‹ Œuvres diversesChapitre 133 sur 221 · POUR DIANE · texte numérisé non relu

POUR DIANE

Je le connois enfin, adorable inhumaine,

Je perds en vous servant et mon temps et ma peii»c;

D'nn amour sans pareil j'ai beau me consumer,

Votre cœur, ma Philis, n'est pas fait poisr m'aimer.

Un autre plus heureux, moins amoureux peut-être,

Trouvera le secret de s'en rendre le maître :

Oui, ce cœur insensible à mes tendres soupirs,

Succombera peut-être à <lofoibles désirs.

Que dois-je devenir, que faut-il que je fasse?

En l'état où je suis, conseillez-moi de grâce.

Où mon esprit flottant se doit-il arrêter?

Je ne puis vous fléchir, je ne puis vous quitter.

Et toutefois enfin ii faut bien l'un ou l'autre,

Ou me rendre mon cœur, ou me donner le vôtre.

Amour d'un même nœud ne peut-il nous lier?

Mais non, n'y pensons plus, il faut vous oublier.

Il faut, il faut songer à guérir ma mémoire

De l'aimable poison que vos yeux m'ont fait boire.

Il faiil (le mon esprit les bannir, ces beaux yeux;

I! faut bannir encor ce ris si gracieux,

Celte bouche, ce teint, cette gorge d'albalre,

Dont depuis ?h moissons mon cœur eslidolàlrc.

Oui, divine beauté ([ui me siiles charmer,

H faut faire un effort pour ne plus vous aimer.

0 dieux! t[ue cet effort me sera difficile!

Et je ne doute pasqu'iliie soit inutile :

Mais si mon triste cœur révisant jamais à moi,

Il ne rentrera plus sous l'amoureuse loi:

Rebuté pour jamais d'aller de belle en belle,

ï.e reste de mes jours il me sera fidèle :

11 ne nourrira plus d'inutiles désirs.

Et fera trêve enfin avecijue les soupirs.

Pour vous, le ciel vous garde une autre destinée,

Philis, il vous réserve aux douceurs d'hyménée K

Puissiez-vous y trouver mille contentements,

Et que pour vous les jours ne soient quedes moments.

Donc un heureux époux vous tiendra dans sa couche,

Sans cesse il pâmera sur cette belle bouche,

El sa main téméraire, et son indigne main,

Osera profaner les lys de votre sein.

O toi qui dois jouir de ces chères délices,

Qu'as-tu fait aux destins pour t'êlre si propices?

1 11 est évident que cette élégie fut composée lorsqu'on se préparoit à marier Mademoiselle de Joyeuse.

DE MAUCROIX. 7)d

Fut-il jamais amaiU plus fortune que loi? Posséder ce trésor, c'est êlre plus qu'un roi. MaPhilis,si le ciel eût joint nos destinées, Et sous un même joug asservi nos années, Que j'eusse eu de respect pour vos divins appas! J'aurois baisé, je crois, la trace de vos pas; Toujours mes humbles vœux vous eussent révérée; Si vous l'eussiez voulu, je vous eusse adorée. Votre volonté seule eût réglé mes désirs; Le plaisir de vous plaire eut fait tous mes plaisirs. El par mille beaux vers les filles de mémoire Auroienl de nos amours éternisé la gloire. Mais je n'apprendrai pas à la postérité Ni mon malheur, Philis, ni votre cruauté. Cependant à mes vœux soyez douce ou rebelle. Rien ne peut m'erapêcher de vous être fidèle.

STANCES

Faut-il que je vous quitte, et qu'un cruel devoir Me prive si longtemps du plaisir de vous voir, Beauté dont mon ame est ravie?

1 Poésies choisies de Sercy, t. v, p. olîi.

40 l*OF?iES

Que mon astre me voit d'iiii œil jîieiu de courroux ! Avec i'fien moins d'eH'orl jequilleroisla vie Que je ne m'éloigne de vous.

Vous quibrûlez des feux dont mon cœur csl épris, Que vous êles heureux! vous pourrez voir Iris,

Tous les soirs vous irez chez elle.

Vous n'en obtiendrez pas l'heur où vous aspirez, El toujours vos désirs la trouveront cruelle;

Mais pour le moins vous la vi'rrez.

F.slimcz comme il faut un bien si précieux. Pour moi, je ne sais pas de plaisir so;;s les cioux

Que je compare à cette joie.

Jamais de voir Iris mes yeux ne sonl lassés : A toute heure, en tous lieux, cncor que je la voie,

Je ne la vois jamais asspz.

Pourun an, toutefois, je songe à la quitter; Mais vouloir de ces lieux si longtemps m'absenler,

N'est-ce pas une erreur extrême?

0 Dieux ! qu'un an d'absence e^t long pour un amant, Loin de cette beauté, l'aimaut comme je l'aime,

Poul-on vivre un jour seulement?

Non, cela ne se peu! ; vous avez trop d'appas, Iris, et je sais trop, quand je ne vous vois pas, Combien je souffre le martyre.

DE MALCDdlX. 41

Si je VOUS perds un au, je vous perds pour toujours. C'est fait de moi saus doute, et vous pouvez bieu dire Alvidon a fini ses jours.

ÉPIGRAMME

Ce petit noble, ou soi-disant, Fait grandement le suffisant.

Et nul ne le vaut, ce lui semble.

Quant à moi, je ne pense point Qu'on puisse être un sol de tout point Jusqu'à ce que l'on lui ressemble.

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