POLYPHÊME, GALATÉE
POLYPHÊME
Venez-vous augmenter mes peines^?
Cruelle! ai-je à soulTrir quelque nouveau mépris?
1. Clyiuone est une bergère, confi- vait dans labouchede tout lo monde. » dente de G-alatée. (Walckiînaer).
2. « Peut-être est-il fâcheux que La 3. Comparé au Polyphême do Théo- Fontaine n'ait pas terminé cette petite crite, le Polyphème de La Fontaine, pièce : les deux actes qui nous en qui « meurt u pour Galatée, semble restent promettaient quelque chose un Cyclope bien dégénéré. « Son de mieux que />a/>/irte. Elle commence amour, dit Théocrite, n'était pas de par une clianson charmante, qui fut ceux qui se jouent avec des pommes, mise en musique, dans le temps, par des roses, des boucles de cheveux : Lambert; et Mathieu Marais, qui écri- il aimait violemment, avec de vérivait plus de vingt ans après, dit que, tables tiircnrs. »
de son temps, celle chanson se Irou-
Tâchez de vous guérir; vos poursuites sont vaines : Je vous donne un sincère avis.
POLYPHÊME
Quoi ! c'est le fruit de ma souffrance ! C'est le fruit de mes soins si longs et si constants!
GALATÉE
Notre amour ne sert pas toujours de récompense, Et ce n'est pas toujours un ouvrage du temps.
POLYPHÊME
Vous écoutez les vœux d'un insolent, sans doute; Un berger vous parlait tout à l'heure en ce lieu.
GALATÉE
Ne pouvant vous aimer, qu'importe qui j'écoute? Un berger qui me plaît peut passer pour un dieu.
POLYPHÊME
Acis*, un dieu ! Je tiens ce dieu bien téméraire.
Qu'il évite ma colère !
Polyphéme est son prince; et j'ai dans ces hameaux Cent bergers comme lui qui gardent mes troupeaux. Ils font de votre nom résonner ces coteaux.
Si rien* de moi vous pouvait plaire, Ma voix se mêlei'ait avec leurs chalumeaux. L'autre jour je surpris au nid une fauvette,
Un rossignol et deux autres oiseaux :
Je les instruis pour vous; ils suivent ma musette, Et chantent, sans faillir, déjà deux airs nouveaux. Peut-être aimez-vous mieux de cruels animaux :
1. D'après la légende mythologi- Les dieux le métamorphosèrent en
que, Acis, berger de Sicile, fils de fleuve.
Faune et de la nymphe Simétliis, pré- 2. Rien, quelque chose, a ici son
féré à PolyphOiue par Galatée, fut sens propre et étymologique (rem,
écrasé sous un rocher par le Cyclope. chose), qui n'est point négatif.
LK THKATnF.
Si ce don vous plaît davantage,
J'apprivoise deux jeunes ours* :
Je n'en puis faire autant de votre humeur sauvage;
Mes dons vous irritent toujours.
J'ai des forêts, j'ai des campagnes,
Des parcs où vous et vos compagnes Pourrez chasser : tous ces biens sont à vous^.
Recevez-les, beauté céleste, Avec un autre don que je préfère à tous :
C'est mon cœur percé de vos coups ^.
GALATÉE
Je ne veux ce cœur, ni le reste.
Ah ! cruelle ! c'est trop : gardez que le courroux Ne me porte à la fin à quelque violence.
GALATÉE
Une déesse^ ne craint rien.
POLYPHÉME
Qu'Acis craigne du moins, lui de qui l'insolence Ose me disputer ce qui fait tout mon bien.
GALA T É E
Moi, le bien d'un cyclope?
1. Je nourris pour toi onze petites biches, que j'ai ornées de colliers, et quatre petits ours. » (Tiiéocritk, Idylle XI.) Mais la pointe sur l'humeur de (lalatik-, plus sauvage que celle des ours, n'est pas dans Théocrite.
2. Dans Théocrite, Polyphème parle avec orgueil de ses mille brebis, de ses fromages, de sa grotte ombragée de lauriers et de cyprès, tapissée de lierre et de vigne, de Ti'au fraîche que lui verse le neigeux Etna. Il ofl'ro à Galatée le plaisir de garder les troupeaux avec lui, de traire les brebis et de faire les fromages.
.3. Polyphème est ici vraiment Irop berger d'opéra. Celui que fail parler Tliéocrite est plus touchant dans sa naïveté : « Si tu me trouves trop velu, j'ai du bois de chêne dans ma grotte ; un feu qui ne s'éteint jamais veille chez moi sous la cendre : viens, et je souffrirai tout ; je te laisserai brûler et mon Ame et mon œil unique, qui m'est plus cher ([ue tout au monde ».
4. Ce titre de déesse est un peu ambitieux peut-être : Galatée est une des cinquante Néréides, nymphes de la mer.
POLYPHÊME
Un cyclope possède
Ce que l'Olympe a de plus beau.
Il est vrai que Vénus vous cède; Mais je vaux bien Vulcain; je me suis vu dans l'eau'. Je vaux peut-être mieux que votre Acis lui-même : Du moins par mes ti^ansports j'ai ses feux surpassés^.
GALATÉE
Eh bien, je ci'ois Acis moins beau que Polyphême : Cependant il me plaît, je l'aime, c'est assez
POLYPHÊME
Ma présence vous irrite :
Je le vois bien, cruelle. Adieu. Qu'Acis évite Mon courroux :
S'il approche jamais de vous,
S'il vous parle, s'il vous regarde.
S'il ose seulement prononcer votre nom,
Voyez cet abîme profond,
C'est ce que ma fureur lui garde.