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pouvois me résoudre à rompre toutes ses mesures et le renvoyer chez lui comme il étoit venu, sans lui en pouvoir dire aucune bonne raison, ne lui ayant point confié auparavant ce qui éloit de la participation du roi, etj'avois trop de répugnance à tenir un procédé si désobligeant avec un honnête homme. Mais étant assuré que le roi seroit bien aise d'avoir des avis secrets de toutes choses, la passion que j'avois d'être le mieux averti, et l'émulation de servir pkis utilement que les autres et de faire quelque chose qui fût agréable à sa majesté, je laissai continuer un voyage que je crus qui ne seroit point inutile à son service. >?
Puis Fouquet passe scrupuleusement en revue tous les points de l'instruction et tout ce qui sert de base à l'accusation. Les personnes, les créatures que Maucroix a dû lui procurer par des présents, par des intrigues et par d'autres voies indiscrètes et illicites, ce sont précisément l'abbé Elpidio, le chevalier de Witte, le P. Duneau et autres, subventionnés par feu M. le cardinal, et que M. Colbert, en sa mission d'Italie, eut lui-même le soin et la charge de payer. Arrivé au fait du cardinal Barberin, que, disoit-on, Maucroix avoit été chargé de sonder dans l'intérêt du frère ou d'une créature de l'accusé, il ajoute ces mots qui laissent à la vérité la question indécise :
« Pour ce qui regarde le traité avec M. le cardinal Antoine pour Pveims, c'étoit une affaire que j'avois apprise par M. le cardinal Mazarin, lequel ne la vouloit en aucune manière pour Vévêque qui
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y pensoit; et il se renconlroit que dans ie temps que cet évêqiie et moi nous étions fort mal ensemble, un autre de mes amis avoit eu quelque pensée du même accommodement, mais que M. le cardinal Antoine fut absolument résolu de s'en défaire. Ainsi j'eusse été bien aise de servir une autre personne à l'exclusion de celui avec qui j'étois mal; mais ce mémoire ne fut donné ni exécuté, pour ce que nous nous réconciliâmes tous ensemble par l'entremise de quelques amis communs, et je ne m'en mêlai pas davantage. »
Sur la question des secrets d'Etat que Pellisson mandoit à Maucroix pour que celui- ci en trafiquât dans l'intérêt de leur commun maître, Fouquet répond :
« Mais si l'on aies pièces et les témoins, qu'on apprenne donc par les uns et par les autres tout le contraire de la calomnie de mes ennemis ! Le principal secret qui ait été mandé de deçà, c'est que le roi est venu à Vaux; c'est que le sieur Pellisson a envoyé comme une chose curieuse les vers qui furent récités en présence du roi, et trouvés si beaux par sa majesté qu'elle en fut touchée, et qu'on parla de l'auteur en termes qui ne faisoient rien moins espérer pour lui que la rigoureuse prison qu'il a soufferte et qu'il soufïre depuis si longtemps ! »
En effet, on sait le dévouement dont fit preuve Pellisson et l'étroite captivité qu'il subit durant quatre années, en expiation de sa fidélité au raalheuraux surintendent. Quant à Fouquet, on connoil
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pareillement l'issue de son procès : l'arrêt se fit attendre trois années et ne fut prononcé que le 24 décembre 1664. Malgré les conclusions de Talon et Chamillart, procureurs généraux, qui tendoient à ce qu'il K\l pendu et étranglé, treize voix contre neuf (qui votèrent conformément aux conclusions), prononcèrent le bannissement à perpétuité et la confiscation. Cet arrêt, quoique sévère, ne satisfit point les ennemis du surintendant, et le bannissement, par une amère dérision, fut commué en une détention perpétuelle, que Colbert, dans son inexplicable haine, aggrava par toutes les rigueurs imaginables.
Quant à Maucroix, tout froissé de sa malencontreuse ambassade et des étreintes de la chambre de justice, il revint à Reims, guéri de tout rêve ambitieux et bien décidé à se faire oublier des grands et des imprudents amis de sa renommée.
ARGUMENT.— Vie retirée fleMaucroix.— Ses nouvelles rehstions.
— Mort de la marquise de Grij^nan, de Perrot d'Ablancourt.
— Le cardinal Barberin.— Caractère de ce prélat.— Sa prise de possession.— :\Iaucroix sénéchal du Chapitre et conseliler de ville.— Mort de l'historien ytarlot.— Mcnmircs de Maucroix.
— Faits divers.— Maucroix sort de charge.— 11 traduit les homélies de saint Jean Chrysostôme, qu'il dédie au coadjuteur Ch. -Maurice Le Tellier.— La T'apiére, comédie.— Recueils Sercy.— Mort de Barberin. — Epitaphes et jugements divers.— Maucroix, au nom du Chapitre, va complimenter Ch.-M. Le Tellier.— Son voyage à Fontainebleau.— M"c de La Vallière et M"'* de Montespan. — Recueil de poésies cfirefie>in«.— Portrait de Le Tellier.— Maucroix traduit Sanders et dédie son travail au nouvel archevêque.— Mort de Conrart. — Dictionnaire de Richelet.— Lettre de Patru.— Mort de Louis de Maucroix.
