‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 93 sur 115 · ÉLÉGIE AUX NYMPHES DE VAUX · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE AUX NYMPHES DE VAUX

Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes,

Pleurez, nymphes de Vaux, faites croître vos ondes,

Et que l'Anqueuil enflé ravage les trésors

Dont les regards de Flore ont embelli ses bords.

On ne blâmera pas vos larmes innocentes; 3

Vous pouvez donner cours à vos douleurs pressantes :

Chacun attend de vous ce devoir généreux;

Les destins sont contents : Oronte est malheureux.

Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines,

Qui, sans craindre du Sort les faveurs incertaines, 10

Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels.

Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels.

Hélas ! qu'il est déchu de ce bonheur suprême !

Que vous le trouveriez différent de lui-même !

Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits : 15

Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis,

Hôtes infortunés de sa triste demeure.

En des gouffres de maux le plongent à toute heure.

3. (I L'Anqueuil, est une petite ri- quand il se fut aperçu que Colbert

viére qui passe à Vaux » (Note de La « n'était point cabaleur ». Aucune

Fontaine). Il en est parlé dans le preuve n'est apportée à l'appui de

Songe de Vaux. cette assertion. Il n'est pas abso-

8. Oronte, c'est Fouquet, arrêté à lument impossible que La Fontaine

Nantes le 5 septenibre 1661. Si nous ait craint de nuire à la cause même

en croyons Voltaire, Lettre de M. de de Fouquet en la plaidant avec trop

la Vixclide a M. le secrétaire pcrpé- de vivacité ; mais il paraît peu pro-

tuel de l'Académie de Pau (M. de la bable qu'il l'ait lait par considération

Viscléde n'est que le pseudonyme de pour Colbert, contre qui il écrivit

Voltaire), La Fontaine aurait écrit l'épigramme qu'on lira plus loin,

d'abord : 18.

La cabale eaL contente : Oronte est nialheu- Dana ce gouffre de maux c'est lui qui m'a

[roux. [plongé.

Il aurait ensuite modifié son vers (Corneille, Théodore, 168.3.)

Voilà le précipice où l'ont enfin jeté

Les attraits enchanteurs de la prospérité. 20

Dans les palais des rois cette plainte est commune :

On n'y connaît que trop les jeux de la fortune,

Ses trompeuses faveurs, ses appas inconstants;

Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps.

Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles, 25

Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles.

Il est bien malaisé de régler ses désirs :

Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs.

Jamais un favori ne borne sa carrière ;

Il ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière, 30

Et tout ce vain amour des grandeurs et du bruit

Ne le saurait quitter qu'après l'avoir détruit.

Tant d'exemples fameux que l'histoire en raconte

Ne suffisaient-ils pas, sans la perte d'Oronte?

Ah ! si ce faux éclat n'eût pas fait ses plaisirs, 35

Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs.

Qu'il pouvait doucement laisser couler son âge !

Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage,

Cette foule de gens qui s'en vont chaque jour

Saluer à longs flots le soleil de la cour; 40

Mais la faveur du Ciel vous donne en récompense

Du repos, du loisir, de l'ombre et du silence,

Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens :

Et jamais à la cour on ne trouve ces biens.

20. « Les chrétiens regardent la qui inonde les cours et la chapelle,

grandeur comme le haut d'un préci- qui gagne l'escalier, les salles, la ga-

pice. » (Massillox, Carême, Mauvais Icrie, tout l'appartement : on en a au-

riche.) dessus des yeux, on n'y tient pas...

29. Sur la fortune et les favoris, Que d'amis, que de parents naissent

voyez le début de Philénion et Baucis. dans une nuit au nouveau ministre ! »

32. Après l'avoir perdu, après avoir (La BRUYi'iRii, De la Cour.)

détruit sa puissance. 41. En récompense, par compensa-

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