ARIETTE
Non , je ne veux pas chanter.
Vous pouvez bien m' écouter ; Mais je ne veux pas chanter.
Que voulez-vous que je vous chante?
CANTJBILE.
Est-ce un air simple et gracieux Qui vous captive et vous enchante Par des accents mélodieux ?
RONDEAU
Chanterai-je un rondeau facile Qui fasse naître la gaité, Et partout, comme un vaudeville , Soit retenu^ soit répété?
Chanterai-je un rondeau facile ?...
(s'interrompant tout à coup. )
Non, je ne veux pas chanter.
VouR pouvez bien m' écouter ; Mais je ne veux pas chanter.
SCBME X, 95
Gcmtiauez, continuez à me refuser de même; ( è part. ) elle me ravit !
( Adèle continue de chanter. )
ROMANCM.
Au temps jadis, dans plaintive romance, On soupirait tendres accents d'amour; Au temps présent, pour charmer sa souffrance, L'amant redit les chants du troubadour.
AIR DE BRJrOURE.
Mais, non, tout me le persuade, Et je le vois bien dans vos yeux; £t la cadence et la roulade Sont ce que vous aimez le mieux.
Par malheur j*ai peu de science Sur la roulade et la cadence.
Oh ! non, non, non, je ne veux pas chanter.
, Vous pouvez bien m' écouter ; Mais je ne veux pas chanter.
PLINVILLEy tranaporté.
Ah! je ne puis résister plus long-temps à la réunion de tant de charmes et de talents. Femme adorable! je tombe à vos genoux!
ADÈLE ^ Ten erapèchant*
Relevez-vous, monsieur, et tenez votre parole, ou je tiendrai la mienne.
Non, vous avez beau dire, je vous aimerai; je vous
g6 LE BILLET DE LOTERIE,
offrirai ma fortune et ma main^ çt vous m'ëpouserez aujourd'hui... dans trois jours, car il faut vous donner du temps.
ADÈLE
Monsieur, je n'ai qu'un mot à vous répondre ; je suis extrêmement touchée de vos offres ; mais en les acceptant je m'en rendrais indigne.
PLIBTVILLE.
Vous !
. ADELE.
Je ne suis point destinée à devenir la marquise de Plinville, et je ne veux point devoir ma fortune à mon mari.
PLINVILLE.
Quoi, l'amour le plus tendre!...
ADÈLE
Je ne puis répondre à votre amour; mais je m'honorerais de votre amitié, et si vous tenez à conserver la mienne, vous n'insisterez pas davantage sur des offres que ma position me force à refuser (avec bonté.) Adieu, monsieur ; réfléchissez à mes conditions : je ne puis recevoir l'amant, mais l'ami sera toujours bienvenu.