^^.E>'DA?iT l'espace de cinq à six ans , [§^r uniformité de la vie retirée à laquelle Maucroix s'éloit voué ne laisse pas d'événements notables à raconter. Ses vers, et quelquesunes des lettres que nous publions, nous le montrent dans cet intervalle de temps en relations assez familières avec quelques jeunes dames du pays. Ce sont toujours, et avant tout, les aimables abbesses de Saint-Étienne el de Saint-Pierre; la
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sémillante comtesse de Lhéry , de la maison des Maiipas ; la spirituelle madame de Berrieux, depuis marquise de Rotlielin ; madame Paris , dame de Muir, que ses coquetteries ont rendue célèbre ; la comtesse d'Aubeterre; la charmante Biscara , devenue religieuse de Saint-Élienne, et en faveur de qui, à la sollicitation de Maucroix, Patru pranonça l'un de ses meilleurs plaidoyers; mesdemoiselles Resilly, que nous croyons être l'anagramme de Sillery, famille avec laquelle notre auteur entretint une si longue amitié; enfin une demoiselle Pinguis, d'une des bonnes familles de Reims , fille de beaucoup d'esprit, qui lisoit Cyrus et se piquoit de préciosité: elle paroit avoir occupé une assez grande place dans l'esprit et le cœur de Maucroix ; la liaison se formule du reste , comme les précédentes , par des madrigaux et des épigrammes qui reproduisent les phases ordinaires des amitiés de Maucroix.
Vers ce temps, le 22 décembre 1664, mourut Angélique-Clarisse d' Angennes, cette sœur de madame de Saint-Étienne et à qui, dit Tallemant, mademoiselle Paulet avoit donné son nom et ses cheveux : dernière des filles de la grande Artlienice, el!e avoit épousé, en 1658, le comte de Grignan, auquel fut mariée depuis mademoiselle de Sévigné. Maucroix prit part à la douleur que causoit à la famille ce douloureux événement, et l'on a recueilli les vers qu'il adressa à ce sujet à la marquise de Rambouillet, qui devoit sitôt suivre au tombeau cette fille aimée.
Une autre mort étoit venue quelque peu auparavant affecter le cœur de Maucroix : celle de Per-
SA VIE ET SES OUVRAGES. CXLVIl
rotd'A])lancourl. Bien que les œuvres de Maucroix ne nous aient rien fourni qui le concerne, on sait de notoriété qu'une grande amitié le lioit au célèbre traducteur, et que c'est de celui-ci que Maucroix hérita le goût qu'il manifesta bientôt pour les grands écrivains de l'antiquité. Mort à Vitryle-François, le 17 novembre 1664, à l'âge de cinquante-huit ans, Perrot, seigneur d' Ablancourl , que la postérité a fait déchoir du haut rang où l'avoient élevé ses contemporains, étoit véritablement un homme d'un haut savoir et d'une originalité d'esprit fort piquante. Avec ce caractère dont Tallemant nous a raconté les bizarreries, on est tout surpris que Perrot se soit exclusivement adonné aux traductions. C'est qu'au dire de ses contemporains, il y réussissoit à merveille. « D'Ablancourt et Patru, dit Longuerue, sont les deux grands maîtres pour le style, et depuis la mort du premier, la langue, bien loin de se perfectionner, n'a fait que décliner. » Perrot , ami de Maucroix, de des Réaux et de Patru, étoit surtout fort étroitement lié avec Conrart, qui aimoit à le réunir à ses illustres amis dans ce charmant ermitage d'Athis, que les muses du temps ont illustré comme retraite du sage Théodamas.
Malgré son amour pour la paix et sa répugnance pour la vie publique, il étoit écrit que Maucroix sorliroit encore du repos qu'il s'étoit créé et qui faisoit sa joie. Comme jurisconsulte, Maucroix avoit plus d'une fois prêté le secours de ses judicieux avis
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dans les affaires contenlienses que le Chapitre avoit eu à soulenir, tantôt contre l'archevêché et l'officialité, tantôt contre les fermiers ou l'hôtel de ville. Les circonstances alloient rendre plus précieuses au Chapitre ses aptitudes éprouvées. L'église de Reims étoit informée de la prochaine arrivée du cardinal Barberin, qui, promu dès l'année 1657, se décidoit enfin à venir prendre possession d'un siège envié par ce que le clergé de France avoit de plus illustre, et que le superbe neveu d'Urbain VIII n'avoit accepté qu'à titre provisoire. Italien de cœur, ulLi'amontain renforcé, malgré de longues brouilles avec la cour de Rome, sa vie agitée, pleine d'intrigues et de troubles, avoit longtemps scandalisé la chrétienté : c'est de lui qu'au temps d'Urbain les Romains alloient chanter la nuit sous ses- fenêtres :
Le cardinal Antoine est l'home Qui vit comme un démon à Rome *.
Il est vrai que depuis que les faveurs du roi de France l'avoient recherché , et depuis surtout les grandes vicissitudes de la fortune des Barberins, on reconnaissoit que l'Éminenlissime Cardinal s'étoit quelque peu amélioré. La fréquentation des François l'avoit, disoit-on, rendu moins superbe et plus humain. Il n'en est pas moins vrai que le Chapitre, qui redoutoit l'esprit hautain , envahisseur d'An-
4 Le Népotisme de Rome, tr. de l'italien, 1GG9, in-'i4, t. i, p. iriO.