SCENE V
Huitième décor. — Le théâtre change et représente l'intérieur de la cuisine de l'hôtel. Dans le fond est la cheminée avec un chaudron sur le feu. Au-dessus de la cheminée est placée une carte géographic^ue. A gauche contre le mur, une boite à sel; à droite, un moulin à café.
18. — L'Aubergiste prépare une table pour Arlequin et Colombine, qui viennent y prendre place dès que le souper est servi. Ils sont bientôt dérangés par l'arrivée de Cassandre, du comique et de Pierrot. Les deux premiers s'empressent de prendre la place des amans. Arlequin les touche de sa batte : leurs jambes tombent^ et ils nepeuventplus bouger. Arlequin emmène Colombine, puis il fait la paix avec Cassandre et Pierrot. Alors il fait revenir leurs jambes. Ils en font usage pour s'élancer sur Arlequin, qui cherche à s'échapper. Les poursuivans lui barrent le passage. N'ayant plus d'autre ressource, il saute à travers la carte de géographie placée au-dessus de la cheminée. Elle se trouve aussitôt remplacée par un tableau sur lequel on lit : Adieu.
19. — Surprise des poursuivans, qui augmente lorsqu'ils aperçoivent la tête d'Aj^lequin, qui parait dehors la boite à sel. Pierrot veut lui porter un coup de bâton ; mais c'est le comique qui le reçoit sur la tête. Celle d'Arlequin a disparu, et reparaît aussitôt en dehors du moulin à café.
20. — Pierrot s'approclie doucement, s'empare de la manivelle et se met à moudre. A mesure qu'il tourne, on voit sortir du moulin \in grand Arlequin qui s'élève jusqu'aux frises, et qui rentre dans le moulin subitement dès que Pierrot abandonne la manivelle.
21. — Les poursuivans ne savent plus que penser, lorsque Arlequin paraît dans la marmite qui est sur le feu. Il ne montre que sa tête. Pierrot fait signe à ses maîtres de ne pas bouger. Il va s'armer d'un sabre, et s'y prend si adroitement qu'il coupe la tête d'Arlequin. Elle roule sur le plancher. Grande inquiétude des poursuivans, qui ne savent 011 cacher la tête d'Arlequin. Pierrot les tire d'embarras en allant la mettre sur un plat placé sur la table, et la couvre avec une cloche. Il se dispose ensuite à sortir avec ses maîtres; mais, en pas-
sant près de la table, ils s^aperçoivent que la cloche remue; ils la soulèvent: la tête se met en mouvement; la langue sort de la bouche. Pierrot veut la saisir; il est mordu jusqu'au sang. On replace vite la cloche sur le plat; mais, la curiosité les portant à la soulever de nouveau, ils prennent la tète, l'examinent de tous côtés, et la replacent sur le plat, qu'ils recouvrent de la cloche. Celle-ci se lève encore, et on aperçoit la véritable tête d'Arlequin. Celui-ci s'élève peu à peu, et finit par sauter à bas de la table. Il se dispose à fuir. On le poursuit.
22. — Pierrot s'arme de nouveau de son sabre. Il l'attend à la porte, et va pour lui porter un coup dans le ventre '^ mais Arlequin, qui s'est échappé, se trouve remplacé par l'Aubergiste, qui reçoit le Coup.
23. — Les poursuivans, effrayés, se sauvent en se bousculant.