‹ Œuvres diverses (volume 2)Chapitre 23 sur 45 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'abbé Le Tellier nommé coadjuteur de Reims.

^/\V mois de juin , Monsieur le Cardinal ^ s'étant retiré à Saint-Thierry, sous le ^^l^ prétexte d'y prendre Tair, mais à dessein dêtre moins observé , pria le roi de lui donner M. l'abbé Le Tellier pour coadjuteur, La négociation se fit par M. l'abbé Longuet. L'acte en fut passé par M. Pinguenet, chanoine ',

* Jean Pinguenet, de Chartres, chanoine depuis 1648, mort en 1684, possédait une bibliothèque riche en livres rares, qu'il légua au chapitre. Il était ami deMaucroix, de Jean-Baptiste Thiers, qui lui a adressé des lettres fort curieuses, publiées par le comité historique, et dont les originaux sont à la bibliothèque de Reims.

DE MALCROIX. 297

Tliuret, Saint-Méloir, ni le père Girard, jésuite, confesseur de Son Eminence, à ce qu'on prétend, n'en surent rien. Monsieur le Cardinal ayant fait savoir au chapitre, par ses grands vicaires, que le roi avoit agréé le choix qu'il avoit fait de M. l'abbé Le Tellier pour son coadjuteur, le chapitre ordonna qu'on iroit remercier Son Eminence du bon choix qu'elle avoit fait ; ce qui fut exécuté : nous trouvâmes Son Eminence qui se promenoit dans son jardin avec ses domestiques ; elle reçut civilement le compUment de la compagnie, et nous reconduisit jusqu'à la porte de son jardin. Le chapitre trouva à propos de députer à Paris pour faire compliment à M. l'abbé Le Tellier, à M. Le Tellier le père et à M. de Louvois. On députa MM. Lelarge, doyen et sénéchal, Maucroix, sénéchal, et Barrois, chanoine. On partit le 22 juin 1668. Nous apprîmes, en arrivant, que madame de Villequier, fille de M. Le TeUier, étoit morte, et que toute la maison étoit dans une grande consternation. Le lendemain de notre arrivée, nous allâmes chez M. Le Tellier, nous le trouvâmes chez M. l'abbé du Pelletier, conseiller au parlement, son parent. M. le coadju-

teur étoit encore au lit : on nous fit pourtant entrer ; il nous demanda civilement pardon de ce qu'il nous faisoit entrer étant encore au lit ; il s'excusa sur la douleur de la perte de madame sa sœur, madame de Villequier; il ne voulut pas souffrir que M. Lelarge lui parlât qu'assis ; il répondit fort honnêtement au compliment de M. Lelarge, et dit entre autres choses que, par son exemple, il vouloit nous montrer le respect que nous devions avoir pour Son Eminence.

Le lendemain nous fûmes chez des baigneurs qui sont au bout de la rue de M. Le Tellier, et nous y saluâmes M. de Louvois, qui y avoit couché, nous l'attendîmes près de deux heures. Il arriva une chose assez plaisante. Le valet de chambre de M. le coadjuteur, nous ayant dit qu'il nous feroil parler à M. de Louvois, nous introduisit dans la chambre de son maître M. le coadjuteur, qui étoit au lit; nous le saluâmes sans le reconnaître. M. le doyen, le prenant pour M. de Louvois , lui fit son compliment, M. le coadjuteur, voyant sa méprise, ne lui répondit rien : nous sortons de la chambre, elle valet de chambre, voyant que nous sortions

du logis, nous demanda : Mais, Messieurs, ne voulez-vous point parler à M. de Louvois ' A M. de Louvois, lui dîmes-nous, et ne renonsnouspasde lui parler? Non, Messieurs, répondit le valet de chambre , vous avez parlé à M. le coadjuteur. Nous voilà à rire. M. le doyen pria le valet de chambre de le faire rentrer pour s'excuser à M. le coadjuteur de sa méprise; il le fit, et entretint assez longtemps M. le coadjuteur.

Le 27 juin, nous fûmes à Saint-Germain pour faire la révérence à M. Le Tellier, qui n'y étoit de retour que le jour précédent, la mort de sa fille, dont il étoit fort touché , l'ayant obligé à se retirer trois on quatre jours du commerce du monde. Dès que nous nous présentâmes à la porte de son antichambre, on nous ouvrit ; M. Le Tellier étoit avec trois personnes de qualité, qui lui témoignoient leur déplaisir. Ces gens se retirèrent, et nous lui fîmes la révérence; M. le doyen porta la parole; M. Le Tellier, dans sa réponse , dit que la coadjutorerie de Reims étoit un pur effet de la bonté du Roi, qui n'avoit considéré ni ses services qui étoient de fort peu de conséquence , ni le mérite de

M. son fils; enlin, il parla fort modestement et de lui et de M. le coadjuteur, et nous assura qu'en toutes rencontres il considéreroit toujours le chapitre de Reims.

J'allai faire la révérence à M. et madame de Montausier, et à madame de Crussol leur fille, depuis peu accouchée d'un fils qu'ils appellent le marquis de Rambouillet ; madame de Montausier me pria de dîner avec elle , ce que je ne pus, d'autant que j'étois avec mes cousines qu'elle ne prioit point.

J'entendis la messe du Roi, que je contemplai tout à mon aise : il étoit vêtu ce jour-là fort simplement ; mais sa bonne mine suppléoit fort à la simpUcité de ses habits, car c'est un prince fort bien fait. Monsieur et Madame étoient à genoux sur des carreaux , sur le tapis de pied du Roi. Après la messe, un officier de chez le Roi nous donna à dîner et nous fit entendre la répétition du ballet de Versailles. iNous revînmes coucher à Paris d'où nous partîmes le 28 juin.

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