On remarquera 1 elision de le [d'abonl
muet. Tout deviendra facile après ce grand effort.
52. Il Donner la vie, privilège de la (COR.MilLLE, Imitation, I.)
ODE AU ROI POUR FOUQUEt(*) (1662)
Prince qui fais nos destinées,
Digne monarque des François,
Qui du Rhin jusqu'aux Pyrénées
Portes la crainte de tes lois,
Si le repentir de l'offense 5
Sert aux coupables de défense
Près d'un courage généreux.
Permets qu'Apollon t'importune,
Non pour les biens et la fortune,
Mais pour les jours d'un malheureux. 10
Ce triste objet de ta colère |
N'a-t-il point encore effacé ' Ce qui jadis t'a pu déplaire Aux emplois où tu l'as placé?
Depuis le moment qu'il soupire, 15
Deux fois l'hiver en ton empire 1
A ramené les aquilons; "f
Et nos climats ont vu l'année , »
(1) Il La Fontaine a fait quelquesélé- 1. Prince de qui dépend le sorl de
gios amoureuses: c'était alors la mode; la France.
elles sont médiocres; mais il on fit une - „
,, . . , , , .,, 7. Couraee, encore ici nowr cœur •
pour 1 amitie, et c est la meilleuro , ° „ , ,,„, , .
V , , . , . ' , ,, . voyez le v. 59 de 1 Ele"ie aux iivm-
elejjrie de notre langue : c est celle ou , , -,,
., . .^ 1.. ,. ? , Ti i plies de Vaux, il gemit sur 1 inlorlune de Fouquet,
son bienfaiteur, et ose implorer pour 8. Apollon, c'est la poésie, qui peut lui la clémence d'un maître irrité, sembler, en effet, importune ?"i roi : C'était un courage aussi louable que car c'est la seconde fois que La Fonrare, et la muse du poète servit bien tainc intercède près du roi pour Fouson coeur. Si cette pièce fut inutile quet, et l'intercession, cette fois, est à Fouquet, elle ne l'est pas à la gloire plus directe qu'elle ne l'était dans de La Fontaine. « (La Haupiî.) l'Elégie.
Deux fois de pampre couronnée
Enrichir coteaux et vallons. 20
Oronte seul, ta créature,
Languit dans un profond ennui;
Et les bienfaits de la nature
Ne se répandent plus pour lui.
Tu peux d'un éclat de ta foudre 25
Achever de le mettre en poudre ;
Mais si les dieux à ton pouvoir
Aucunes formes n'ont prescrites,
Moins ta grandeur a de limites,
Plus ton courroux en doit avoir. 30
Réserve-le pour des rebelles ;
Ou si ton peuple t'est soumis,
Fais-en voler les étincelles
Chez tes superbes ennemis.
Déjà Vienne est irritée 35
De ta gloire aux astres montée :
Ses monarques en sont jaloux ;
Et Rome t'ouvre une carrière
Où ton cœur trouvera matière
D'exercer ce noble courroux. 40
20. Cela no veut pas dire qu'il se 35. Vienne, c'est la maison d'Ausoit écoule deux années pleines, mais triche, contre qui la France, la Holdcux hivers et deux automnes, de- lande et l'Angleterre conclurent en puis l'arrestation de Fouquet (sep- 1662 un traité d'alliance.
tembre 1661) ; ce qui suffit pour don- 38. Allusion aux troubles récents
ner à la pièce une date assez précise, de Rome où la garde corse du pape
21. Créature ne semble pas le mot a insulté le duc de Créqui, ambassajuste : lorsque Fouquet fut nommé deur de France. Louis XIV exigea et procureur général au Parlement, obtint une prompte réparation de cet Louis XIV n'avait que douze ans. outrage. L'invitation qui suit : « Va-
22. C'est ici qu'apparaît toute la t'en punir l'orgueildu Tibre...» semble force de ce mot ennui. L'ennui de indiquer que satisfaction n'a pas en- Fouquet, c'est du désespoir. Il lui core été donnée aux réclamations faudra attendre deux ans encore avant venues de France, c'est-à-dire que de pouvoir se défendre devant ces la lettre a été écrite vers la fin de juges que M'"" de Sévigné nous a fait 16G2.
connaître.
Va-t'en punir l'orgueil du Tibre;
Qu'il te souvienne que ses lois
N'ont jadis rien laissé de libre
Que le courage des Gaulois.
