II
Adrienne... Hélas ! elle avait, le jour de sa mort, l'âge même d'Adrienne Lecouvreur !
A la fin, Theure du départ était proche, il fallait partir; un ami vint qui arracha M11 Rachel à sa muette et dernière contemplation. La voiture, au pas, quitta cette place funèbre, et Ton dit que la malheureuse Rachel se penchait encore pour jeter uncoupd'œilsur les sombres murailles de ce grand théâtre où tout frémissait, où tout pleurait à sa parole, où elle avait réveillé tant de choses, et même la Marseillaise, obéissante à regret à la voix d'Hermione, de Camille et de Junie! Adieux tout remplis de tristesse ! Elle avait l'intime assurance qu'elle ne reverrait plus jamais ces voûtes solennelles, ce seuil assiégé, cette porte où la foule at" tendait sa sortie afin de la revoir un instant, cette galerie où sous Phabit de Melpomène elle avait obtenu les honneurs d'une statue en marbre héroïque. Elle savait que sa vie était passée, et que désormais sa voix serait impuissante à répéter un seul des vers de son père Corneille. Ainsi songeant, elle arriva au chemin de fer, où ses amis et ses parents l'attendaient pour lui dire un adieu qui n'était rien moins que l'adieu suprême. En vain elle voulut marcher, il fallut la porter dans un fauteuil. Elle sourit encore une fois, puis, calme et pensive, elle ferma les yeux comme si elle
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eût voulu emporter avec elle toutes ses visions.
C'en était fait cependant, le sacrifice était accompli, et pour jamais Monime avait lacéré sa couronne, Phèdre avait déchiré ses voiles, Iphigénie en pleurant avait déposé son dernier baiser sur les bandelettes sacrées1, Athalie avait brisé ce sceptre « où ne pousse plus ni feuilles ni rameaux », Lesbie avait étouffé son moineau, Cléopâtre avait jeté au sphynx sa coupe épuisée. En ce moment commençait l'agonie; elle a duré trois mois, et maintenant cette incomparable artiste , ramenée au milieu du deuil universel, va rejoindre en son humble tombeau sa chère et poétique petite Rebecca, morte avant l'heure, et morte elle aussi dans la douleur, dans la fièvre, dans l'épuisement, dans l'insomnie... Et maintenant elles reposent sous ie même gazon, celle-ci prêtant sa gloire à celle-là!
Un mot peut servir pour expliquer M"e Rachel tout entière, et c'est le mot d'un héros mourant. Quand il mourut épuisé de gloire et vaincu par les passions, entouré de tant de victoires et lassé de tant de plaisirs : « Monsieur de Sénac, disait le maréchal de Saxe à son médecin qui pleurait, ne pleurez pas... j'ai fait un beau rêve. »... Un rêve au delà de l'infini !
i. l'itima virgincis lum fions dédit oscilla vittis.