‹ Œuvres diverses (volume 2)Chapitre 37 sur 45 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Campagne de tlollandc. — Ruyter. — Trnmp.

^^f^j\E samedi 15 octobre, on arbora dans vfiM^/ la nef de l'éghse de Notre-Dame diX' J^0^^ neuf enseignes d'infanterie prises sur les Hollandois ; Monsieur rArchevêque avoit suivi le Roi, celle campagne, à la conquête de la Hollande.

Le 7 mai 1674, je vis M. le marquis de Sillery, en cette ville de Reims. Il me conta de Ruiter, ce fameux amiral hollandois, entre autres, que toutes les fois qu'il parle de M. Lamesson, il ôte son chapeau, parce que ces MM. Lamesson, marchands d'Amsterdam, furent autrefois ses maîtres; (pie dans le combat il se fait attacher avec une ceinture au gros màt de son vaisseau,

iVoii il donne ses ordres avec une intrépidilti inouïe, ne témoignant aucune émotion ni devant ni après le combat, ni dans la chaleur de la mêlée. Il se sert d'une lunette d'approche, et prévoit, du plus grand sang-froid du monde, l'événement de la bataille; au sortir du combat, il va donner lui-même de l'orge à ses poules, et dit que les pauvres bêtes ont eu fort à souffrir durant la mêlée, et que les coups de canon les étourdissent extrêmement. Cet homme est d'une modestie incroyable. En écrivant à M. le comte de Guiche, gouverneur de Bayonne, il Tappeloit Monseigneur, et lui recommandoit les intérêts de je ne sais quel pêcheur de harengs quiavoit affaire vers Bayonne : c'est, disoit Ruiler, un brave homme qui a été mon camarade du temps que nous étions tous deux pêcheurs de harengs : car il n'a point de honte de ce qu'il a été.

M. le comte de Coiigny m'a conté plusieurs fois qu'il a mangé avec lui à Amsterdam, et (pi'il ne lui parloit point sans ôter son chapeau, et que comme il le vantoit au-dessus de l'amiral Tromp : « Hélas ! monsieur, lui disoit Ruiler, que dites-vous! je ne suis rien au prix de

M. Troiup : pour cent ou deux cents vaisseaux, peut-être que j'en viendrois bien à bout , mais M. Tromp, en faisant son cure-dents, auroit mis en bataille mille vaisseaux. » Trorap faisoit tous les jours un cure-dents pour lui servir la journée.

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