Mais parmi nous sois débonnaire; 45
A cet empire si sévère
Tu ne te peux accoutumer,
Et ce serait trop te contraindre :
Les étrangers te doivent craindre,
Tes sujets te veulent aimer. 50
L'Amour est fils de la Clémence;
La Clémence est fille des dieux : '
Sans elle toute leur puissance
Ne serait qu'un titre odieux.
Parmi les fruits de la victoire, 55
César, environné de gloire.
N'en trouva point dont la douceur ^
A celui-ci pût être égale ;
Non pas même aux champs où Pharsale
Lui donna le nom de vainqueur. 60
Je ne veux pas te mettre en compte
Le zèle ardent ni les travaux,
En quoi tu te souviens qu'Oronte
Ne cédait point à ses rivaux.
Sa passion pour ta personne, 65
Pour ta grandeur, pour ta couronne,
44. On sait quel effroi les Gaulois lettre que lui écrit à ce sujet La Fon-
inspirèreut même aux Romains , à taine.
qui ils disaient fièrement : « Notre 45. La Fontaine aurait voulu un
droit, il est dans nos armes : tout Louis XIV à son image,
appartient aux braves ! u Fouquet, à 60. Aux champs de Pharsale, où
qui La Fontaine communiqua cette il vainquit Pompée. La Fontaine songe
ode, blâma ce passage qu'il ne com- sans doute à la clémence dont César
prenait pas, car les nouvelles de usa envers Marcellus et qui nous a
Rome ne lui étaient pas parvenues valu le discours éloquent, mais un
dans sa prison. Voyez plus haut la un peu trop complaisant de Cicéron.
POÉSIKS DIVERSES 287
Quand le besoin s'est vu pressant,
A toujours été remarquable ;
Mais, si tu crois qu'il est coupable,
II ne veut point être innocent. 70
Laisse-lui donc pour toute grâce
Un bien qui ne lui peut durer,
Après avoir perdu la place
Que ton cœur lui fit espérer.
Accorde-nous les faibles restes 75
De ses jours tristes et funestes,
Joui's qui se passent en soupirs.
Ainsi les tiens, filés de soie,
Puissent se voir comblés de joie.
Même au delà de tes désirs ! 80
67. Fouqiiet s'était montré fidèle dans ton cœur la place qu'il espérait
à la cause royale pendant La y tenir.
Fronde. 78. Ainsi, c'est la forme latine du
70. Cela est presque trop joli, et souhait, sic. Bossuet dit encore, dans
Fouquet n'avait pas tort peut-être la péroraison de l'oraison funèbre de
de juger compromettante pour sa Condé : « Ainsipuissiez-vous profiter
dignité une telle manière de le dé- de ses vertus ! »
fendre. 80. L'ode est faible, il faut bien
72. Laisse-lui la vie : elle ne sau- l'avouer ; mais elle est sincère et tou-
rait être longue, puisqu'il a perdu chante à force d'être naïve.
CONTRE LE MARIAGE EPIGRAMME TIREE d'aTHÉ.NÉE*
Homme qui femme prend se met en un état Que de tous à bon droit on peut nommer le. pire Fol était le second qui fît un tel contrat. A l'égard du premier, je n'ai rien à lui dire^.
EPlTAPHE D UN GRAND PARLEUR
Sous ce tombeau pour toujours dort Paul, qui toujours conta merveilles.
Louange à Dieu, repos au mort, Et paix en terre ^ à nos oreilles !
1. Athénée, compilateur grec (fin du II" et début du ni" siècle après J.-C), est l'auteur des Deipnosophistes (les soupers des savants), vaste recueil où les citations abondent.
2. On cite cette épigramme moins pour sa valeur propre que pour la préoccupation dont elle témoigne.
La Fontaine ne laisse échapper aucune occasion de dire du mal du mariage. Au premier livre de Psyché^ parlant d'un voyage que les sœurs de Psyché renouvellent, il dit malicieusement : « Les maris ne le désapprouvèrent pas : c'était autant de temps passé sans leurs femmes, » Aussi
l'abbé Verger croyait-il pouvoir lui écrire, en esquissant une comparaison inattendue entre Ulysse et La Fontaine (juin 1688) :
Ce héros s'exposa mille fois au trépas ;
n parcourut les ruera presque d'un bout i [l'autre.
Pour chercher son épouse et revoir ses appas* Quels périls ne counriea-Tous pas Pour TOUS éloigner de la vôtre !
3. En terre, sur terre. « Je ~ suis Sosie en terre », dit Mercure dans les Sosies de Rotrou. -^ Comme la précédente, cette petite pièce a été publiée en 1G71 dans les Fables nouvelles et autres poésies.
POKSIKS DIVERSES