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LE TRIOMPHE DE LA PAIX

L'on ne pouuoit pas mieux choisir que ce petit Page pour publier que la Paix alloit paroistre , en triomphe, et cette Déesse auoit en luy vn digne Fauory , puis qu'on ne pouuoit rien apperceuoir de si beau ; c'estoit plûtost vn ouurage de l'amour que de la nature : Et si ce bel Enfant n'eut fait voir qu'il estoit animé par vn mouuement libre , et tout à fait charmant, l'on eut creu véritablement que c'estoit vne Ange tant il auoit d'actions et de grâces.

Mais après luy auoir donné ce que véritablement toute personne juste ne luy pouuoit refuser , les yeux rencontroient ensuite des sujets capables de les arrester, auec le plus fort attachement du monde.

Vn charriot trainé par six Chenaux Tigres, attelez de front , les plus beaux que l'on yit jamais, rouloit superbement après cette grande Caualcade; ceux qui les conduisoient estoient couuers d'habillemens de Satin vert et rouge, le Charriot bnlloit

de tous costezy les roues estoient couuertes comme tout le res te de peintures diuersifiées , qui faisoient vn ornement tout à fait agréable; il estoit ouuert de tous costez, et dans une longueur proportionnée^ le derrière estoit plus eleué que le douant ; et il ne representoit pas mal vn de ces Charriots , dans Tancienne Rome se seruoit, quand elle decernoit le Triomphe à quelque Conquérant.

Aussi ne falloit-il pas vne autre espèce de Charriot, pour . éleuer le plus beau Trophée , et le plus juste Triomphe de nostre Siècle y il estoit dédié à la Paix, et cette Déesse paroissoit eleuée sur vn siège qu'on luy auoit préparé , et qui auoit pour dossier deux cornes d'abondance , dont le replis faisoit vne forme de cartouche , dans lequel on lisoit ces vers.

La Paix.

le suis Filie du Ciel , et le diuin Ouurage , Uvn Roy, qui n' auoit plus de combats à gagner; Comme c'est par luy seul quefay droit de régner , Peuples sur mes Autels , adorez son Image.

CEVX qui ne pouuoient pas sçauoir qu'elle estoit cette Diuinité, l'apprenoient par ces Vers, et d'abord ils jettoient la veuê sur elle, pour voir l'effet de leurs désirs, l'accomplissement de leurs espérances , les marques visibles d'vne tranquilité publique, et enfin , cette Fille du Ciel qui venoit remettre dans cette Prouince le Siècle d'Or, que la guerre en avoit chassé.

Et ce qui faisoit qu'ils pouuoient attendre raisonnablement ce temps de Saturne, c'est qu'ils voyoient la Paix toute dans les délices; les instrumens estoient "à ses pieds, et ceux qui en joûoient dans vne humble posture, rendoient leur premier homage à cette Déesse , qui d'ores-en-auant les deuoit rendre plus nécessaires, puisque sans eux, les passe-temps qu'elle amené toi\jours, sont fades, et les allégresses sont insipides.

Fauorables Augures d'vn heureux changement, et fondement asseuré de la bénédiction et du soulagement des Peuples , du remède des inquiétudes , et du lien des fidelles Sujets , par l'extinction de la colère , et par le ministère du Ciel , qui

ménage nos maux et nos bonnes fortunes par la guerre et par la Paix.

Vn second Charriot suiuoit celuy de la Paix , la matière dont il estoit composé , n'estoit pas des plus précieuses ; mais comme Texcellence d*vn Ouurier paroist , principalement quand il fait m bel ouurage d'vne matière de néant , on peut dire qu'en cette rencontre , cet ouurage empruntoit toute sa noblesse de la forme que luy auoit donné rOuurier, et non , de l'imperfection de la matière.

n n'estoit composé que de rameaux de buys, et comme leur couleur estoit celle du grand Âbbé, on s'estoit plûtost attaché à vn objet si accommodant qu'à la pauureté de la plante.

Les rubans de plusieurs couleurs estoient les liens qui seruoient à la jonction d'vne quantité de ces plantes , et qui s'aydoient à faire vne forme de dôme, soustenu de huit pilliers recourbez, tous entortillez de rubans , qiii ne representoient pas mal la figure de l'Arc-en-Ciel.

