée, et c'est ce que je tachai de découvrir. Je ne nie point que le bélier de votre médaille soit un de ces signes , mais ce n'est peut-être aussi qu'un symbole sur lequel on ne pourrait proposer que des conjectures. Ce qui me déterminerait pour le symbole , c'est qu'on trouve le bélier avec la tête d'ammon sur les médailles de Faustine la jeune et de quelques autres princes postérieurs Agréez , etc.
P. S. Ecard a fait graver dans son traité de Origine Germanorum , deux couteaux de pierre , semblables à ceux qu'on a découverts en Dauphiné. On les a trouvés dans les tombeaux des anciens Germains: il est certain qu'ils se servaient de ces espèces d'armes avant de connaître l'usage du fer.
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36a LETTRES.
AU MÊME
Ce la septembre 1786.
Je communiquai à l'académie , monsieur, la pre- ; mière lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire sur la démolition du monument renfermé dans l'enceinte du vieux palais. Elle prit le plus vif intérêt à cette lecture , et témoigna un grand désir de voir les détails de cette découverte. Je ne les ai reçus qu'après qu'elle est entrée en vacance, et je ne pourrai les lui communiquer qu'après la Saint-Martin (i). Je suis assuré qu'elle sera aussi contente de vos réflexions que je l'ai été.
(1) Dans la démolition qfàe Totn fit à Aix, en 1786, de Tan* cien palais de justice , on renversa jusqu'aux fondements un monument antique qu'il renfermait. Ce monument consistait en une tour de douze toises d'élévation en y comprenant le carré massif ^ lequel elle était bâtie. Ce .carré avait vingt~six pieds six pouces de hauteur; sur vingt-sept pieds trois pouces de largeur en tous sens.
Cette tour était entourée de dix colonnes en demi-relief, qui avaient dix pieds de hauteur. Leurs chapiteaux étaient d'ordre composite. Entre l'architrave etia frise , qui avaient plus de hauteur que les règles ordinaires ne prescrivent, on avait continué le prolongement des demi-colonnes, ce qui faisait une décora-
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Je ne sui$ pas surpris qu'au seul aspect de cette tour, M. de Peiresc ait avaiicé que ce ne pouvait être qu'un tombeau. Il en avait vu de semblables en Italie ; et, sans sortir dénotre'provincevil trouvait à Saint-Eerai un exeipple frappant de ces espèces de construction. Je crois * ce dernier plus ancien que celui d'Aix. Bouche l'a fait graver ; il l'a été depuis par les soins de M. Mautour ( Mémoires de V académie desBelles-Lettrcs , vol, VII ). L'inscription que j'ai vérifiée sur les lieux , et que j'ai rapportée dans la relation de mon voyage d'Italie {Mémoires de r académie ^ tom. XXVIII. ), semble
tion sans goût. Enfin, cette tour était surmontée par dix autres colonnes de granit, vraisemblablement destinées à soutenir un dôme. Leurs chapiteaux étaient d'ordre composite. Le tonnerre en avait abattu deux, ce qui avait obligé de faire un mur pour lier celles qui restaient et les soutenir. Ces colonnes avaient onze pieds quatre pouces de hauteur et dix -huit pouces de diamètre. Au-dessus de ces colonnes on avait élevé, depuis environ deux siècles , un massif rond d'une toise d'élévation sur lequel on avait placé une horloge.
On découvrit dans la même tour deux urnes assez grandes , dont une était de porphyre, et toutes remplies d'ossements; ce qui démontre que le célèbre Peiresc avait eu raison de croire que le monument était un mausolée. Deux médailles , l'une de Trajan et l'autre d'^lius , trouvées dans ces urnes , sont trèsfavorables à l'opinion du saVant Fauris-Saint-Yincens, qui rapporte la construction de tout l'édifice aux premières années d'Antonin Pie. Dans un excellent mémoire envoyé à l'académie des Bélles^Lettres, il expliqué avec le même succès ui|e inscription qui désigne que ce mausolée était celui des trois patrons de la colonie d'Aix, etc.
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prouver que ce monument est du premier siècle de l'ère chrétienne. Vous atez raison de rapporter celui d'Aix au second. Je vous prie de les comparer, et d'examiner si ce dernier est en effet, comme vous le dites , le monument sépulcral le plus ma^ gnifique qui eût été élevé en -deçà des Alpes, Ce qu'il y a de certain, c'est que sur les quatre faces de la base, celui de Saint-Remi a des bas-reliefs à demi effacés, représentant des batailles. Cette décoration manquait à celui qu'on avait élevé à Aix.
Vous ne nous avez pas donné les dimensions de la boîte d'or. C'est une singularité qui mérite de l'attention.
Je pense , comme vous , que l'inscription dont vous rapportez un fragment, était placée sur ce tombeau. Il est fâcheux que l'autre moitié soit perdue. Il me vient sur cela une idée que je dois vous communiquer. Il me paraît que cette inscription faisait mention de trois personnages différents, tous trois étaient patrons de la colonie, puisque ces mots Patrono coloniœ s'y trouvent trois fois. De là les trois urnes que l'on a trouvées dans la tour. On en plaça une à la mort du premier ; on plaça successivement les autres , en ajoutant un nouvel ordre au monument. Mais pourquoi cette f différence de matières dans les urnes ? Elle peut dépendre de quantité de circonstances que nous ignorons et qu'il serait inutile de savoir. Il faut, à ce qu'il me semble , s'en tenir au résultat. Voilà trois patrons d'une ville ; leurs noms étsdent tracés dans la partie de l'inscription que nous n'avons
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plus. Il y a toute apparence que cette pierre était placée sur le tombeau où l'on a trouvé trois urnes , donc elles contenaient les cendres des trois personnages auxquelles la colonie a élevé ce monument.
Je fii;iis en vous remerciant de la bonté que vous avez eue de ro'annoncer cette découverte
et surtout des excellentes réflexions dont vous l'a-
vez accompagnée.
Agréez , etc.