DEPUIS MARQUISE DE ROTHELIN
Je vous rends grâces du tonneau ; Je n'en vis jamais un si beau;
Nos tonneliers de la Coulure,
Si savants en architecture,
Un tel n'en feroient en dix ans;
Plutôt prendroient la lune aux dents.
Quant au magnifique rosaire,
Je le dirai, c'est chose claire,
Avec grande dévotion,
A votre bonne intention ;
Mais si ce n'est celle semaine,
Vous attendrez bien la prochaine.
Madame, au reste, dites-nous,
Quand on s'aperçoit qu'un époux
Soigneusement ôte et s'arrache
Tous les poils blancs de la moustache,
Qu'à sa femme il fait les doux yeux,
Lui tient maint propos gracieux ;
En bonne foi que signifie
Une pareille prophétie ?
Par respect, je ne dirai point
Ce que je pense sur ce point,
Car à dame de conséquence
On ne dit pas ce que l'on pense.
Mais enfin vous trouverez bon
Qu'à telle fin que de raison,
De bonne heure l'on vous fournisse
De berceau, langes et nourrice * ;
l C'étoit une tromperie, la nourrice étoit une poupée. fNote du manuscrit.)
Et vous, dans neuf mois au plus tard,
Vous nous fournirez de poupard. J
Cependant recevez l'hommage *
De notre aimable voisinage ;
Malgré vos parlements soudains,
Chacun vous y baise les mains ;
On vous estime, on vous honore,
Peu s'en faut qu'on ne vous adore.
Nota. Les vers ci-dessus ayant été faits et écrits, un mois après l'on y ajouta les suivants en envoyant la nourrice, qui s'étoit fait un peu attendre.
LU
A LA MÊME
Encor que nous soyons des gens A vrai dire un peu négligents, N'en faites point de raillerie, Mais considérez^ je vous prie, Qu'on ne doit rien précipiter ; Qu'on perd tout pour se trop hâter; Et qu'il faut, en bonne justice, Du temps pour faire une nourrice :
Quelques-uns y mettent neuf mois.
Quelques-uns des ans plus de trois.
DEMAUCROIX. 115
Un seigneur qu'on ne nomme mie*,
Dont la femme est fort voire amie,
Depuis long-temps fait son devoir
D'y travailler matin ou soir ;
Et pourtant, malheur qu'on déplore!
Nourrice n'a pu faire encore.
En un lieu fort proche d'ici,
On vous fit faire celle-ci ;
Mais comme elle est d'humeur civile,
Et d'un ahord assez facile,
Prenez garde qu'un marjoîel
Ne chiffonne son havolet,
Et ne vienne troubler le lait.
Adieu, je suis votre valet.
UN
A LA MÊME
Vous pourriez bien vous repentir De n'avoir pas daigne venir A notre incomparable foire.
Digne d'avoir place en l'histoire;
l Madame de Berieux n'inoit poii>t «i"enfants.
Car depuis plus de dix prinîeinps On n'y vit lant de belles gens.
La jeune beauté de campagne, Avec l'amant qui l'accompagne, En ses magnifiques atours S'y vient promener tous les jours.
On y voit des gens à panaches, Des cochons, des clievaux, des vaches; On y vend pain, vin, clous, lacets, El même de fort bons sifflets.
Pour faire honneur à notre fêle.
Vous saurez qu'une étrange bête D'un pays qui n'est pas trop près Est venue ici tout exprès ; Diriez-vous bien comme on l'appelle?
Est-ce un lion, mâle ou femelle?
Sans vous tenir le bec en l'eau, Madame, on l'appelle un chameau; C'est une bête fort bossue, Elle a plus long col qu'une grue, Son poil est tirant sur le gris; L'animal est des mieux appris, Il fait fort bien la révérence, Il ne s'en faut rien qu'il ne danse : Et même l'on tient pour certain Qu'il parkra bientôt latin.
Si Dieu, par sa miséricorde, N'assisle nos danseurs de corde.
Ils ne feront pas de vieux os, Encore qu'ils soient bien dispos * ; Ils font cent tours et cent gambades, Se donnent doubles estrapades:
Enfin l'on diroit à tout coup Qu'ils s'en vont se rompre le cou.
Surtout une femme y fait rage ; Elle danse vêtue en page, Sans quoi, comme la corde «si haut, On pourroit voir plus qu'il ne faut ; Arlequin est près de la belle, Il veut, parfois, danser comme elle, Mais le butor n'y connoit rien, Et fait mal ce qu'elle fait bien.
Au reste, ses bouffonneries Et ses froides plaisanteries 2 Font bien rire les villageois Et souvent aussi nos bourgeois.
Mais comme souvent l'allégresse Amène après soi la tristesse, Je crois qu'après ces passe-temps J'aurai bien de mauvais moments.
Car P . . . . , la mère et la fille, Avecque toute leur famille,
1 Ma foi, je les trouve en danger
De ne pas longtemps pain manger.
(Texte JFalcJi.)
S Ce vers est passé dans l'éditioD Walck.