CHANSON NOUVELLE ET RÉCRÉATIVE
Sur le chant : Si je t'en donne prends-en.
Ma chère mère, Ecoulez mes clameurs, Soulagez ma misère, Je sens de grandes douleurs !
N'ai-je pas assez d'âge Pour me mettre eu ménage?
C'est lout abus,
Je n'en puis plus, Je veux goûter à ce jus.
Comment? ma fille, Etes- vous hors du sens ?
Vous êtes imbécile ! Vous n'avez que quinze ans.
Ne soyez pas si folle De tenir ces paroles.
Ne songez pas
A ce tracas, Il a trop d'embarras.
Hélas! ma mère, Vous avez vos désirs, Vous baisez bien mon père, Vous prenez vos plaisirs.
N'ai-je pas assez d'âge Pour me mettre en ménage?
C'est tout abus,
Je n'en puis plus, Je veux goûter à ce jus.
Le Vendeur de chansons aux Dames
Beau sexe, amateur des chansons, Peut-être autant que des garçons.
En voulez-vous des plus nouvelles?
Je vous en fournirai de belles , J'en ai fait de toute façon Sans avoir suivi la leçon Des savans maîtres de musique, De laquelle je ne me pique :
Car je n'entends aucunement B. mol, B. quart, ni tablature, Je vous le dis tout franchement, Ce que j'en fais, c'est par nature i.
1 Cette facétie s'est trouvée dans le manuscrit de Reims, mais nous doutons qu'elle soit de Maucroix : ce n'est guère là son style.
ÉPIGRAMME
Jean et Paul, ayant fait ripaille, Voulurent tenter le hasard, Et tirer à la courte-paille, Lequel des deux étoit cornard.
Jean tire et prend la plus petite; De quoi paroissant tout fâché, Il se débat, peste et s'irrite, Et dit que Paul l'avoil triché ; Sa femme, qui n'aime querelle, Voyant son mari tout en feu :
Ne disputez point, lui dit-elle.
Mon cœur, vous l'êtes de bon jeu i.
1 Imprimée dans le recueil de Poésies choisies en I6G0; in-12, t. II, p. 7.
AUTRE*
Volonliers, disoi^Alizon, Je ferois avec vous la folle, Mais le confesseur me désole, Il n'entend rime ni raison.
Alizon parle avec sagesse :
Gens de Reims, amasseurs d'écus, Si l'on n'alloit point à confesse, Ma foi, vous seriez tous cocus !
ÉPIGRAMME * A Ui\E FILLE FORT ÉVEILLÉE.
Chère mignonne aux yeux si doux, Vous ne me semblez pas trop sage.
Prenez bien garde qu'on ne vous. . .
Je n'en dirai pas davantage.