‹ Œuvres diverses (volume 2)Chapitre 30 sur 45 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Arrêt du Parlement sur les ordo7inances synodales de Monsieur le Cardinal.

^^^\ ^ cour a reçu et reçoit les suppliants g^ fyç^ appelants, les parties auront audience cil^L$>îKau premier jour. Et cependant fait défense d'exécuter ladite ordonnance de l'Ar-

cbevêque de Reims , à peine de tous dépens, dommages et intérêts, et en conséquence sera le conseil provincial de Reims de l'année 1585 exécuté. Fait en parlement le 18 juin 1669. »

Pour l'intelligence de cet arrêt, il faut savoir que Monsieur le Cardinal, Tenant de Rome, passa par Lyon. Les pères jésuites, qu'il considère fort, lui donnèrent pour confesseur le père Girard, de leur société. Etant arrivé à Reims, il se servoit de ce père, non-seulement pour les affaires de sa conscience, mais encore pour la conduite de son diocèse. Il avoit bien deux grands vicaires , M. Tburet , écolàtre, et M. Lelarge, doyen de l'église de Reims, mais à vrai dire, ils n'étoieut grands vicaires que de nom. Le père Girard Tétoit en effet, et disposoit absolument du diocèse. Le Cardinal se fioit à lui de toute la conduite du diocèse. Un arrêt rendu à Agen en 1669 diminua beaucoup le pouvoir des religieux; il leur défendoit de prêcber et de confesser sans la permission de l'évêque, révocable quand il lui plairoit, et sans être oblig'é d'en rendre raison qu'à Dieu , à sa conscience. Le père Girard, pour établir le crédit des rebgieux, voulut faire un coup de réputation ; il composa

des ordonnances synodales par lesquelles il renversoit Tordre des curés et rendoit leurs fonctions inutiles, car, à Pâques même, il déchar » geoit les paroissiens de l'obligation de se confesser à leurs curés ou autres prêtres approuvés de lui ; il suffisoit qu'ils fussent approuvés de Tarcbevèque. Le père Girard ne travailla pas seul à ces ordonnances, quelques pères de la société y mirent la main et y employèrent bien quatre mois, à ce qu'on m'a dit; étant achevées , il fut question de les mettre en françois, car elles étoient composées en latin ; pour cela on choisit le sieur Lelarge, grand vicaire , soit pour donner plus de poids aux constitutions, ou que l'on fût persuadé qu'il écrivoit mieux en sa langue , en quoi l'on étoit fort trompé, car il ne l'entend nuliement, comme il paroît bien à ses constitutions synodales et par plusieurs autres mandements émanés de lui durant la vacance. Lelarge est homme d'esprit, mais foible et grand flatteur; il n'eut pas la force de refuset l'emploi dangereux qu'on lui vouloit donner; d'ailleurs le cardinal l'avoit obligé de prendre un appartement chez lui, à Paris, auprès des Jacobins de la rue Saint-Honoré, où Son

Eminence étoit alors. L'appartement étoit fort propre, et ron faisoit bien de 1" honneur à M. Lelarge dans la maison de Son Eminence. Ces bons traitements gagnèrent M. Lelarge, qui est ua esprit vain, et s'imaginant qu'il alloit entrer en faveur, et qu'à l'avenir il seroit tout autrement considéré du Cardinal que son collègue Thuret, qui jusque là avoit eu la préférence, il traduisit en françois les constitutions synodales où il réussit assez mal.

Les constitutions s'imprimèrent de l'autorité de Son Eminence. Ses armes se voient au commencement et le titre porte : Ordonnances et instructions du synode tenu à Reims le 50 avril 16Ô9; imprimé par te commandement de Monscig. l'Eminentissime Cardinal Archevêque duc de Reims *. Les pères jésuites eurent le soin de corriger les épreuves, en tirèrent une grande quantité de copies de la première impression pour les faire distribuer par tout le royaume.

Le 50 avril, les curés étant assemblés au palais , Tburet , grand vicaire de l'archevêque , y présidant, dit à la compagnie qu'il avOit reçu

* A Reims, chez Jean Multeau, 1669, pet. iD-8 de 23 V—Rare.

des ordonnances synodales de Son Eminenœ par l'entremise de M. Lelarge, doyen, ce sont ses termes. Le promoteur ne requit point qu'elles fussent ni lues ni enregistrées. Parent, curé et doyen de Rethel*, aussitôt que Thuret eut dit le peu de paroles que je Tiens de rapporter, se leva et s' étant plaint de ces ordonnances au nom de tous les curés, le grand vicaire ordonna qu'on en surseoiroit l'exécution jusqu'à la Saint- Jean prochaine. Cependant messieurs les curés de la ville et du diocèse s'assemblent, et le résultat de leur assemblée fut qu'on se pourvoiroit au parlement par appel comme d'abus. La requête fut présentée au parlement, et M. le procureur général, en ayant eu communication, en fit son affaire et fit rendre l'arrêt que j'ai rapporté et qui fut signifié à Thuret , grand vicaire, à Richard^, promoteur, et à tous les rehgieux de la ville ; assignation fut donnée à Son Eminence, à Thuret et à Richard, pour comparoître au parlement.

* Parent [Guillaume), homme ardent et qui s'est rendu célèbre à Relliel, par les luttes qu'il soutint dans l'intérêt de son église.

2 Richard [Charles) , chanoine depuis 1628, abbé de Bclval, avoit été sénéchal du chapitre avant Maucroix. Mort eu 1676.

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