DE MADAME DE GRIGNAN
Le rabat et les épaulettes, la dague du mousquetaire et la bénédiction du pontife, les plaisirs du boudoir et les vociférations d'une émeute populaire, tout convenait également à ce singulier génie; il avait affronté à la fois la souple astuce de Mazarin et la fierté dédaigneuse d'Anne d'Autriche : chose singulière! il avait peut-être été le seul homme de ce siècle si pédantesque et si savant, qui, au milieu du parlement, eût osé improviser une citation latine avec tant d'assurance que personne dans la docte assemblée ne se douta un instant que la phrase n'était pas dans Gicéron.
A mon sens, ceci est le travail le plus fort de la vie du cardinal de Retz, c^est le témoignage le plus distinctif de son habile hardiesse en présence d'un corps de magistrats dont le premier président faisait des poèmes latins aussi longs que les Géorgiques> Vous comprenez donc que, bien que la rencontre fût étrange, elle ne changea rien à Tallure du cardinal quand il entra dans l'appartement.
Sans dire un seul mot, et comme entraîné par une ancienne habitude, le cardinal alla s'asseoir à côté de M"ae la duchesse de Longueville, et, après lui avoir baisé la main, qui était alors plus blanche que jamais, mais de cette blancheur qui est le dernier signe d'une beauté qui s'efface, le