DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LXXI
dance des richesses acquises prouvait combien le sol était fécond, et, s'il ne rendait pas plus, c'est que les ouvriers n'étaient pas assez nombreux pour l'interroger. On sentait percer, sous Téloge qu'il faisait de Mariette, le regret de n'avoir pas pu encore, sinon prendre sa part de l'exploration, du moins aller glaner sur les lieux à la suite de ceux que leur fortune avait désignés pour l'accomplir.
Et bientôt une découverte plus prodigieuse encore que les précédentes vint donner une acuité plus grande à ses regrets. Un oflScier de TÉtat-major égyptien, qui revenait de Khartoum au Caire pendant le mois de mars 1863, eut la curiosité de s'arrêter au Gebel Barkal, sur le site de Napata, la capitale du royaume éthiopien. Courant parmi les ruines, il aperçut gisant à terre plusieurs stèles énormes de granit rose et de granit gris ou noir, qui portaient sur leurs faces des cartouches et des figures de rois accompagnés de longues inscriptions. Il calqua l'une d'elles rapidement à l'encre de Chine, et il expédia le calque à Mariette. Celui-ci n'eut pas de peine à y déchiffrer le nom d'un roi d'Ethiopie qui s'appelait Piankhi Méiamoun, l'indication d'une conquête de l'Egypte par ce souverain et la mention de plusieurs princes égyptiens, dont le plus puissant lui parut s'appeler Tafata. Le peu de temps que ses fouilles lui laissaient pour le travail de cabinet lui interdisait de pousser plus loin l'interprétation ; il consigna dans une de ces lettres qu'il écrivait si bien le résumé de ces recherches préliminaires, et il expédia les papiers à Rougé pour en faire ce qu'il voudrait. Quand Rougé lut la lettre à l'Académie dans la séance du 8 mai, elle excita l'attention générale, et c'était justice, car jamais encore étude plus pénétrante n'avait été tirée de documents plus insuffisants \ Un mois plus tard, dans la séance du 12 juin, Rougé revint sur le
1. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1863, t. VII, p. 119-126, où la lettre de Mariette est insérée in extenso, avec la promesse par Rongé d*an mémoire sur le même sujet.
NOTICE BIOGRAÏ^HIQUE
monument, mais cette fois a son compte, et i) présenta '"''"^ moire où tout ce qui avait échappé à Mariette était un '"*^ , g^ parfois deviné avec une sûreté extraordinaire'. '^''*^^"^ava que le nom devait se lire Tafnekht et que le péril P''*^ qui le portait était le Gnéfakhthos, ou plutôt ^'^"" hakhtlios, qu'une légende recueillie par Diodore de '^'.^ ■? attribuait 'pour père au pViaraon Bocchoris de la ^'^.y^ dynastie. Je n'iii pas besoin d'insister davantage : ^^ -j, ^e reste quel parti merveilleux il tira des copies "" ^mplètes qui étaient à sa disposition. Ce qu'on sait jncoroP^,^^ ^^^ ^^^ ^g moment-1^ sa résolution étaitferine inniiiB, ^.^^^^^^^^^j^^^gjg^jjpg ^j de partir pour l'Egypte ?M îver prochain.
et deiait. il lui manquait d y être allé. Si belle quetût
œuvre, elle avait été exécutée tout entière loin des
^"^ s eans cette sensation intense de la réalité que procure
^"^'^^ cbéologue ou à. l'historien un séjour, si court soit-il,
■> ^*^iq pays et le contact direct avec les monuments. Il
^l'^'^ été dévoré, dès ses débuts, du désir de voyager aux
■^""'^^ du Nil, et, par moments, il avait éprouvé la tentation
liords ^^jgggj, pour courir à Marseille et pour s'embar-
^^ *°mai9 le Louvre d'abord, puis le Conseil d'État, puis
*^T*^'démie, et maintenant le Collège de France l'avaient
* *u • comment abandonner tant de devoirs pressants?
^'^^î^- paraissait pourtant qu'après tant d'années consacrées
'' 1 * accomplir consciencieusement, il avait bien le droit
'^ hômer quelques mois durant, surtout si ces vacances
*® '^ -ent profiter à ses études. Le Louvre était dans les mains
^^^n véria, et il pouvait s'en fier à ce collaborateur fidèle de
^''n ^ -i c^ ^"^^ "**" d'irrégulier n'y survint tandis qu'il
" 't au loin. Le Conseil d'État était assez nombreux et
les rendus de l'Acndèmin des Inscriptions, 1863, t. VU,
^'•■f^rm oi le mémoire de Rougé est imprimé en eotier, avec le titre
Jnxcriptii' \B. Reçue c
.■cftéofosi'/"
, . „. PiaalJii Mériamon. Il fut reproduit dana nouvelle série, 1863, t. VHI, p. 94 aqq.