Quant à moy , je crois que ce n'estoit pas sans mystère, qu'ils faisoient paroistre l'Iris dans ceste conjoncture, et ils pouuoient sans doute, par vn ressouuenir tout à fait à propos, donner à ceux de Grenoble le gage asseuré d'vne Paix que Dieu s'est conserué, quand il veut Mre connoistre aux mortels, que la guerre est éteinte entre le Ciel et la Terre.

Hais il n'estoit pas besoin de le faire comprendre par vn prestige si surnaturel. Lovis le Conquérant, cet Illustre Monarque , que Dieu après plusieurs années , a donné à la France, comme vn Iris qui nous deuoit marquer la Paix , Ta si bien et si autentiquement annoncée par ses Lettres Patentes du 3« Feurier 1660. enuoyées à nos Consuls.

Aussi pour luy en témoigner nos reconnoissances, c'est à luy que ce dernier Charriot est dédié , sous le visage de Bellonne , que nostre Ville le fait triompher; et c'est enfin dans vn Throsne Majestueux, que nous le plaçons , que nous mettons à ses pieds la discorde enchainée et que nous luy faisons dire auec bien de justice.

Bellonne.

le dor$ à V ombre des Lauriers , Que par mille trauaux Guerriers , LOVIS a moissonné dans nos sanglantes pleines; Ce repos est bien doux après tant de combats, Et j'y rencontre des appas , Qui me font oublier mes peines.

C'est vn homage, que cette guerrière Déesse rend à la mémoire des Triomphes de nostre Roy ; mais si elle à de l'orgueil , d*auoir fait des conquestes à ses costez , pendant que la guerre regnoit si souuerainement^ elle n'en à pas moins de voir à ses pieds , dans vn temps de Paix, la Discorde, cette ennemie du repos public, à laquelle malgré sa férocité, elle fait dire.

La Discorde.

Mes vipères n'ont plus de mortOle» atteintes , Mes traits sont sans venin, mes torches sont esteintes, Et les maux quefay faiis ,je les souffre à mon tour; Sous mes bras enchaînez, ma force est endormie, Et si je vis encor le reste de ce jour , C est pour suiure le Char, dPvne heureuse Ennemie.

COMBIEN de souhaits fit alors le Peuple, pour Téloignement de ce Mopstre de nos Prouinces , et de nos Villes ; combien de bénédictions iîirent alors données, à ceux qui l'en auoient chassé , et combien enfin de cris de Viue le Roy, accompagnèrent ce Gharriot, pendant qu'il leur estoit permis de le voir.

La conclusion de toute la Caualcade se fit par vne Compagnie de cent hommes, qui ne cedoient point aux autres, en tout ce qui leur estoit plus auantageux.

L'ordre que je viens de descrire se maintint toute la journée sans tumulte et sans confusion ; et sur le soir, ceux qui le composoient se rangèrent dans la place de S. André jusques à sept heures , qu'vn Dragon tout en feu vint embraser l'Edifice , d'ont j'ay desja parlé , et l'on vit alors l'air tout en feu , les nuages

se dissipèrent, et firent place à vne belle sérénité; et quoy qu'il y eut de Thorreur dans ce grand embrasement, ce ne fut pourtant jamais auec de la crainte, et les plus timides cessèrent de l'estre dans vne si belle occasion , pour faire voir qu'ils n'auoient point de passion plus forte que celle de la joye.

La descharge des PistoUets se fit oûir en suite , et ce qui surprit agréablement nos yeux et nos oreilles, ce furent les cris de Viue le Roy , dont les paroles estoient escrites au haut du dôme du feu d'artifice, et qu'on voyoit agitées par le mesme feu, qui tâchoit de donner vne ame à des paroles qui ne doiuent jamais mourir dans nos bouches, que nous douons prononcer continuellement, puisque de la vie de nostre Illustre Prince , et des soins continuels de son Eminence , dépend le repos de la nostre, et que c'est de luy que nous tenons la Paix , que Dieu nous veuille conseruer des siècles entiers auec nos voisins, nos alliez, et tous les Fidelles.

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