‹ Œuvres diverses et inéditesChapitre 28 sur 46 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

Quel doit être le point de vue du poète , ce qiCil doU éviter^ et comment il atteindra le but de la tragédie»

Après ce qu'on vient de dire , il est nécessaire d'examiner ce que Ton doit suivre ou éviter en composant la Fable ^ et comment on atteindra le but de la tragédie. Puisque la fable la plus parfaite est implexe et non pas simple y puisque la tragédie imite essentiellement des objets qui excitent la terreur et la pitié ^ par une conséquence évidente , il ne faut pas représenter des personnages d'une vertu sans tache y passant du bonbeur au . malheur; une telle chose excite^ non la terreur ou la pitié , mais l'horreur ; ce qui , certes , n'est point le but de la tragédie. Il ne faut pas non plus représenter les méchans passant du malheur au bonheur ^ il n'y a là ni pitié, ni terreur, rien qui touche l'humanité; il ne faut pas i^ôme représenter les méchans passant du bonheur au malheur : une telle fable plaît sans doute à l'humanité ; mais la terreur et la pitié ne s'y trouvent pas encore. En effet, noqs craignons pour nos semblables; nous plaignons les hommes qui n'ont pas mérité leur infortune. Çue reste-t-il à peindre? Ce qui tient le milieu; l'homme qui, sans être doué d'une vertu parfaite, ne tombe pourtant pas dans le malheur. par ses crimes, mais par une erreur commune à ceux qui sont élevés au sommet de la gloire et de la fortune. Tels sont Œdipe, Thyeste, et les autres personnages renommés de ces tragiques familles» Pour qu'une fable soit excellente , il faut donc que sa catastrophe soit simple, et non double, comme quelquesuns le prétendent ; que la transition soit du bonheur au

( ^^99 ) nsalhetir , et non du.malheur au bonheuj ; qu'elle ait liea non pour desFcrimes , mais pour l'erreur grave d'un homme tel que j'ai dit , ou même plutôt d'un homme vertueux que d'un méchant- Cette doctrine est prouvée par Texpérîence. Les poètes , .jadis , composaient; toutes sortes de fables. Les plus belles tragédies sont aujourd'hui resserrées dans ' un- petit nombre de familles^ c^les d'AIcméon^ d'Œdipe, d'Orestè^d© Météagre, deThyqste., de Téiepbe, celtes enfin qui furent grandes par leurs actions ou, leyrs infortunes. , La fable ainsi constituée est la plus parfaite^ selon les régies dé. l'art. Il se trompent doue ceux qui blâment Euripide d'avoir terminé par le malheur la plu^ part de ses tragédies. C'est le vrai but^ comme on vient de l'expliquer. Aussi les pièces de ce genre > quand elles sont bien représentées^ paraissent-elles les plus tragiques; et quoiqu'Euripide soit moins heureux dans la disposi*tion des autres parties, du moins entre tous les poëtes^ il est tragique par excellence^ Au second rang, d'autres disent au premier , est la ti'agédie dont la catastrophe est double, comme dans l'Odyssée^ et qui fait xhanger en raison contraire la fortune des bons ou dès méchans. La faiblesse des spectateurs lui fait assigner le premier rang; et dans la composition, les portes obéissent à, cette fai* blesse. Mais le genre de plaisir que ces pièces font éprouver, tient plus à la comédie qu'à la tragédie. En effet, dans la comédie, les ennemis les plus implacables, comme Oreste et Egysthe eux-mêmes, ne sortent de la scène que réconciliés, et personne n'y reçoit ni ne donne la mort.

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