A MADAME LA COMTESSE
CLARA DE CHÉRISEY,
En quittant son château de Grécy.
Tel qu'un amant sëparé pour jamais De la beauté qui charmait son jeune âge y Sur le papier cherche à fi&er ses traits , Oublie ainsi son douloureux veuvage.
Et j souriant à ses premiers essais , Croit la revoir en voyant son image ; Tel je voudrais, Crëcy, jsëjour heureux, Près de quitter, et pour long-temps peut-être, Vos prés fleuris, vos bois silencieux.
Pouvoir du moins en vers mélodieux , Dignes de vous et de Després mon maître, Crécy charmant ! vous faire mes adieux.
Mais, vains efforts! quand ma voix affaiblie Pourrait encor célébrer dans ses chants Vos doux melons, vos fraisiers odorants.
Que vous dirai-je , à vous, dont la magie.
Belle Clara, dans ces lieux pleins d'attraits , Préside à tout, à tout donne la vie, Bien mieux que Flore, et Pomone, et Cérès?
FUGITIVES. 44i
Comment dépeindre avec quelque succès Tant de candeur à la finesse unie.
Tant de décence avec tant de gaiié.
Tant de raison par la grâce embellie , Tant de talents et si peu de fierté?
Comment parler de votre piété Douce pour tous , pour vous seule sévère?
Et tour à tour , avec variété , Louer en vous et Tépouse, et la mère ?
La mère!... Ici chacun se récrierait Contre le peintre et contre le portrait.
Arrêtez- vous, ô copiste infidèle, Profanateur du pluà parfait modèle!
— Depuis une heure, hélas ! je me le dis.
— Aimer Clara! c'est un droit; mais pour elle Rimer des vers par Apollon maudits !
Au feu l'auteur ! — A Clara j'en appelle.
— - Du moins au feu les vers ! — Oh! j'obéis.