IV PREFACE
les contes qu'il avait faits à cette époque en un recueil qui certes neût pas été indigne de lui.
a Paix aux morts ! répliqua-t-il. Nous sommes aujourd'hui des gens graves, collets montés, ennuyés et ennuyeux, qui est-ce qui lirait des contes sous la monarchie constitutionnelle? C'était bon sous Louis XIV, oîi La Fontaine pouvait dire sans être ridicule :
Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême 1 »
Malgré l'oubli auquel Jules Janin semblait condamner ses œuvres de jeunesse, je me suis souvenu de sa passion pour les contes et j'ai recherché çà et là, dans les petits journaux et dans les petites revues, qui paraissaient à la fin de la Restauration et au commencement du règne de Louis-Philippe, quelques-unes de ces jolies nouvelles qu'il avait publiées sans se nommer, et dont la plupart sont à jamais enfouies dans les ténèbres de Vanonymc.
Le recueil que Jules Janin aurait pu faire luimême n'eût pas formé moins de huit ou dix volumes, et c'est à peine si je suis parvenu à découvrir de quoi en remplir deux ou trois.
En me livrant à cette recherche difficile et ingrate, à travers des feuilles et des revues périodiques tellement oubliées et tellement rares aujourd'hui qu^on n'en retrouve plus que des fragments épars, f avais souvent sous les yeux cette excellente appréciation du talent de Jules Janin, à l'époque où il était à la tête des petits
Journalistes, des écrivains L's plus éclatants et des plus spirituels conteurs :
« M. Jules Janin est né improvisateur, mais improvisateur la plume à la main. Un trait qu'il faut noter, cest que la passion qu'il a eue très jeune pour les anciens, 71 a pas été la loi de son intelligence :ses impressions et ses idées seules ont été cette loi. L'observation de la société, le goût des choses artistiques, et dans celles-ci, les formes légères, voilà quelles furent ses premières prédilections. Être vif et coloré dans la forme, piquant dans le point de vue, mordant ou noble dans l'appréciation critique, voilà les traits de son talent. Les fautes elles-mêmes en ont signalé la sève et la richesse. Ses qualités tiennent à im travail animé et intérieur qui lui donne sa verve, à une fine pénétration, à un élan sans système et à l'art de faire valoir par l'émotion les idées les plus élevées. Une qualité nouvelle s'y allie maintenant, Vart de fixer les nuances. Sa sensation première n'est pas plus large, plus sûre, mais les procédés de son esprit sont plus faciles et plus assurés. »
Gustave Fallot, qui jugeait ainsi le talent de Jules Janin, avait reconnu l'aimable et ingénieux conteur qu'il caractérisait si bien, en le voyant sous le reflet des délicates sympathies de leur ami commun Charles Nodier, lequel fut également un des meilleurs conteurs de ce temps-là.
Gustave Fallot avait vu Jules Janin dans le salon de Charles Nodier, à la Bibliothèque de l'Arsenal, et il