‹ Œuvres diverses de Jules Janin (volume 5)Chapitre 2 sur 43 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

ES longs ouvrages me font peur ! disait un jour Jules Janin, dans un de ces entretiens de tête-à-tête oîi il aimait à parler seul, en parlant de tout avec une abondance intarissable. L'idée de composer un livre ^ un volume entier, m'épouvante et me décourage à l'avance; et pourtant Dieu sait si f ai écrit des livres et entassé volumes sur volumes, comme le terrible Laserre ou le bienheureux Scudéri, auxquels Boileau ne pardonnait pas leur stérile fécondité. En vérité j'ai manqué ma vocation : j'aurais dû me borner à faire des contes, de petits contes, non pas, Dieu soit loué, ainsi qu'en faisait ce lourdaud de Marmontel, mais comme Voltaire ou Diderot, qui savaient mettre dans un conte tout l'esprit du XVIIle siècle. Je me souviens que, dans ma jeunesse littéraire, il ne me venait pas une pensée qui ne prît aussitôt la forme

ri PREFACE

du conte et qui ne fût en état de se produire sous cet aspect léger et saisissant.

« Au moyen âge j'aurais fait un merveilleux trouvère, dont l'imagination eût créé sans cesse de gais fabliaux et qui aurait excellé à les dire pour amuser les grands seigneurs et les belles dames. Mais les trouvères de notre temps sont de tristes conteurs et le métier n'en vaut plus rien.

« En tout cas, dans ma vie de petit journaliste de 1825 à i835, fai improvisé bien des articles qui n'étaient autres que des contes très coquets, très proprets^ très guillerets, et qui, soit dit entre nous {ne le répète^ pas), sont cent fois meilleurs que mes romans! »

Et alors Jules Janin, réveillant ses vieux souvenirs de vingt ans, se rappelait, en riant de son bon rire d'enfant gâté, qu'il avait imaginé pour faire la parodie du Dernier jour d'un condamné, de Victor Hugo (« un bien beau livre cependant, » disait-il à titre d'excusé), d'improviser un conte fantastique, humoristique et psychologique, intitulé : Histoire édifiante d'un homme dévoré par un serpent ! Et là-dessus il riait de plus belle, à ventre déboutonné^ selon l'expression de Rabelais.

« C'était le beau temps des illusions et des espérances ! ajoutait-il en devenant sérieux. Alors je ne m'endormais pas sans avoir lu cinq ou six pages de Bossuet pour me faire le style, et le lendemain matin en m'éveillant, je griffonnais, dans mon lit, im ou

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