L'INSOMNIE
ROMANCT.
Tel qu'un ami perfide ou mercenaire Qui dans les pleurs abandonne un ami , Le sommeil fîiit la couche solitaire Du malheureux que le sort a trahi.
Depuis long-temps , vainement je Tappdle :
Comme Tamour , il est sourd à ma voix.
Sommeil , amour ! couple ingrat et rebelle !. Ah ! revenez pour la dernière fois !
Vœux superflus ! sur la terre en silence
Régnent la nuit et les songes légers.
Tout dort, hélas ! le crime et l'innocence.
Les fils de Mars , les rois et les bergers.
L'eau qui murmure, ou la feuille qui tombe,
Seule interrompt le silence des bois.
Moi seul , je veille !... Ah ! du moins dans la tombe
Si je dormais pour la dernière fois !
Portez ailleurs vos honneurs et vos grâces , Grands de la terre , impuissants souverains !
FUGITITSS. 445
L'unique bien et la seule des places Où j'aspirais, ne sont point dans vos mains.
Non y cet espoir si doux pour un cœur tendre , L'espoir de plaire à l'objet de son choix , Tous vos trésors ne sauraient me le rendre... Il m'a souri pour la dernière fois !
Naguère , hëlas ! combien j'aimais la vie !
De l'amitié les touchantes douceurs Et des beaux-arts la brillante magie Semaient mes jours de plaisirs et de fleurs.
Mais sur mon oceur tout entier à sa pane L'amitié même a perdu tous ses droits.
Oui! c'en est £ût, et mon nom sur la scène A retenti pour la dernière fois !
O de mon cœur souveraine maltresse !
Toi que j'adore et qu'il me faut quitter !
Qui me bannis et me retiens sans cesse, Toi que je fiiis, sans pouvoir t'éviter !
De tous mes maux cause cruelle et chère , Adieu !••• les pleurs ont étoufifé ma voix !
Je pleure, hélas ! mais bientôt , je l'espère , J'aurai pleuré pour la dernière fois.
A BUCÏS,
Le jour où MM. And^ieax, Picard, Campenon et Droz célébraient avec moi sa quatre-Tingt- troisième année.
Parmi les bpinil^^s doat luHr^.^ge Ajuste titre s'est vanté ,' j . ,; .
BeauQOUp ont i^q 4ouUe \i^e: :
L'un nature, r^ire empr^at^^^;,.
L'un SQipbrç , morpsp ^ ,agi|:é ; . ,
L'autre qantet«ans uu^g^; , :
L'un qu'on porte en société,..: . .
Et l'autre au sein de son ménage.
Chez lui.^ çqmine 4xq)f3 ;de.cl^z luiy '; FrançQi$ Ducis , Ip vénérable, . - Toujours; égal , tpujo^rf aÇ^^jj^e ^ : p . ; Sera4^pwiu,telq^a'^uiour4'!^ir , .^ ,^ Sa douceur estiaaUérable. ^ ,
C'est un î^ipi jqui, vous séduit , Et non poixi^. vn jqgjs.si^vàre Qui par la crainte vous conduit; C'est un flambeau dont la lumière Ne bleâse point l'œil qui la suit ; En nous guidant il sait nous plaire ; Philosophe aimable ^ indulgent.
Chacun voudrait, en le voyant ,
Etre son voisin, son parent/
Son a^, son fila ou son frère.
Sans regrets y satis ambition ,
Sans remords ^ sans inquiétudes ,
A l'abii des vicissitudes
Du temps et de ropinion';
Noble et bienJËsôsant ^ sans faiUesse > . ..
Pour les méchants seuls sans pitiié^
Il cultive en paix Famitié ,
Et les Muses et !la sagesse. r .:
Cest par elles que dans leur cours
Il sait enchaîner les anàées,
Et qu'il voit s'écouler ses jours , ,
Comm^ des heures fortunées.
Puissions-nous ici,, dans. .vingt ans^ ; i
Répéter cet anniversaire, , .
Et de sa Muse centenaire / i -
Ecouter encor les accents!
Amis qu'inspira son génie , Et qui savez par vos talents Egayer l'hiver de. sa vie , Ah ! que chacun de vous le prie De m'encourager à mon tour !
Après vos noms , sur le Parnasse , Le mien pourrait peut-être un jour Trouver une petite place.
448 POÉSIES FUGITIVES
N'a-t-on pas y au seia des forêts,
Vu ramper le tierre infertile ,
Et d'abord , loDg-temps sans attraits y
Traîner sa verdure inutile ?
Mais que d'un chêne généreux
Sa faiblesse implore l'ombrage , ^
Croissant bientôt sous son feuillage j
U monte avec lui vers les cieux.
Puis y lorscpie le temps ou l'orage
A dépouillé son noble appui
Des dons de Flore et du bel âge ,
U s'attache encor plus à lui :
Il l'orne de fleurs , il le presse ,
Et j de ses rameaux caressants ,
Le couvrant, l'entourant sans cesse ,
Il pare à son tourla vieillesse
De ce chêne ^ dont la tendresse
A protégé ses jeunes ans*
FM DV MVXlkHB BT DËUflBl TOIVMB.