‹ Œuvres diversesChapitre 56 sur 154 · ALLARD · texte numérisé non relu

ALLARD

I'ât composé l'Histoire de Dauphiné^ et j'étois dans le dessein de la &ire imprimer, en ayant môme obtenu un Privilège du Roy; mais les nouvelles connoissances que j'ay tirées de la Chambre des Comptes, me fournissant aussi de nouveaux endroits; je vais y ajouter bien des choses qui la rendront plus curieuse et mieux complète.

Cependant ayant vu les Etats Politiques de toutes les Villes de Parlement, j'ay crû que je devois en dresser un pour celle de Grenoble, tel que je le donne, et j'en ay détaché la matière de mon Histoire Générale.

Fen donneray un pour chacune année ; mais je les feray tous différons : car on y trouvera des incidents particuliers, et par occasion j'espère d'y comprendre tout ce qui concernera les autres Villes de la Province.

Fay des evenemens illustres de celle de Grenoble , arrivez en divers siècles , et l'on trouvera en l'un de mes Etats toutes les Inscriptions Romaines.

le feray voir que les Dauphins de Viennois avoient un Conseil avant que d'avoir établi celui que nous appelions Parlement. le rapporteray les diverses créations de ses Officiers. L'on connoitra les Hommes Illustres qui y ont paru. Et les plus considérables Commissions qu'il la eu n'y seront pas oubliées. le pourraymesme, si je le veux, donner es noms de tous ses officiers depuis son établissement.

le découvriray ce qu'étoient les Finances du règne des Dauphins de Viennois, quels étoientlesRationaux, les Trésoriers, et les autres qui avoient la Direction et le maniment des deniers des Princes.

Et il me reste tant de choses à dire sur les matières que je traite en cet Etat, que la diversité des autres fera voir que ce ne sera pas une répétition.

Il y a long-temps que je tra^raille à la gloire de ma Patrie; bien qne souvent j'y ay trouvé des ingrat? et des £eiux amis ; mais cela ne m'a pas rebuté. le dois à ceux qui mlionorent de leur estime, et mesme au Public, le conte de mes recherches. La Postérité pourroit me reprocher de les avoir laissées ensevelies dans la poudre de mon Cabinet, et tant de Héros que j'ay déjà célébrez, et ceux que je vais faire revivre estant connus par mes soins chez nos neveux , on m'y fera part de leur gloire.

le ne dois pas, si me semble, louer des Hommes superbes, iniatuez de leur ancienne Noblesse, qui n'ont d'autre mérite que celui de leur Naissance, et à qui la vanité ôte le jugement; de faux amis qui vous trahissent, après qu'on s'est efforcé de relever leur famille chancelante : des i>arens qui oublient leur sang, pour soutenir des paradoxes; de certains dévots qui sacrifient des victimes innocentes à leur zèle indiscret; des gêna qui connoissent mieux un paralle d*Ârchitecture qu'un paragiaphe de Droit : D'autres qui se croyent célèbres, parce qu'ils ont un grand nombre de Livres , cependant qui ne les connoissent que par leur couverture : D'autres plus propres au badinage et à la crapule, qu'aux employs sérieux ausquels leur Charge les oblige : D'autres qui n'ont du lustre que celuy d'une famille empruntée : D'autres qui n'ont cueilly le Laurier que dans leurs Jardins : Des ignorans, des ennemis des gens de lettres, des sophistes des loix, des envieux et des jaloux de la gloire et de la postérité d'autruy.

Ceux-là seuls méritent des éloges qui se sont signalez par leurs * exploits, qui ont mérité les grands Employs sans les avoir brigués, qui soutiennent l'éclat de leur race et qui en lyôûtent un nouveau, qui sçavent rendre la justice sans interests et sans prévention ; qui sont distinguez par leur sçavoir, qui sont d'une pieté solide, qui sont afEableSy complaisans, sans affectation^ bienfaisans et vertueux.

Ce sont ceuxcy qui méritent mes veilles, c'est pour eux que ie vais continuer de travailler.

Dans mon Histoire de Dauphiné qui est en Dictionnaire, on y verra l'ancienne Geogi*aphie de cette Province, quels Peuples l'ont habité, BOUS quelle Domination elle a esté en divers temps : sa Religion ancienne et moderne : quels ont esté les Bardes, les Druides et ses autres Prestres ou Sacrificateurs : ses Familles éteintes et celles qui subsistent, avec le blason de leurs Armoiries, la division de ses paroisses, ses Tribunaux, ses Hommes Illustres : quels Officiers elle a donné aux Empereurs et aux Roys : ses anciennes Monoyes : les Concessions des Empereurs aux Dauphins^ aux Comte de Valentinois, aux Barons de Meûillon : lesDignitez, les Tribunaux, les Merveilles, les simples, plantes, fleurs, Eaux curieuses et minérales : tous ses Prélats, tous les Officiers depuis la création des Sièges de lustice :

ses Gouverneurs et Lieutenans : ses Bénéfices et ses Eglises , de quel Ordre, de quelle nomination, de quel vocable : tous les Seigneurs des Terres depuis 400 ans. Et enfin tout ce qui peut tomber dans la matière d'une Histoire générale.

Gomme iusques icy les outrages que i'ay reçus de mes ennemis ne m'ont pas estonné ni troublé ; que ma plume n'en a pas esté ralentie ; le verray touiours ceux qu'ils ont en cor envie de me faire avec le mesme mépris. le feray comme la Palme curvata resurgo.

Ce petit Ouvrage, que i'ay détaché de mon Dictionnaire, parottra peut estre assez curieux, pour recevoir quelque approbation. Il paroit mesme assez utile pour n'estre pas rebuté. La forme que i'y donne, quelque nette qu'elle soit, ne m'empeschera pas de la changer, si l'on me fait connoître qu'il en faille une autre.

Page 1